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INCUBATION DE LA RAGE

Avant d'étudier les divers types cliniques de la maladie, nous voulons dire quelques mots de la période qui s'écoule entre l’instantoù unindividuaété ‘contaminé et le moment où la rage éclate chez lui. Cette période d’ineubation pourra, en certains cas, contribuer à égarer le diagnostic par les variations

- profondes qu’elle peut présenter dans sa durée. Elle

n’est régie par aucune loi précise et une foule de facteurs peuvent intervenir pour avancer ou reculer la date d’apparition des premiers symptômes. Etant donné une inoculation, il est impossible de prévoir ‘au bout de combien de temps s’en feront ressentir les effets, si toutefois elle est suivie de contagion.

- En général, c’est dans les deux premiers mois qui suivent la morsure que la rage se manifeste aussi “bien chez l’homme que chez les animaux.

La statistique de Haubner;les 14% cas observés par Renault, Saint Cyr, Leblanc ont donné à ces auteurs une durée moyenne de deux mois chez l’animal et il semble bien que ce soit là le chiffre Le plus fréquent. Or dans cette dernière statistique cependant, il existe un cas où l’incubation fut de une année. Les cas de

Ps à

longues incubations ne sont pas extrêmement rares et on en retrouve quelques-uns dans les annales de médecine vétérinaire. On a constaté une incubation de plus de cinq mois chez un lapin (Roux), deux cas de plus d’un an chez le chien (Fléming, Galtier), deux cas de quatorze mois chez le cheval (Boudin, Wald), huit mois (Haubner), six et sept mois chez le chien (Youatt), un an, quinze mois, deux ans et demi chez le boeuf (Haubner). Par contre, Delabère-Blaine a constaté un cas où elle ne fut que de sept jours chez un chien. a:

Ce sont là des exceptions, il est vrai; mais que l’on sera susceptible de rencontrer, auxquelles il faudra toujours songer, et contrairement à lopinion qui veut qu'un animal soit considéré comme inoffensif quand il est vivant trois mois après la morsure, il sera prudent de se tenir sur ses gardes en craignant de se trouver en face d’uncas à évolution lente. | RE

. Ce qui se passe chez les animaux,nous le retrouvons également chez l'homme. En réunissant les chiffres donnés par Brouardel et ceux d’un rapport de Proust, on trouve que l’incubation n’a pas dépassé trois mois dans 449 cas sur532. Dans la statistique de Bauer on voit que la rage a éclaté :

Du 1 au 19° jour, dans 8,24 0/0 des eas a aù ge — 28,43 : —:

Go® au 5g° rt jobs Te 6o* au 79° Ur ns

&8o° au 99% — 9,22. —— 100° au 149° — 7,65 — 190° au 199° — 5,69 —— 200° au 240° — 0,98 —

| 250° au 339c 2 2,35 Qi du 15° mois 1,18 —

Dans l’espace compris entre 1862 et 1872, le Comité consultatif d'hygiène donne les renseignemenis suivants : sur 170 cas, la rage s’est déclarée 1,7 fois dans les deux premiers mois et 23 fois après.

C’est là, en effet, la moyenne que l’on peut établir comme règle et avec laquelle on aura le plus souvent à compter. Il est cependant des exceptions à cette règle et les cas ne sont rares où elle a été démentie par les faits, soit qu’il y ait eu abréviation de la durée d’incubation, soit que, au contraire il y ait eu augmentation. |

La plus courte qui paraisse avoir été observée a été de cinq jours chez une jeune fille mordue à la face par un loup (Dupuy).Elle aurait été de sept jours chez un jeune homme (Bouley),de treize jours (Jouffroy), de quatorze jours (Armand), de treize jours (Fardieu).

