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cifiées. Enfin, s'il arrivait qu'une de ces banques eût en caisse plus d'un quart de son capital, en fonds publics, pendant trois mois, elle payerait l'intérêt de l'excédent sur le pied de 2 p. 100 par an (1).
La tendance du gouvernement était d'encourager et de favoriser la circulation de l'or et de l'argent; c'est ainsi, entre autres choses, qu'un ordre du département du Trésor enjoignit à tous les fonctionnaires du bureau des terres de ne recevoir en payement que du numéraire pour ce qui lui serait dû par l'étranger, et comme prix de vente des terres publiques. Le motif du Président était de détruire toutes les facilités accordées jusque-là aux accapareurs des terres publiques, qui se composaient de spéculateurs et de capitalistes agissant aux dépens des pionniers actuels et des émigrants en recherche d'un home pour eux et pour leurs familles. La même circulaire avait en vue également d'arrêter l'expansion ruineuse des billets des banques, et des crédits téméraires qu'elles accordaient (2).
Dans son dernier message de 1836, Jackson exposait au Congrès la situation financière du pays. 11 disait, entre autres choses, que les recettes de l'année, faites par le Trésor, s'étaient élevées à 47,000,000 de dollars; celles provenant de la vente des terres publiques à 24,000,000, tandis que les dépenses étaient présumées ne pas devoir monter à plus de 23,000,000 de dollars, ce qui laisserait disponible au Trésor plus de 41,000,000 de dollars. Cette somme, sauf une retenue de 5,000,000 de dollars, serait remise aux États, à titre de dépôt et non à titre de don, comme certaines gens le prétendaient. Il reconnaissait le danger d'excédents de revenus si importants; il fallait y prendre garde, car ces fonds, déposés dans les banques, se répandaient en prêts multipliés par essaims et engendraient un esprit de spéculation désordonné. La preuve s'en trouvait dans ce fait, que les opérations de la Banque
(t) Tucker, vol. IV, p. 268. — (2) Tucker, vol. IV, p. 296.
des États-Unis ne s'élevaient pas à plus de 16,000,000 de dollars, tandis que les sommes dues aux banques de dépôt réunies montaient à plus de 44,000,000 de dollars (1). Jackson tirait orgueil de l'état prospère du Trésor, tout en signalant le danger de ce mouvement d'affaires non réglé, non contrôlé. Ce brillant étalage devait avoir un triste lendemain; mais le Président eut cette bonne fortune de quitter le timon des affaires avant la débâcle, premier cri de douleur de son successeur! 11 était démontré à bon nombre d'esprits réfléchis, que si le gouvernement ne s'était point interposé dans les opérations de la Banque, en pesant immodérément sur elle, en jetant dans sa caisse tous les profits du Trésor et en les retirant arbitrairement à contretemps, les affaires auraient eu un cours plus naturel, plus aisé à suivre. La circulation du papier-monnaie, la spéculation sur la vente des terres publiques, dont le chiffre ordinaire ne dépassait pas plus de 2 à 3 millions de dollars annuellement, n'auraient pas donné lieu à un mouvement de capitaux de plus de 20,000,000 de dollars.
A peine Van Buren a-t-il pris possession de la présidence que l'on remarque les prodromes de la détresse générale. L'argent devient de plus en plus rare, ce que l'on attribue à la circulaire du Secrétaire du Trésor, qui défendait de recevoir les prix de vente des terres publiques autrement qu'en numéraire, et non en papier de banque. Cette circulaire, disait-on, avait fait refluer l'argent vers l'Ouest aux dépens des anciens États. Dans le cours de quatre mois toutes les banques des États-Unis, au sud de Boston, quel que fût le caractère de chacune d'elles, se trouvèrent obligées de suspendre leurs payements (2). Tous les moyens de se procurer de l'argent furent mis en œuvre. Le Président lui-même était invité à rapporter la circulaire qui exigeait le payement des terres en argent. Il s'y refusa, en déclarant ne pouvoir seul y consentir; mais il promit de convoquer
(1) Tucker, vol. IV, p. 271 et suiv. — (2) Le même, vol. IV, p. 297.
le Congrès en session extraordinaire pour aviser aux besoins de la situation.
