INTRODUCTION DU SUFFRAGE UNIVERSEL
fut point adoptée, et les choses continuèrent à se diriger comme par le passé, mais avec une tendance bien accusée à détacher le comté d'Alexandria lorsque l'occasion s'en présenterait. Cette circonstance s'offrit en 1846, époque à laquelle la rétrocession à la Virginie s'opéra sans difficulté et sans le moindre dommage pour le district (9 juillet 1846) (1).
SECTION V
Suppression du régime des Charles. — Introduction du suffrage
universel.
Ce district, tripartite depuis la séparation du comté d'Alexandria, fonctionnait régulièrement au gré de tous, lorsque le triomphe du gouvernement sur la Sécession donna lieu à des aspirations nouvelles et engendra, pour le district, un système de gouvernement dont la base et l'ordonnance générale étaient très différentes de l'état antérieur. Jusque-là les blancs libres, résidents et payant des taxes, étaient seuls en possession du droit de suffrage dans les élections. Nul n'était admis à la représentation dans les conseils qu'en justifiant d'un droit de propriété sur des immeubles situés dans le district, comme on l'a vu plus haut. Désormais on allait faire monter au niveau de ces citoyens privilégiés, deux catégories de personnes qui devaient grossir de beaucoup le corps électoral et la représentation municipale, à savoir : les citoyens blancs, mâles et résidents, mais non soumis aux taxes, et, d'autre part, les nègres affranchis de l'esclavage, malgré l'abaissement de leur état antérieur et leur profonde ignorance, pour la plupart au moins (2). Pouvait-on, en effet, repousser du scrutin dans le district les blancs non taxés qui dans les états et territoires de l'Union jouissaient de cette faveur? Quant aux nègres, leur droit était affirmé dans les
(1) Voir The gênerai statutes ofthe U. S., vol. IX. — (2) k cette époque, l'élément noir comptait pour un tiers environ dans la population totale du district. • '
13e, 14e et 15e amendements à la Constitution. Le Congrès ne pouvait qu'en faire l'application au district même où il siégeait. Satisfaction fut donnée aux uns et aux autres, bien avant la date du dernier de ces amendements, par une loi du 8 janvier 1867, portant que tout individu mâle, âgé de vingt et un ans, né ou naturalisé et domicilié dans le district, à l'exception des pauvres et des incapables, serait admis à voter dans les élections du district de Colombie, sans distinction de race et de couleur, à moins qu'il n'eût été condamné pour crime infamant ou n'eût donné assistance aux insurgés pendant la rébellion. Cette loi ordonnait aux maires et aldermen des deux villes de dresser annuellement une liste des électeurs admissibles comme tels. Une résidence d'un an dans le district et de trois mois dans la section électorale suffisait pour assurer le droit de vote dans cette section (1). Elle fut réduite encore par la loi du 28 mai 1868. 11 semblait qu'on tînt à multiplier indéfiniment le nombre des électeurs, abstraction faite des garanties qu'ils devaient offrir à la chose publique. Les censitaires ne voyaient pas sans une vive appréhension s'avancer cette multitude étrangère à toute notion politique, et menaçant de fausser l'esprit public. La fusion des races surtout, semblable à l'eau des fleuves à leur confluent, rencontrait une vive résistance chez les blancs. Aussi fallut-il, là comme ailleurs, user de beaucoup d'énergie pour obliger ces deux courants contraires à un faux semblant d'assimilation. On multiplia les garanties de surveillance, les pénalités ; on ordonna la suppression du mot white (blanc) dans toutes les lois et tous les actes concernant le district, et notamment dans les chartes des deux villes (acte du 18 mars 1869). Enfin un acte du Congrès du 31 mai 1870, généralisant ces dispositions et les appliquant à toutes les parties de l'Union, proclama l'admission de tous les citoyens des États-Unis à l'exercice du droit d'élection, sans distinction de race,
(i) Voir The Statutes at large ofthe V. S., vol XIV, p. 375.