Beaucoup moins rares sont les observations où lon a constaté sa prolongation au delà des limites normales. Sans nous arrêter aux cas de dix, vingt et même trente ans quisoni d’une anthenticité très contestable et n'offrent aucune garantie scientifique, on trouve dans l’histoire de la rage des faits montrant

cette longueur de l’incubation. Wallet,dans sa thèse, en a recueilli un certain nombre. Nous pourrions multiplier ces exemples, qu'il nous suffise d'en rapporter quelques-uns,

OBSERVATION II

(Aubanel. — Annales médico-psychologiques, 1843.)

Enfant de sept ans. Début par de la tristesse, du malaise, de la lassitude. Quelques jours après,spasme quand il essaie de boire. Mouvements convulsifs fréquents. Douleur à la cicatrice et dans tout le membre mordu. Crachotement. Hallucination. Anxiété, A la fin perte de l'intelligence.

Onze mois auparavant, il avait été mordu à la jambe par

un chien qu'on avait fait tuer et qui avait été reconnu enragé.

OBSERVATION IIT

(Bouzal. — France médicale, 1880.)

Homme de soïxante ans, morsure à la main le 7 septembre 1869. Au mois de juin de l’année suivante, neuf mois après, le malade devient sombre et irascible. Le 12 août, malaise général. Fourmillement partant de la main mordue et remontant jusqu'au cou. Spasme pharyngien très fort Déglutition impossible. Satyriasis. Dysesthésie visuelle. Le malade ne peut supporter la vue d'un objet blanc. L'agitation augmente, des convulsions apparaissent, aboutissant au

coma qui emporte le malade le 16.

OBSERVATION IV (Hémard. — Mémoires de médecine militaire, 1859.)

Incubation de deux ans et cinq mois chez une fille de onze ans. Début par une agitation extraordinaire survenue à la suite d’une querelle et de menaces qu'on lui a faites. Au bout de vingt-quatre heures,elle est dans une grande anxiété. La respiration est difficile, les pupilles dilatées. Déglutition impossible, crachotement. Des accès convulsifs apparaissent le lendemain. La malade a perdu la parole quoique son intelligence soit demeurée intacte. La mort survient dans la journée.

Deux ans et demi auparavant, elle avait été mordue à la main par un jeune chien, mais la blessure insignifiante avait été négligée. Dans le même chenil que l'animal en question vivait un autre chien qui disparut après avoir mordu un homme. Cet homme succomba environ cinquante jours

après, atteint de rage.

OBSERVATION V

(Delore. — Gazette des Hôpitaux.)

Incubation de deux ans et demi chez une femme de soixante-trois ans. À la suite d’une émotion violente. (elle trouva son mari en train de se pendre),ont apparu de la tristesse, de l'inquiétude, de l’irritabilité, de la céphalalgie.Puis

survint de l'aversion pour les liquides. Spasmes pharyn-

giens, suffocations, angoisse, surexcitation extrême, mais sans délire. Dans l'intervalle des accès, hydrophobie très prononcée avec soif vive. | Deux ans et demi, auparavant, cette femme avait été mordue à l’avant-bras par son chien qu’elle voulait con-

traindre à botre du lait.

OBSERVATION VI

(Créquy.— Gazette des Hôpitaux, Paris, 1 869.)

L..., douze ans, mordu à la main par un chien suspect. Ne parle pas de l'accident. Mais sept mois plus tard,pressé par des rêves affreux où ilne voit que des chiens enragés, il perd son courage de dissimulation et fait part à sa mère de ses

terreurs. Rage. Mort le cinquième jour.

OBSERVATION VI

(D' Dumas. — Écho médical des Cévennes, 1908.)

Ils’agit d'une homme qui fut mordu à la figure par sa petite chienne, morsure à laquelle il me prêta aucune attention. Cependant,inquiet des allures de l'animal qui était parti de chez lui après avoir mordu plusieurs chiens, ii va à Paris suivre le traitement. |

Treize mois après, il est pris d’un malaise subit,la rage se

déclare et le malade mourut trois jours après.

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OBSERVATION VIII

(Desguin. — Académie Royale de Belgique. Séance *du 15 mai 1809.)

