SCENE II
ROBERT, puis son VALET DE CHAMBRE
D'abord une scène muette assez longue. Robert est assis à son bureau. Il a déjà écrit une lettre. Il en termine une seconde. Parfois il pose la plume et réfléchit. A un moment, il se lève et. toujours méditant, fait le tour de la pièce. Il revient s'asseoir. Il a mis les deux lettres sous enveloppe, et dans sa poche, lorsque le valet de chambre parait.
le valet de chambre. — M. Bragelin désirerait parler à monsieur.
robert, sans ardeur. — Bragelin?... Qu'il entre, qu'il entre!
ROBERT, BRAGELIN, puis le VALET DE CHAMBRE
robert. — Eh bien, Bragelin, que signifie ce petit bleu d'hier soir? Vous avez découvert un naïf pour me prêter le gros sac?
bragelin. — Monsieur de Chacéroy. hier, je croyais l'affaire bouclée: aujourd'hui, vous me voyez un peu moins confiant... enfin, moins emballé...
robert. — Parbleu!... Tous les mêmes. Farceur !
bragelin. — Que voulez-vous, monsieur de Chacéroy, mon capitaliste élève, tout à coup, des objections... Oh! il ne refuse pa6...
robert. — Farceur! Heureusement que je n'ai pas compté sur voils, une minute.
bragelin. — Mais vous auriez le plus grand tort de ne pas garder un espoir... Le banquier en question est un monsieur très sérieux et je vous le répète, il n'a pas dit son dernier mot.
robert. — Et. si je vous écoutais, il ne le dirait jamais. Vous feriez traîner les pourparlers jusqu'à ma mort ou jusqu'à la vôtre.
BRACiELiN. — Je vous assure, monsieur de Chaeéroy, que...
robert. — Mais, Bragelin, je ne suis allé, l'autre jour, vous entretenir de cet emprunt, que par acquit de conscience. Je le savais aussi bien que vous, que je demandais l'impossible, que, seul, un fou voudrait prêter...
bragelin. — Oli ! monsieur de Chaeéroy.
robert. — Mettons : un amateur. Que •seul un amateur prêterait une somme pareille sur une pareille garantie.
bragelin. — Pardon...
robert. — Mais si! Et pourtant, il a fallu que vous me relanciez !
bragelin. — ■ Puisque je trouvais un bailleur de fonds qui...
robert. — Seulement, je ne m'y laisse plus prendre. Je les connais les intermédiaires ! Vous ne pouvez pas vous résoudre à aban-
donner une affaire, si mauvaise .soit-elle! bragelin. — Monsieur de Chaeéroy... quand vous m'aurez permis de vous expliquer...
Entre le valet de chambre.
le valet de chambre. — M. Bernard est au téléphone. Il vient, d'arriver à Roubaix à l'instant. Il voudrait dire un mot à monsieur.
robert. — Bon. (Le valet de chambre sort.) Cinq minutes, Bragelin !
Il entre dans la bibliothèque.