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LE PRESIDENT DES ETATS-UNIS

assemblées qui, jointe à leur instabilité, amènerait une révolution quelconque, si l'on ne s'ingéniait à la prévenir (1). Jefferson disait ailleurs : « Le pouvoir exécutif n'est ni le seul, ni le principal objet de nos appréhensions. La tyrannie de la législature est bien plus à redouter pour le moment, et il en sera ainsi pour longtemps encore. L'abus du pouvoir exécutif aura son tour, mais ce ne sera point de sitôt (2). La création d'un pouvoir exécutif s'imposait donc aux résolutions de la Convention ; mais la tâche était grande, hérissée de difficultés, à raison de tous les problèmes qu'elle soulevait. Rien ne surpassait, d'ailleurs, la crainte de se donner un maître et l'établissement d'un pareil pouvoir semblait l'avant-coureur de la tyrannie. Tel fut le sentiment dominant dans les discussions qui eurent pour objet cette branche du gouvernement. Plus d'une fois, certains points largement discutés et résolus dans un sens furent soumis, plus tard, à de nouvelles épreuves, et décidés finalement, dans un tout autre ordre d'idées, suivant le degré de lumière répandu sur les débats, et eu égard aux oscillations de la politique adoptée pour l'organisation et la consistance des autres pouvoirs. Et cependant, malgré tant et de si nobles efforts, malgré tant de difficultés vaincues, aucune partie du système, dit le Fédéraliste, ne fut attaquée avec moins de sincérité, et critiquée avec moins de jugement (3).

Le principe une fois admis d'un pouvoir exécutif, plusieurs questions capitales se présentaient à résoudre. Ce pouvoir sera-t-il personnifié par un ou plusieurs titulaires? En admettant l'unité de personne, lui adjoindra-t-on un conseil ou quelques membres du corps judiciaire pour l'exercice de certaines prérogatives? De qui tiendra-t-il son autorité? Quelle en sera l'étendue et la durée?

Sur la question de l'unité ou de la pluralité on était, dès l'abord, d'autant plus partagé, qu'on ignorait encore quelle serait l'importance de ces fonctions, leur variété et

(1) Madisox, p. 1128. — (2) Jefferson, Correspondence, p. 443. — (3) Voir The federalist, ch. lxvii, p. 309.

la coordination à établir entre elles et les autres pouvoirs publics. Randolph repoussait bien loin ridée d'investir un seul homme de ce pouvoir. Ce serait, suivant lui, répandre à plaisir, la semence de la monarchie (1). Trois personnes réussiraient mieux qu'une seule à conserver à cette haute fonction son indépendance, et à donner au pays la sécurité dont il avait besoin. Puis, ajoutait Williamson de la Caroline du Nord, comment un seul homme pourrait-ii tenir une balance égale entre les intérêts du Nord et ceux du Sud, si opposés les uns aux autres? Ses préférences se ressentiront de la région à laquelle il appartiendra. Malgré ces considérations, Wilson prétendait que l'unité de personne assurait mieux l'énergie, la promptitude et la vraie responsabilité que toute autre combinaison. Trois personnes seraient dans un état de contention continuelle sur nombre de sujets que chacune d'elles apprécierait à son point de vue particulier, et loin d'assurer la paix publiquer elles entretiendraient l'agitation et la discorde et réveilleraient les jalousies régionales. Le rôle du pouvoir exécutif étant restreint à des actes d'exécution et à des nominations aux emplois, il était sans danger de le confier à un seul homme. La proposition faite par quelques membres, de l'adjonction d'un conseil aux chefs du gouvernement, n'avait d'autre conséquence que d'entraver la marche des affaires, et de faire porter la responsabilité sur celui qui, souvent, ne devrait pas l'encourir (2). Cette argumentation décisive fit triompher le principe de l'unité, sauf, dans l'opinion d'un certain nombre, à trouver dans le mode de l'élection des garanties pour la sauvegarde des intérêts particuliers qu'ils avaient mission de défendre, en la combinant avec l'intérêt général. L'on admit des départements ministériels embrassant de grands services publics dont les chefs, nommés par le pouvoir exécutif, pourraient être considérés comme ses conseils, sans qu'il fût néanmoins

(1) Cette idée était inhérente à la jalousie républicaine qui considère le pouvoir comme moins à redouter quand il est partagé.

(2) Madison Papers, vol. II, p. 764, 781, 783 et passim.

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