H. M.., vingt-quatre ans. Le 3 mai 1887, il est mordu à la tête et à une jambe par un chien enragé

Le 18 mai 1 889, deux ans et sept mois plus tard, il éprouve une constriction violente de la gorge, et il lui est impossible d'avaler les liquides. Dans tes trois jours qui suivrent, il y eut dysphagie, hydrophobie, spasmes, hyperesthésie générale, agitation. {ntelligence intacte. Mort le 22, dans un état convulsif.

À ces cas, il manque malheureusement la confirmation expérimentale et on peut douter de leur authenticité. Dans les deux observations suivantes, il n’en est plus de même. L’inoculation du bulbe a été faite et a donné des résultats positifs.

OBSERVATION IX (Florand. — ae H6p., 1886.)

-Sur un cas de rage surpenu après treize mois d'incubation

. C,. G…, cinquante-trois ans. Brusquement, sans pro drômes, ilest pris d’hydrophobie en voulant boire. Deux jours après, il vient à l'hôpital de son plein gré. Il paraït Dub mais parle avec beaucoup de calme. Hyperesthésie douloureuse des sens. Il raconte qu'il a été mordu il y a

ie douze ou quatorze mois par un chien non enragé ; du reste, il n’attache aucune importance à cette morsure.

Insomnie pendant la nuit quisuit son entrée à l'hôpital, agitation.

Le lendemain, agitation, hydrophobie.

Le jour suivant, il est plus calme, mais découragé, il se croit perdu ; spasmes pharyngiens ; rejette sa salive. Le soir, vers 10 heures, ilest pris d’un violent accès de fureur, il bondit de sa chaise, se précipite sur lelavabo, arrache les tuyaux et les mord. Il brise les carreaux et cherche à se jeter par la fenêtre. Puis il se cyanose, tombe dans le coma ‘et meurt en quelques heures. |

Les animaux, inoculés avec le bulbe et la protubérance

meurent de rage au bout de trois semaines.

OBSERVATION X

(Chantemesse.— Bull. et Mém. Soc. méd. Hôp. Paris,1891.)

Un homme gravement mordu par un chien enragé avait été vacciné par la méthode ordinaire au commencement de = l’année 1886 et n'avait pas même terminé son traitement ; il continue à jouir d'une bonne santé jusqu’en juillet 1888, sauf qu’il ressentait de temps en temps des douleurs dans la région de la morsure.

En juillet 1 888, vingt-sept mois après la morsure, il fit une chute et continua à travailler sous une pluie battante. Le lendemain, les douleurs revinrent dans le bras mordu. et quatre jours après, il succomba à la rage convulsive. Son

‘bulbe renfermait la rage des rues.

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Nous aurons du reste l’occasion de renonter, au cours de cette étude d’autres cas à longue incubation: six mois (Feltz et Archambaud}, douze mois (Thévenot), seize mois et demi (de Beurmann).

Nous allons passer en revue maintenant les diverses causes qui peuvent faire varier cette période entre . les chiffres les plus extrêmes. Parmi les facteurs qui : semblent hâter l’éclosion de la maladie, citons :

1° Le siège de la morsure. C’est ainsi que la main, la face, parties découvertes, riches en filets nerveux et aussi plus proches des centres, favorisent une”. incubation de courte durée,Notons en passant que ce sont les parties les plus souvent atteintes comme l'indique l’enquête du Comité d'hygiène (1862-1872).

Membres supérieurs et surtout mains...... 213 cas Visage...... a tee PÉTER EE 90 — Membres inférieurs. SA rer eisee Go — COPA Er Dre canton a RU Rin nues 12 —

L’incubation a été en moyenne de quarante-huit jours pour les morsures aux mains el au visage et de soixante-neuf jours pour les autres parties.

2° La profondeur, l’étendue, le nombre des morsures. À ce point dé vue, les morsures de loups sont les plus dangereuses;

3° La plusou moins grande quantité de virus introduite ; |

4 La virulence du microrganisme rabique, variable chez chaque animal mordeur. Comme l’a montré À. Marie, il peut exister dans la nature un virus renforcé.

