CHAPITRE VII
CONSÉCRATION DÉFINITIVE DU DROIT DE PRÉEMPTION. — PREMIÈRE TENTATIVE DESTITUTION DU HOMESTEAD.
La consécration du droit de préemption pour tout settler établi sur les terres du domaine public, tenue en écbec pendant cinquante-six ans, fut toute une révolution en ces matières. Le pionnier ne devait plus être considéré comme trespasser punissable pour crime de vol. 11 était, au contraire, invité par le gouvernement lui-même à s'établir sur le terrain qu'il avait choisi pour en faire son home, sous certaines conditions prescrites, quant à sa possession, aux améliorations qu'il y ferait, au payement du prix, etc., comme on le verra plus loin. La politique du gouvernement devenait claire désormais pour tous. 11 ne voulait pas seulement se créer un revenu, mais faciliter l'établissement et la multiplicité du home pour le peuple. Cette déclaration était bien tardive chez une nation dont les institutions sont démocratiques, mais enfin elle était arrivée pour ne plus reculer désormais.
Ce n'était point assez. Des centaines de millions d'acres restaient en friche, et beaucoup d'individus, américains ou étrangers, qui auraient voulu prendre pied sur cet immense domaine et y fixer leur demeure, pour eux et leurs familles, en étaient empêchés faute de ressources pour payer les semences exigées par la loi. Si l'on en juge par le temps perdu en vaines discussions pour faire triompher le droit de préemption, comment espérer que le Congrès se résoudrait à affranchir la prise de possession des terres publiques, même par petites fractions, sans bourse délier? Et cependant, il y avait quelque chose de mieux à faire que de tondre la misère de malheureux déjà bien chargés
du poids de la vie ! Jackson, dans un de ses messages au Congrès, disait qu'il était d'une bonne politique d'abandonner, libres de toutes charges, aux settlers des portions limitées du domaine public, où ils s'établiraient pour le grand profit d'eux et du pays (1832). L'oreille des hommes d'État restait fermée à ces saines idées ; mais elles firent graduellement leur chemin dans le peuple. En 1839, une circonstance particulière leur vint en aide. Nous voulons parler de Y anti-renter movement, qui éclata dans l'État de New-York et y fit un certain nombre de victimes. L'objet de cette levée de boucliers tendait à affranchir d'anciens tenanciers de terres de la famille van Rensslaer de diverses* prestations qualifiées féodales, comme dérivant de titres qui remontaient au gouvernement de la compagnie hollandaise. Ces prétentions furent soutenues par des pamphlets et par des publications périodiques qui, élargissant le cadre de la cause première qu'ils se proposaient de défendre, soutenaient qu'il était beaucoup plus politique d'abandonner le domaine public librement, mais par petites quantités, à des gens ne possédant rien et qui y établiraient leur home, que d'en faire don à des capitalistes cupides.
Ces idées se répandirent successivement dans les États de l'Union. Elles firent leur chemin à l'aide de l'appui qu'elles reçurent de divers côtés, par des esprits ardents et habiles, qui poussèrent à leur propagation. Ce qui n'était pendant longtemps qu'une thèse économique pénétra dans la politique, en 1848. Le succès, après tout ce terrain parcouru, semblait acquis au homestead, mais les corps délibérants sont les derniers à sanctionner le bien, par suite de combinaisons intéressées toujours prêtes à entraver la marche des idées généreuses et politiques à la fois. Dès 1848, Horace Greeley, membre de la chambre des représentants au Congrès, présenta à cette assemblée un bill dont l'objet principal était la concession sans aucun prix, à tout settler non possesseur de terres, de 160 acres de terres publiques pour une durée de sept années, et de plus, à la condition de s'y établir et d'en améliorer le sol,.