LE PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS
obligé de se ranger à leurs avis. Nous reviendrons bientôt sur le rôle de ces ministres.
Quant à la durée des fonctions du Président, les idées étaient très divergentes et les systèmes bien contradictoires. Les uns demandaient que ce haut fonctionnaire fût nommé à vie, c'est-à-dire till good behaviour, ou tout au moins pour une longue durée. Un court terme de mandat, disaient-ils, rendrait la présidence sans attrait pour les hommes éminents; elle ne serait recherchée que par des gens cupides, plus soucieux des avantages matériels que du respect d'eux-mêmes. Le temps manquerait aux esprit* même les mieux doués, pour réaliser pendant une courte présidence quelque entreprise féconde. S'ils en faisaient l'essai, ils n'en auraient que la responsabilité; l'honneur du résultat resterait à leur successeur chargé de compléter l'œuvre commencée. Les adversaires de la permanence soutenaient qu'une présidence à long terme, en présence d'un Congrès sujet à de fréquents renouvellements, était un acheminement vers la monarchie. Tout mandataire du pays, disaient-ils, doit se retremper souvent à la source de toute autorité; carie peuple est le meilleur juge du maintien ou du rejet de ceux qu'il a appelés à le servir. Mieux vaut une courte durée d'exercice du pouvoir avec possibilité de réélection, qu'une durée d'investiture qui ne permettrait pas de déposséder le titulaire infidèle. A cette argumentation l'on pouvait répondre que la nécessité où serait le Président de songer à sa réélection lui conseillerait de détourner à son profit personnel, au moins une année d'avance, une grande partie de l'attention qu'il devrait aux affaires publiques. L'incertitude du succès le ferait recourir à l'intimidation, à des promesses corruptrices, à l'abaissement envers la législature en vue d'obtenir son aide pour capter les suffrages. Après de longues discussions reprises par intervalles et se rattachant plus ou moins directement au mode d'élection du Président, on convint de limiter la durée de la présidence à quatre années, terme moyen entre celle de la fonction des représentants et celle des
sénateurs, mais en laissant au titulaire la chance d'une rééleclion. L'expérience a prouvé que cette expectative du renouvellement du mandat présidentiel, après une courte durée d'exercice, telle que nous venons de la décrire, avait une déplorable influence sur les mœurs publiques. Mieux valait un plus long temps de présidence sans réélection immédiate possible. L'homme et la fonction en eussent été plus honorés, et les mauvaises passions moins surexcitées. La Confédération du Sud, lors de la guerre de Sécession, parut bien pénétrée de ces considérations; car dans la Constitution qu'elle se donna alors, la durée de la présidence fut fixée à six années, sans possibilité de réélection immédiate. Cette prolongation de durée sera, sans doute, adoptée un jour par l'Union américaine, comme un progrès réel sur l'état de choses actuel.
Quant à l'éligibilité du président, elle ne fut soumise qu'à des conditions fort simples qui se résument ainsi : l°être citoyen natif des Etats-Unis; 2° avoir vingt-cinq ans; 3° résider depuis quatorze ans au moins dans ce pays (art. II, sect. 1, §4). Aucune autre restriction ne pourrait y être ajoutée par les législatures d'Etat; car il s'agit ici, non point de l'électorat, mais de l'éligibilité réglée par la Constitution qui est la loi souveraine du pays. La naturalisation ne peut donc par elle-même créer un titre à la présidence. La Constitution n'a fait d'exception qu'en faveur d'étrangers déjà acceptés citoyens des Etals-Unis lorsqu'elle a été promulguée. Ce n'était que justice; car bon nombre d'entre eux tels que Hamilton, Wilson, Robert Morris et autres avaient rendu de signalés services à la cause de l'indépendance. On ne pouvait leur fermer les avenues d'un pouvoir qu'ils n'auraient pas manqué d'illustrer si l'élection les y avait appelés. La motion avait été faite d'exiger du candidat à la présidence la possession d'un immeuble à titre de propriétaire; mais les mêmes motifs qui avaient fait écarter cette proposition pour l'admission à la Chambre des représentants et au Sénat la firent rejeter pour le Président.