Parmi les causes inhérentes à l'individu lui-même citons l’âge. Virchow, Tardieu ont montré la moindre résistance de l'enfant.

Il est aussi des influences diverses, innées ou acquises qui mettent l'individu en état d’infériorité : nervosisme, épilepsie, alcoolisme. À côté de ces prédispositions organiques, il faut ajouter les . influences dépressives : excès de toutes sortes, écarts de régime, abus des plaisirs vénériens, veilles prolongées, fatigues, traumatismes et coups sur la blessure, émotions vives et crainte de la maladie ellemême. Trolliet cite le cas d’un homme qui fut appelé «reste de chien enragé» quarante jours après la morsure que lui fit une chiennehydrophobe ; il resta interdit, se rendit tristement chez lui, se plaignit de grandes douleurs dans la blessure et fut aussitôt saisi des premiers symptômes de la rage dont il mourut.

SYMPTOMATOLOGIE

Pendant longtemps, la rage fut considérée comme une maladie évoluant sous une forme furieuse, L'opinion populaire ne voulait voir chez l'homme | que la répétition fidèle de ce qui se passe chez le chien. Au milieu de toutes les incertitudes et des con-

tradictions de la pathologie rabique, la symptomatologie clinique apparaissait toujours claire, bien définie, typique. Stadium irritationis su hydrophobicum, stadium paralyticum de Reder telle semblaït être la forme sous laquelle devait se présenter la maladie et en dehors de laquelle elle ne pouvait pas exister. De là l'opinion répandue dans le public ‘el professée par beaucoup de médecins que « le malheureux enragé est un malade furieux chez lequel les instincts conservateurs sont pervertis et qui est poussé à léser quiconque l'approche. »

De là, cette habitude ancienne de considérer la personne enragée comme un être dangereux dont il était bon de se débarrasser, ce qu'on n’hésitait pas . à faire du reste en l’étouffant entre deux matelas.

Cependant, des faits cliniques bien observés, confirmés par les résultats des méthodes expérimentale

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ont démontré que, à côté de la forme furieuse, il existait une forme où la paralysie apparaissait non plus au stade terminal de la maladie mais bien à son début et en constituait le symptôme dominant. |

Déjà observée par Van Swieten en 17971, Gaimaléia en 1887 rapportait un certain nombre d’observations où la paralysie était apparue d'emblée, en dehors de tout traitement. Longtemps en effet, les paralysies rabiques furent considérées comme la conséquence des inoculations pastoriennes. Peter,

dans la séance du 18 janvier 1887 de l’Académie de Médecine déclarait que cette forme de rage était due à la méthode intensive du traitement antirabique.. De l’action combinée du virus de la rage des rues et du virus injecté naïissait une nouvelle forme de rage qu’il appelait rage canino-pastorienne. Il donnait comme argument : e

«La rage du chien est convulsive ; inoculée à l'homme, elle est convulsivante. Par conséquent, lorsqu'un homme est mordu par un chien enragé, la rage qu'il peut contracter est convulsive. On en conclut que c’est le chien enragé qui lui a donné celle maladie et ici, on est logique.

» La rage du lapin est paralytique, l'induction légitime est que, inoculée, elle doit être paralysante. * » Vous inoculez à un homme la moelle de ce lapin rabique paralytique. Il meurt quelque temps après avec des symptômes paralytiques. Et vous concluez que le lapin ne lui a pas donné cette maladie. Ici, vous cessez d'être logiques. -

» La rage paralytique est excessivement rare chez l’homme. Elle est devenue fréquente depuis les inoculations antirabiques. Et vous niez que cette plus grande fréquence soit due aux inoculations. Ici encore, vous cessez d'êtres logiques. »

En réponse à cette argumentation, Gamaléia et Ygouf dans sa thèse publiaient leurs observations. Depuis, Féré, Schaffer ont repris la question et les importants travaux qu'ils ont publiés prouvent que les paralysies rabiques peuvent être primitives et non consécutives aux excilations ou convulsions qui les ont précédées ; qu’elles ne marquent plus, dans la maladie, la phase ultime passant le plus souvent inaperçue, la mort ayant fait son œuvre avant qu'elle ait eu le Llemps de sè manifester.

