LA GUERRE DE LA SÉCESSION
conséquences d'un autre ordre, par sa réaction sur le droit public des États-Unis. Le succès, comme toujours, exagéra les prétentions du vainqueur, et lui fit trop oublier les principes qu'il invoquait naguère.
Voici le sentiment qu'en exprime le savant Cooley : « Le résultat de cette guerre, dit-il, a été de fortifier considérablement, et à certains égards, d'étendre l'autorité nationale. Plusieurs causes y ont contribué. D'abord des amendements à la Constitution et des actes du Congrès ont visé particulièrement ce but. Puis, les fonctions se sont multipliées, et avec elles le patronage et les dépenses. Enfin l'esprit public s'est familiarisé avec le déploiement d'effroyables pouvoirs discrétionnaires pendant la durée des hostilités, et avec l'emploi de mesures exceptionnelles teintées d'arbitraire, destinées à réprimer après coup quelques désordres sur le territoire précédemment insurgé, et à reconstruire l'édifice disloqué des gouvernements d'Etats (au sud). » Le même auteur généralisant ses idées sur ce point, ajoute : « La constitution d'une nation est en réalité ce que la font pratiquement les hommes au pouvoir, avec le consentement général, et s'il arrive qu'ayant à résoudre quelques points douteux, ils en fassent l'interprétation dans un sens favorable, en apparence, aux intérêts du peuple, de manière à l'incliner vers l'approbation ou l'indifférence, quoiqu'au fond il y ait empiétement sur son terrain, il est très probable que cette possession temporaire deviendra permanente. Bien loin d'appeler une restitution volontaire, l'usurpation s'accomplira sans contestation par la lassitude du peuple qui, à la faveur de meilleures circonstances, aurait défendu avec énergie et reconquis ses droits méconnus et usurpés. Jusqu'à quel point cela devrait-il être? dit ce publiciste, nous ne le discuterons pas : mais cela est un fait, personne ne le contestera (1). »
Cette critique est tout à la fois la désapprobation la plus
(1) Cooley sur Story, § 811.
amère et la plus modérée des envahissements exécutés par le gouvernement de l'Union sur les pouvoirs des États, à rencontre de l'esprit général qui présida aux délibérations de la Convention de Philadelphie (1).
(1) Le résultat de cette guerre et les empiétements qui en furent la conséquence sont la réfutation péremptoire des pronostics de Tocqueville qui a prétendu que l'Union irait toujours s'affaiblissant de plus en plus, et que «si une portion de l'Union voulait se séparer de l'autre, non seulement on ne pourrait l'en empêcher, mais on ne tenterait même pas de le faire. » De la démocratie en Amérique, vol. II, p. 341. Loin de s'affaiblir, ce gouvernement s'est singulièrement fortifié et agrandi !