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CHAPITRE XX1I

POSITION RESPECTIVE DU GOUVERNEMENT DE L'UNION ET DES GOU- VERNEMENTS D'ÉTAT EN CE QUI TOUCHE LES CHEMINS DE FER.

En faisant cet exposé sur l'établissement des chemins de fer aux États-Unis nous n'avons point voulu faire de la statistique sur cette branche des services publics ; il aurait fallu entrer dans de grands détails étrangers à la matière qui nous occupe. Nous avons voulu seulement montrer l'extrême largesse du gouvernement dans la disposition du domaine public, pour soutenir et provoquer même la diffusion de ces voies de transport comme moyen de rendre plus intimes les rapports entre les populations si disséminées de ce vaste empire. Les concessions de terres y ont aidé dans une grande mesure, au point qu'il est permis de dire qu'on a été jusqu'à la prodigalité. A-t-on complètement atteint le but projeté? Oui, pour la majeure partie. Il y a eu, de côté et d'autre, des mécomptes. De là sont sorties des compagnies créées, non dans un but d'utilité publique, mais, au contraire, en vue de se faire acheter la suppression de rivalités factices auxquelles les États n'avaient aucun intérêt réel. En agissant ainsi, certaines compagnies marchaient dans un sens diamétralement opposé à celui du gouvernement, qui était de susciter des créations favorables à l'intérêt général, et non d'aider des spéculations d'intérêt privé. Dans d'autres circonstances, les concurrences étaient sérieuses mais mal combinées; elles entraînaient la ruine de deux compagnies à la fois, ou bien elles concertaient des surélévations de tarif extrêmement nuisibles au commerce et à l'industrie, c'està-dire compromettant les résultats favorables que se promettaient les populations traversées par ces voies. Les

poolings se sont multipliés au point de présenter un danger qu'il paraissait urgent d'arrêter dans sa marche (1). Le Congrès, pressé par l'opinion d'agir, suspendit son action, pensant sans doute que les compagnies mal engagées suffiraient à la tâche. En effet, les spéculateurs, profondément atteints par ces procédés qu'ils avaient d'abord considérés comme protecteurs , devinrent eux-mêmes les réformateurs des abus dont ils étaient les auteurs. Un certain nombre d'entre eux se sont mis ou vont se mettre à l'œuvre, pour remanier leurs tarifs dans des proportions compatibles avec les besoins généraux. Ce n'est pas que tous comprennent aussi bien la situation : il s'est trouvé des compagnies qui, sans peser les circonstances, résistent à changer un état de choses tout à fait anormal. Elles assistent volontairement à leur propre anéantissement; elles compromettent à plaisir les ressources des actionnaires et des porteurs d'obligations qui s'étaient imprudemment confiés à leur direction; elles s'en trouvent victimes et semblent provoquer l'action des pouvoirs publics pour mettre un terme à ces calamités.

Ce ne sont pas les compagnies seulement qui se trouvent en état d'antagonisme les unes envers les autres. Les États eux-mêmes prennent parti dans ces luttes. L'on en a vu, et l'on en voit encore, qui ont abaissé les tarifs de chemins de fer sur leurs territoires pour attirer chez eux des transports qui, sans cette perspective, se seraient dirigés sur les Etats voisins. De là des conflits entre les États. Le gouvernement de l'Union est sollicité d'intervenir pour pacifier cesrapports. Mais ici sont soulevées des considérations constitutionnelles. Certains États se prétendent souverains pour tous les faits qui se passent sur leur territoire, notamment sur les voies de communication qui y sont pratiquées. Eux seuls, à ce titre, sont en possession du pouvoir de régler le tarif des

(1) On entend par poolings des conventions plus ou moins secrètes intervenues entre des compagnies rivales pour surélever les tarifs trop abaissés par la concurrence, afin de retrouver, par un commun accord, des prix de transport suffisamment rémunérateurs.

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