Et comment n'en serait-il pas ainsi? La rage paralytique a été constatée dans la série animale. C’est la rage lype du lapin. Nous avons vu qu'elle n'est pas rare chez le chien. Pasteur a obervé que les chiens qu'il inoculait par injection de matière rabique dans le sang présentaient fréquemment des symptômes différents de ceux qu’il inoculait par trépanation. Ce sont ces cas de rage qu'il appelait rages médullaires, où les paralysies faisaient rapidement leur apparition, où la fureur faisait le plus souvent défaut, où les aboiements rabiques étaient rares. Il en avait conclu à une atteinte primitive dela moelle épinière où le virus se fixait et se multipliait tout d’abord. |

Mais, a-t-on dit, les deux formes de la rage sont

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peut-être dues.à deux virus différents, Les résultats de l’expérimentation sontlà pour nousprouver l’unicité du virus. Pasteur l’avait déjà déclaré dans une de ses communications. «La rage mue et la rage furieuse, plus généralement toutes les formes de rage procèdent d’un même virus. Nous avons reconnu en effet qu'on peut passer expérimentalement de la rage furieuse à la rage mue et inversement de la rage mue à la rage furieuse. »

Hægyes, sur 476 animaux trépanés en a observé 167 atteints de rage furieuse, 165 de rage paralytique, 144 de rage mixte à la fois furieuse et paralytique. Et, dans les passages de lapin à lapin, il n’est pas très rare d'observer l’une et l’autre forme quand on se sert du virus des rues. :

Enfin, dans ces dernières années, les observations cliniques de Paviot et Lesieur ont montré que la rage furieuse et la rage paralytique n'étaient pas les deux seules formes classiques ou tout au moins qu'elles n’existaient pas à l’état d’entités morbides bien définies; que l'on pouvait assister à un ensemble de manifestations cliniques où les symptômes prédominants attestaient une lésion plus directe, plus spéciale d'un point quelconque du système nerveux central. Ce n’est point là une simple vue de l'esprit mais un résultat acquis, chez l’homme par l'étude clinique, chez les animaux par les effets de l’inoculation et que laissait prévoir Pasteur lorsque, dans sa communication au Congrès de Copenhague, il disait

que le virus rabique peut se développer dans un point quelconque de l’axe nerveux.

Il semble donc qu'il faille encore agrandir le cadre clinique de la rage et que, aux formes bulbaires et médullaires doivent s'ajouter des formes cérébrales, cérébelleuses et sympathiques. Nous assisterons à des tableaux différents suivant la prédominance de tel ou tel syndrome et ceci n’a rien qui doive nous surprendre si l’on admeét la dissémination des lésions rabiques dans tout le système nerveux central, sans qu’il y ait du reste relation bien évidente, comme le voulait Schaffer entre le siège de la morsure et la localisation exacte.

Nous aurons donc à décrire:

1° Une forme bulbaire ; 2 Une forme paralytique ; 3° Une forme cérébrale ; fe Une forme cérébelleuse ;

5e Une forme sympathique.

Division commode pour la description mais tout artificielle. En réalité nous aurons à décrire différents syndromes. Il pourra se faire qu’un seul d’entre eux constitue toute la maladie. Mais, le plus souvent, les faits seront d'ordre plus complexe. On pourra voir la succession des phénomènes morbides varier à l'infini ; au syndrome décrit pourront s’en ajouter un ou plusieurs autres, mais c'est.la prédominance de

l’un qui donnera à l’évolution de l'affection, son

allure spéciale, justifiant ainsi la forme clinique sous laquelle il aura été décrit.

