À MADAGASCAR ET A LA REUNION
La maladie est très répandue à Madagascar, où elle est entretenue dans les troupeaux de chiens errants et affamés qu’on rencontre un peu partout, notamment autour des abattoirs, des usines de conserves. Ces chiens « marrons » sont répandus depuis
longtemps, et la maladie est particulièrement fréquente à Tananarive. Il est difficile cependant de se faire une idée exacte du nombre des animaux atteints, car la plupart meurent sans avoir été reconnus ; le nombre des personnes mordues est un indice : 96 en 1921, 152 en 1922 ; la répartition n’est pas régulière : des îles de lArchipel des Comores sont indemnes tandis que d’autres régions sont plus fréquemment atteintes que les autres : Abositra, Betroka, Antsirabé, Vakinan, Karatra.
Chez le chien, la rage furieuse paraît aussi fréquente que la rage mue. On a observé aussi de la rage cachectique. Le diagnostic est compliqué, comme en À. O. F., par diverses affections rabiformes, notamment la spiroptérose, la maladie des chiens, l’empoisonnement par des feuilles ou des racines de « Rahiba ». Cette plante, de la famille des Connaracées, Cnestis polyphylla, voisine du genre Rourea, très toxique, amènerait des symptômes de rage chez les chiens qui l’absorbent (Poisson, 1932). En effet, d’après Tissié (1925), un chien ayant reçu de la racine rapée meurt 5 jours après avec des symptômes de rage paralytique. Mais bien mieux, son bulbe étant inoculé à 3 lapins A, B, C, B meurt 12 jours après, A et C ne présentent rien. Le bulbe de B est inoculé à un lapin D qui meurt 43 jours après ; le bulbe de D étant inoculé à un cinquième lapin E, celui-ci meurt 31 jours après mais son bulbe n’influence pas un lapin F.
Il semble qu’on rencontre parfois des virus renforcés. D’après Tissié (1925), l’inoculation serait plus courte qu’en France. Il a vu fréquemment évoluer la maladie en 15 jours ; et il considère que les chiens qui, comme on le voit parfois, s’acharnent sur leurs victimes, sont atteints d’un virus plus actif, qui tue le
lapin en 12 jours.
QE
Le bœuf est parfois mordu par des chiens de brousse et contracte la maladie ; cela s’observe surtout dans le Sud ; on rencontre aussi bien la rage furieuse que la rage paralytique.
Les makis sont assez souvent atteints ; la maladie se traduit par une phase préliminaire d’inquiétude, d’agitation ; puis surviennent des crises furieuses vite suivies de phénomènes paralytiques ; l’animal succombe en 10 à 13 jours. Cette rage est d'autant plus dangereuse que ces animaux, très doux, vivent souvent dans l'intimité des enfants et que leurs dents pointues font des morsures profondes.
La rage humaine a été observée aussi bien chez les Européens que chez les indigènes. Les Européens sont plus souvent mordus que les indigènes parce qu’ils élèvent des chiens, des lémuriens, des chats ; les adultes sont plus mordus que les enfants, et les hommes que les femmes ; les virus renforcés causent, d’après Tissté, une rage humaine à évolution rapide : il a vu un enfant malgache malade 17 jours après la morsure mourir 12 heures après l'apparition des premiers symptômes ; ce seraient ces virus renforcés qui expliqueraient que le traitement échoue parfois sur les personnes traitées dès le lendemain de la morsure : en 1922, toutes les personnes qui ont succombé à la rage avaient plusieurs morsures et les cerveaux des chiens mordus ont tué le lapin en 12 jours.
A la Réunion, la maladie ne semble pas exister.