‹ La Rage En Pathologie ExotiqueChapitre 8 sur 20 · EN AFRIQUE DU NORD · texte numérisé non relu

EN AFRIQUE DU NORD

La rage était connue des Egyptiens (Babès) et la Bible la mentionne. D’autre part les écrivains arabes du début de notre ère et du Moyen âge connaissaient parfaitement le mode de contagion de la maladie et

Nez

ABou BEKR écrivait que la morsure du chien enragé entraîne la mort de l’homme et des animaux. Rien d'étonnant donc à ce que les traditions populaires la considèrent comme ayant toujours existé au Maroc et en Algérie. Les indigènes la dénomment : saar.

La rage ne semble pas présenter en Afrique du Nord de particularités marquées au point de vue symptomatologie. Pourtant VELU (1931) après BaïLLY (1931) a signalé la fréquence relative de la rage intestinale au Maroc. On sait que cette forme se traduit par un véritable syndrome gastro-intestinal qui prête à confusion et expliquerait de nombreuses erreurs de diagnostic ; en effet ces symptômes ne coexistent pas avec les signes habituels : on voit par exemple un chien à gastro-entérite caractéristique, sans autres symptômes, mourir brusquement après une ou deux semaines, et le cerveau se révéler virulent. Mais cette forme n’est pas spéciale à l’Afrique du Nord : V. ZavaGLi (1930) et P. DE Paozr (1930) l’ont également observée en Italie.

En Algérie, la maladie naturelle chez le bœuf a pu prêter à confusion : DONATIEN et BossELUT (1921) ont décrit une maladie à ultra-virus sévissant chez le bœuf et qu’ils appelèrent encéphalite aiguë contagieuse du bœuf ; ils en observèrent une véritable enzootie et, en étudiant le virus, constatèrent qu’il était filtrant et que son inoculation amenait chez le bœuf, le lapin, le cobaye, le chien, etc. des symptômes analogues à ceux de la maladie naturelle. Reprenant l'étude de la maladie, DoNATIEN (1925) s’est aperçu qu’il s’agissait de rage ; la confusion s'explique par le fait que la rage est relativement fréquente chez les herbivores et qu’elle peut y présenter une forme atypique, la paralysie et la glycosurie par exemple pouvant faire défaut.

REMLINGER et BaiLLy (1932) ont recherché si le virus

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marocain avait une virulence différente des divers virus d'activité moyenne ayant comme origine l’Europe Occidentale. Les animaux, lapins et cobayes, qu’ils ont inoculés ‘depuis 20 ans par divers procédés avec des virus divers : Maroc intérieur, zone côtière, etc. se sont comportés, au point de vue de la durée moyenne d’incubation, de la symptomatologie, comme se comportent les animaux qui reçoivent les virus européens, et comme ceux qu’on inocule avec d’autres virus africains ; ces virus, on le sait, présentent une bénignité relative par rapport à ceux de l’Europe orientale et de l’Asie, notamment des Indes.

Au Maroc, de 1922 à 1925, on a noté une recrudescence de la sévérité du virus. Ensuite, de 1927 à 1932, la virulence a diminué de façon sensible. Pour expliquer le renforcement de certains virus rabiques on a tendance à incriminer le passage par les animaux sauvages, tels que le loup et le chacal. Pour REMLINGER et Baïzzy (1932) cette explication ne saurait intervenir au Maroc où la rage est exceptionnelle chez ces espèces et n’a, au surplus, aucun motif d’avoir été plus fréquente de 1922 à 1925 qu'avant ou après. Le plus grand nombre de passages de chien à chien pourrait, à la rigueur, expliquer le renforcement pendant la période précitée. Cette exagération éphémère ayant été rapidement suivie d’un fléchissement, il paraît plus logique d'admettre que la virulence du virus rabique est soumise, dans la nature, à une évolution multiannuelle bien connue d’une grand nombre de maladies infectieuses.

D'autre part les mêmes auteurs, lorsqu'ils ont rencontré des virus marocains qui leur paraissaient exaltés ou au contraire atténués, ont cherché à les « fixer ». Certains se fixaient très vite ; d’autres, au contraire, n'étaient pas « mutables ». C’est là une analogie avec les virus d’Afrique tropicale, et aussi avec certains

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virus d'Europe, qui s'ajoute aux diverses expériences d'immunité croisée faites par REMLINGER pour autoriser à conclure à l’unicité du virus.

Le mode de vie des chiens indigènes est tel que la rage a dû toujours être très fréquente. Pourtant d’après REMLINGER et Baizzy (1932) elle aurait augmenté beaucoup d'intensité depuis l’occupation européenne. Si on s’en tient aux chiffres fournis par le Service de l’Elevage, dans la zone française il y aurait eu de 1920 à 1931, 1.234 cas de rage reconnus, se répartissant ainsi : 1.043 chiens, 9 chats, 3 chacals, 93 bovins, 3 ovins, 21 chevaux, 62 porcs. Ces chiffres sont évidemment bien inférieurs à la réalité; ils vont croissant chaque année à mesure que les investigations du Service Vétérinaire se font plus serrées, et de 14 chiens en 1920 on est arrivé à 233 en 1931.

En Tunisie la maladie est très répandue, et le nombre des personnes traitées a augmenté considérablement au cours des dernières années : en 1931 il s’est présenté 1.686 personnes à l’Institut Pasteur de Tunis, chiffre qui n’est inférieur qu’à ceux des années 1929 (1.921) et 1930 (1.812). Mais ces statistiques sont faussées par le fait que bien des indigènes, pour être dirigés sur Tunis aux frais de la Régence, se font mordre par leur propre chien, quitte à disparaître le traitement commencé.

Comme en Afrique Occidentale Française, la spirurose a pu prêter à confusion avec la rage. FAURE a signalé aussi la possibilité d’une erreur de diagnostic, chez une vache atteinte de myosite des gastro-cnémiens.

Actuellement la maladie se perpétue chez les animaux domestiques. Pour NicozLe la faute en est surtout aux propriétaires de chiens, en raison de leur résistance aux mesures légales. La divagation des chiens est une autre cause. D’autre part, il y a corré-

lation entre les mouvements des nomades et la recrudescence des cas de rage enregistrés (FAURE).

Dans toute l'Afrique du Nord, le chien, animal impur, est loin d’être pour l’indigène « l’ami de l’homme » et les Européens ont avec lui beaucoup plus de contact que les indigènes. C’est ce qui explique qu’en Algérie, proportionnellement au chiffre de la population européenne et indigène, dix fois plus d'Européens sont traités après morsure que d’indigènes, et il meurt de rage trois fois plus d’Européens que d’indigènes.

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