FORME BULBAIRE

C’est la forme la plus fréquente, la plus connue, la forme furieuse, à propos de laquelle nous donnerons la description générale de la rage. Trois périodes :

1° Période prodromique. — Elle peut faire défaut, Sa durée, quand elle existe est de huit jours au maximum, mais généralement beaucoup moins longue.

Elle est surtout caractérisée par des phénomènes psychiques. Le malade est triste, mélancolique, préoccupé. Souvent, il est hanté par l’idée qu'il est enragé et,à son malaise physique, s'ajoute la torture morale qu’il esten proie à une maladie terrible dont l'issue fatale, à brève échéance, lui est bien connue. Des troubles sensoriels et sensitifs font leur apparition: photophobie, pyperaconsie, hyperesthésie. Parfois, le début a lieu par des fourmillements, des douleurs à caractère névralgique souvent insupporlables et particulièrement violentes au niveau de la morsure. : |

En même temps, l’état général s’altère. La température s'élève de r à 1°5; la langue saburrale, le facies plombé, peuvent en imposer pour un simple embarras gastrique ;

2 À celte période correspondant à l’envahissement

de l’axe cérébro-spinal, Fait suite la période d’excitation. Les troubles respiratoires font leur apparition. Le malade est en proie à une dyspnée intense, il a de l’angoisse précordiale, il lui semble que sa respiration va s’arrêter. C’est à ce moment qu'apparaïf l’hydrophobie, le symptôme rabique par excellence et qui sert encore à désigner la maladie elle-même. La vue, le contact de l’eau, le seul bruit même qu'elle fait en tombant dans un verre suffisent à amener : une constriction douloureuse de la gorge avec dyspnée, un spasme pharyngien intense qui rend la déglutition impossible. Ce spasme peut ne se manifester que pour les liquides, le malade pouvant encore avaler les aliments solides. Mais souvent aussi il se manifestera d’une facon continuelle et pour tout objet à déglutir. La douleur, la crainte de l'accès qu’il provoque empêchent les malheureux malades d’avaler même leur salive qu'ils laissent couler de leur bouche.

Il y a en même temps éréthisme des divers sens, hallucinations de l’ouïe, illusions olfactives, augmentation de la sensibilité tactile, photophobie, exagération des réflexes, mydriase. La physionomie du malade révèle l'inquiétude et la terreur. Le regard devient sombre, brillant et menaçant tour à tour. Il fait peur.

Chez l’homme, on peut voir apparaître du satyriasis, de la nymphomanie chez la femme; la sudation, un pouls ralenti ou accéléré, parfois intermittent indiquent l’atteinte profonde du bulbe.

” Enfin, ilest un symptôme que l’on note constamment. C'est un état d’agitation continuelle avec mouvements convulsifs des membres. Ce besoin impérieux de mouvement que l’on retrouve chez le chien enragé, fuyant le logis de son maître, n’est pas une manie,-une hallucination, car le malade conserve toute sa connaissance, il est la conséquence de l’excitation des centres corticaux.

3 Période paralytique. — Si l’asthénie bulbaire n’a pas emporté le malade à la fin de la période précédente, on voit survenir la paralysie. Elle débute souvent par un «étal ataxique, puis parétique auquel peuvent succéder une monoplégie, une hémiplégie une paraplégie, une paralysie totale. Le malade tombe dans le collapsus et meurt par la gravité croissante des troubles respiratoires el cardiaques. » (Nicolas Balthazard).

La durée totale de la maladie a été de quelques jours, trois ou quatre en moyenne.

Cette description générale, toute schématique, est celle que l’on a l’occasion de rencontrer le plus souvent. Il est rare cependant que le tableau symptomatique soit aussi complet. Certains signes peuvent faire défaut ou du moins être très atténués ou au contraire peuvent prendre une importance capitale, L’hydrophobie par exemple pourra être considérable, aller jusqu’à la dysphagie complète ou au contraire ne pas exister du tout ou être minime, ne se manifester que pour une catégorie d’aliments.

OBSERVATION XI

(Berchoud, in thèse de Giovanni, obs. I.)