Dans cette session (1837) le président van Buren exposa au Congrès l'état déplorable actuel des affaires; il l'attribuait à diverses causes : surabondance d'émission de papier de banque, emploi de valeurs disponibles en achats de grandes quantités de terres publiques, création d'une immense dette pour achats de terre dans les cités existantes ou projetées seulement, sans parler de travaux d'amélioration très coûteux jugés d'une imprévoyance ruineuse, et sans tenir compte aussi d'une croissance rapide de pratiques luxueuses. Le Président terminait en disant qu'il regrettait que sa première communication officielle roulât sur un pareil sujet, mais c'était pour lui l'objet d'une haute satisfaction de savoir « que les pouvoirs publics agissaient pour un peuple auquel la vérité, quelque peu satisfaisante qu'elle fût, pouvait être dite avec sécurité, et pour le patriotisme duquel aucune épreuve n'était trop sévère (1). » Ce message donna lieu à des débats animés qui ne jetèrent aucune lumière nouvelle sur la situation.
Mais deux résolutions importantes furent prises par le Congrès : la première ajourna le payement du quatrième terme de la distribution du prix des terres, qualifié surplus fund, entre les États (2) ; la deuxième autorisa l'administration à émettre des bons du Trésor, jusqu'à concurrence de 10 à 12 millions de dollars, pour faire face aux besoins. Tel fut le seul résultat de six semaines de délibération. Ces moyens, aidés des efforts individuels, permirent bientôt aux banques de reprendre leurs payements.
Cet allégement de la détresse générale était de grande conséquence pour bon nombre d'États, qui pliaient sous le fardeau d'une énorme dette contractée par eux séparément et individuellement, pour les causes rapportées plus haut. On en évaluait le chiffre à 170 millions de dollars environ, dus pour la majeure partie à la Grande-
(1) Tucker, vol. IV, p. 309. — (2) Tucker, vol. IV., p. 315.
Bretagne (1). La tendance des créanciers, surtout des banquiers de Londres, était de faire assumer cette lourde charge par le gouvernement de l'Union, sinon en termes explicites, au moins par un ensemble de mesures qui donneraient satisfaction à leurs réclamations pressantes. Ces emprunts avaient été l'objet de la formation de sociétés dont les actions étaient réparties dans un grand nombre de mains. Le défaut de payement aux échéances avait occasionné une grande dépréciation qui tenait en éveil de graves intérêts et de nombreuses convoitises. Dans les discussions qui s'élevèrent à ce sujet au Congrès, les finances de l'Union furent soutenues par de vigoureux athlètes, en prenant pour base les faits, les principes et la Constitution des Etats-Unis. Afin de mieux assurer leur succès, les partisans du bill organisèrent un log-rolling, c'est-à-dire une coalition d'intérêts, trop faibles individuellement pour obtenir succès, mais dont les liens fortement serrés leur permettent de triompher par la force des principes et des raisonnements les plus convaincants. C'est ainsi qu'en 1841, sous la présidence de John Tyler, successeur de van Buren, le bill de cession des terres publiques aux États fut converti en un bill de cession du produit de ces terres, savoir : 10 p. 100 aux nouveaux États, en addition aux 5 p. 100 à eux alloués par leur acte d'admission comme États, plus, distribution du surplus à tous les États, nouveaux et anciens, même aux territoires et au district de Colombie, pour être réparti entre eux sur une échelle de proportion dont la base serait, pour les États, leur représentation législative au Congrès. Et, chose bien étrange ! pendant que l'on se partageait les dépouilles futures de l'Union dans une chambre du Congrès, un bill d'emprunt de 12 millions de dollars était pendant dans l'autre chambre ! On supposait que le peuple serait touché de cette grande sollicitude pour lui, et l'on préparait la prochaine élection présidentielle par ces avances de for-
(1) Benton, vol. II, p. 471.
tune apparente faites aux États et territoires. Le bill passa en effet, mais, ô fragilité des choses humaines! moins d'une année s'écoula avant que l'on fût obligé de le rapporter (1). Ce fut la fin des interminables discussions sur la disposition des terres publiques par voie de partage des terres elles-mêmes ou du prix à en provenir. Les idées alors entrèrent dans un autre courant bien autrement fécond pour tous. Un point fort important fut acquis à toujours, c'est-à-dire l'adoption du droit de préemption depuis si longtemps réclamé par le pionnier établi sur un coin de terre, au prix de 1 dollar et demi par acre, pourvu que la quantité à acquérir par cette voie ne dépassât point cent soixante acres pour chaque settler (2) (acte du 4 septembre 1841).
(1) Benton, vol. II, p. 246. — (2) Tucker, vol. IV, p. 391.