CHAPITRE TROISIEME
mer sur la plaie même, si cela se peut commodément, sinon sur le front jusqu’à la chair vive, et tenir ledit animal enfermé pendant neuf jours, afin que le venin ne puisse se dilater par quelque agitation immodérée.
Les animaux sains seront aussi marqués au front, mais il ne sera pas nécessaire de les tenir enfermés.
Cela fait, quelqu’un de la famille, soit pour un ou plusieurs bestiaux, commencera le même jour à réciter pendant neuf jours consécutifs, cinq Pater et Ave à l’honneur de Dieu, de sa glorieuse mère et de saint Hubert. Pendant tout ce temps, on donnera tous les jours au dit animal, avant toute autre nourriture, un morceau de pain ou un peu d’avoine bénits par un prêtre, à l’honneur de saint Hubert.
La vertu merveilleuse de ces cornets pour les bestiaux est suffisamment constatée par l’expérience journalière, et quand même, malgré cette précaution, la rage se communiquerait à un tel animal, on voit qu’il crève sans nuire aux autres.
Ce serait un abus, et ces clefs seraient profanées si l’on s’en servait pour marquer des hommes ou si on les imprimait sur du bois ou autre chose lorsqu’elles sont rougies au feu, puisqu’elles ne sont bénites que pour marquer les animaux.
Ce serait un abus de croire qu’elles sont profanées lorsqu’on les laisse tomber à terre, ou qu’on les touche avec la main.
C’est un abus criminel de se servir des cornets ou clefs de saint Hubert pour gagner de l’argent, ou tout autre présent. La seule intention d’en recevoir rend ces cornets inutiles pour obtenir l’effet, qu’on espère, et par conséquent, ils sont profanés.
( Signé par M. V aumônier'.
Quel est le succès de ce traitement? M. l’abbé Hallet convient « qu’on en est venu se plaindre assez souvent, à Saint-Hubert, de ce que Dusage de la clef bénite n'avait produit aucun effet sur les animaux marqués. » Mais, ajoute-t-il, « la réponse à cette objection est facile. » Cela
1. Hallet, p. 171. — On trouve plus loin, dans le même livre, p. 189, le texte de la « Prière à dire neuf jours de suite quand on marque quelque animal avec, la clef de saint Hubert ».
SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE
tient à ce qu’on n’a pas suivi les règles de l’Instruction, et il se trouve toujours quelque manquement ; ou bien celui qui a marqué a reçu de l’argent ; ou bien on s’est servi de la clef pour cautériser des hommes ; ou bien, le plus souvent, la clef a été profanée, d’une façon ou d’une autre... Il faut la faire bénira nouveau et elle reprendra toute sa vertu.
Dans le fait que l’on cautérise, autant que possible, la plaie même de l’animal, on voit un traitement d’ordre naturel. Il n effet, le traitement naturel et le traitement surnaturel se confondent ici. Le traitement ne devient surnaturel que lorsqu’on se borne à marquer l’animal au front. « Ce n est donc pas, dit M. 1 abbé Bertrand, en vertu de la brûlure que les animaux marqués sont rendus impuissants à nuire, et encore moins (comme les incrédules ont prétendu que c’était le cas chez les hommes), par la vertu de l’imagination calmée par la superstition h » C’est donc bien la vertu miraculeuse de l’Étole qui s’opère ici; et M. l’abbé Bertrand ajoute : « Il est presque inouï qu’on ait vu uu seul animal marqué de la clef de saint Hubert, tomber dans la rage... » On a vu qu’un des successeurs de M. l’abbé Bertrand, M. I abbé Ilallet, a été plus sincère, tout en expliquant les raisons cachées de ces insuccès , raisons acceptées sans la moindre idée de conteste et de doute par la foi des fidèles.
Les théologiens n’ont pas toujours approuvé ce traitement. De Saintebeuve, qui déjà condamnait comme « superstition » de « faire toucher les animaux par le prêtre avec un fer rouge pour la rage », trouve que c’est une profanation de leur donner du pain bénit :
Il est permis de donner du pain bénit par le Prêtre aux hommes attaqués de la rage ; la bénédiction dont l’Eglise se sert pour le pain, prouve cela, ut omnes ex eo gustantes inde corporis et animæ percipiunt sanitatem. Et encore, ut sit omnibus su -