P:; Léopold, deux ans et trois mois. Entre à l'hôpital le 19 août 1905. Le 27 juillet, un chien inconnu avait mordu cruellement l'enfant au front. Le chien abattu avait été reconnu enragé. |

Le lendemain, on commence le traitement antirabique à l'Institut de Lyon. Rien d’anormal pendant ce traitement... - Mais le 17 août, en venant de l’Institut, l'enfant refuse de boire, et son père l’amène à l'hôpital.

17 août. — Enfant inquiet, changeant constamment de place, se plaignant de céphalée. Hydrophobie très marquée. La vue d’un verre d’eau amène des mouvements convulsifs consistant en des inspirations courtes et superficielles. Par contre, pas de répulsion pour les solides. L'enfant peut mangerungâteau. Mais le simple bruit de l'eau réveille l'hydrophobie. 2 |

18 août. — Nuit assez calme. Diminution de l’agitation et ‘de l’hydrophobie. Toutefois impossibilité de boire.

Mais le soir, l’état s'aggrave, l'agitation est extrême, l'enfant ne peut rester tranquille dans son lit. Le regard est fixé, les membres agités de mouvements convulsifs rapides. Intelligence intacte. |

A minuit, à l'agitation continuelle, s'ajoutent des vomissements. Mouvements de diduction de la mâchoire. Peu à peu les mouvements cessent. Tachycardie extrême. Pouls

fémoral 180. Respiration irrégulière, spasmodique, ralentie.

TO

La Spasmes des globes oculaires. Au bout d’une heure de cet état l'enfant meurt sans avoir présenté aucun symptôme de

paralysie.

OBSERVATION XI

‘ (Leclerc et Sarvonnat, — Société médicale

des hôpitaux de Lyon, 1904.) Un cas de rage humaine par lèchement sans morsure

Jeune fille de vingt-trois ans,bien portante antérieurement, n'étant pas spécialement nerveuse. Père et mère bien portants. ;

25 décembre 1903. — Le chien de la maison fut mordu par un chien inconnu et errant. Vers le milieu de janvier, le chien mordu, qui, jusque-là ne présentait rien de particulier, lécha les mains de la jeune fille qui avait volontiers des crevasses en hiver, mais qui ne se souvient pas en avoir eu plus spécialement à ce moment-là. |

Vers la fin de janvier, le chien lécheur quittait la maison sans qu'on sut pourquoi et disparaissait définitivement. Il fut oublié et la malade en particulier n’attacha aucune importance ni au lèchement, ni à la fuite de l'animal.

29 avril 1904. — La jeune fille s’aperçut en se levant que ses jambes étaient un peu faibles. Dans l'après-midi, elle commença à éprouver des spasmes du larynx quand elle voulait avaler un aliment liquide ou solide. Depuis ce moment, elle n’a pu avaler la moindre parcelle alimentaire, a été très agitée et privée de sommeil.

Elle entre à l'Hôtel-Dieu le 3 mai à ro heures du matin,

venant de l’Institut antirabique où elle n'avait subi aucun traitement. Elle marche sans être soutenue.

Agitation, regard anxieux, se plaint de contractures très pénibles du pharynx.

À part un certain degré de loquacité, l’état psychique est parfait. Sensibilité. générale. conservée et même exaltée, hyperacousie et probablement hallucination de l’ouie.

Pas de photophobie. Pupilles égales et moyennement dilatées. Cœur et pouls normaux. Constipation.

4 mai. — Nuit très agitée pendant laquelle la malade aurait déliré. On l'isole. Température 3905 ; pouls 80-100. Raie vaso-motrice très développée.

A la visite du soir, température 395; pouls 120-130... Agitation extrême. Grande loquacité. Hydrophobie et aérophobie très accentuées. La malade est tourmentée par la pensée qu’elle ne peut procéder à la toilette de ses mains, Pas de céphalée, pas de raideur de la nuque, pas de Kernig.

5 mai, 9 h. 1/2 du matin. — Température 4o°5, extrémités froides, pouls imperceptible 130-140. Yeux hagards, pupilles immobilisées et mydriase extrême. Photophobie, traits tirés. Tous les muscles de la face semblent contracturés.

Cependant état intellectuel assez lucide; la malade est toujours torturée par l’idée de boire et de se laver qu'elle ne peut satisfaire.

Mort à midi et demi.

OBSERVATION XIII

(Feltz et Archambaud. — Guszette hebdomadaire

de médecine et de chirurgie, 1897.)

Sur un cas de rage à incubation prolongée

__ G.., vingt ans, fait appeler le D' Archambaud le vendredi soir 16 juillet. Bonne santé habituelle. Pas de tares hystériques. Parents bien portants.

‘ L'avant-veille et la veille, le malade s'est fatigué, a passé

la nuit à boire, à danser, chanter. | k

Le vendredi matin, bien qu'exténué, G... part à son travail, mais bientôt pris de fatigue et de frissons. et ayant une certaine difficulté à respirer, ilrentre chez chez lui. Vers le soir, Je malaise et la gêne respiratoire augmentent.

Le malade assis sur son lit ressent un peu de gêne dans le côté gauche. Respiration un peu accélérée, mais par moments le malade fait une inspiration un peu plus profonde.

Pouls 60. Température normale.

Rien à l’auscultation des poumons et du cœur.

À 4 heures du matin, je suis appelé de nouveau. La gêne respiratoire a augmenté. Le malade a comine un poids énorme qui lui écrase la poitrine. IL a la gorge serrée et comme bouchée.

Les douleurs qui partent de la région sternale irradient dans le bras gauche et la main tout entière qui est, pendant quelques instants, comme engourdie et sans force.

Une injection de morphine et une potion calmante sou-

lagent le malade.

Mais les accès recommencent, On ordonne un lavement de chloral.

Face pâle, terreuse, yeux excavés; dyspnée, spasme pharyngien intense ;le moindre bruit, le moindre courant d'air affectent désagréablement le malade.

Les pulsations ont légèrement augmenté de fréquence, le cœur bat énergiquement.

Vers 6 heures du soir, accès brusque de délire furieux. À partir de ce moment, iln'eut plus sa raison.

Respiration et pouls accélérés, pupilles dilatées. Bientôt le malade cyanosé mourait sans avoir repris connaissance.

Six mois et demi auparavant, vers le 3r décembre, le malade avait été léché sur la bouche par un chien reconnu - enragé et qui avait mordu, à cette même époque, un enfant

qui suivit un traitement à l’Institut Pasteur et guérit.

OBSERVATION XIV

(Prosper Lemaître. — Bull. Académie de médecine, 1900.)

… Cas de rage chez un enfant de neuf ans. — Traitement à l'Institut Pasteur. — Mort.

J. M.., mordu à la joue le 9 mars par un chien reconnu enragé à l’autopsie et par inoculation de son oreille. Traitement le 12 pendant vingt et un jours,

13 avril. — Douze jours après la fin du traitement, à la suite d’une aspersion d’eau froide dont il éprouve une vive contrariété, il a des nausées. Les jours suivants, inappétence, vomissements bilieux abondants. Agitation.

17 avril. — Dysphagie, spasmes pharyngés persistant

après chaque déglutition. Photophobie, crainte de bruit.

Éeee

18 avril, — Insomnie, agitation continuelle et spasmes incessants, Accès d'hydrophobie. Respiration irrégulière et difficile. Il fait des efforts de déglutition sans y parvenir, passe continuellement ses doigts sur sa langue. On dirait qu'il cherche à enlever de sa bouche toute salive qui pourrait | provoquer les efforts douloureux de la déglutition. Intelligence intacte. L'enfant parcourt la salle en tous sens, les doigts toujours dans la bouche pour extraire la salive qui s'écoule en abondance. Une piqûre de morphine ne le calme pas, il marche toujours. Mais bientôt, la torpeur arrive, il

se couche sur le plancher et meurt.

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