LE PÈLERINAGE DE SAINT-HUBERT
Outre les pèlerinages individuels pour obtenir la Taille on le Répit, il y a les pèlerinages collectifs entrepris dans un simple but d’édification par les lidèles de telle ou telle paroisse. Ces pèlerinages ont lieu dans le courant de l'été et chaque mois en voit arriver plusieurs. Pour qu'ils s'espacent régulièrement et s’accomplissent sans cohue ni presse, les curés des paroisses qui doivent pèleriner s’entendent avec celui de Saint-Hubert. On combine d’ordinaire le voyage de plusieurs paroisses, de façon à former un nombre de 1,500 à 2,000 pèlerins et obtenir des trains spéciaux de l’administration des chemins de fer. Ces pèlerinages se ressemblent sans doute tous : il nous suffira de décrire celui auquel nous avons assisté.
Il est neuf heures du matin : quelques voitures chargées dedans et dessus débarquent leurs voyageurs sur la place. Ce sont, parmi les pèlerins, ceux que leur état de santé ou leur fatigue a empêchés de faire à pied le trajet depuis la station de Poix (il y a 7 kilomètres). Bientôt après, un cortège se prépare à Saint-Hubert : en tète, le suisse en uniforme flambant de rouge; six prêtres en surplis, puis une fanfare, composée d’une trentaine de cuivres. On va, à l’entrée de la ville, recevoir la procession des pèlerins, qui arrivent groupés par paroisses et leur curé en tète. Des écriteaux portés au bout de perches indiquent les noms des paroisses : c’est une revue de la Belgique catholique. On se rend processionnellcment à l'église (l'église abbatiale)- Là, un prêtre monte en chaire et souhaite la bienvenue aux pèlerins : « Si saint Hubert accorde ses bienfaits à ceux qui ne font que quelques pas pour venir le prier dans son sanctuaire, que sera-ce donc de vous, qui venez de loin? Ah ! certes, vous obtiendrez de grandes grâces et de grandes bénédictions après un voyage long et dispendieux!
SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE
Mais vous êtes fatigués; vous allez vous disperser pour prendre quelques rafraîchissements; nous nous retrouverons tout à l’heure à la grand’messe. Vous vous procurerez des objets de piété que nous vous bénirons. S’il y en a parmi vous qui veulent s’approcher de la sainte table, ils peuvent recevoir la communion dans cette chapelle... »
La grand’ messe se dit avec les éclats intermittents de la fanfare. Des âmes délicatement pieuses pourraient préférer une musique plus discrète et des morceaux plus doux : une marche guerrière au moment de l’élévation nous paraît dire peu de chose à l’âme. Mais ce que le populaire apprécie dans la musique, c’est le bruit, c’est l’excitation et l’étourdissement de ses nerfs auditifs; une fanfare est le fil-en-quatre de la musique : c'est ce qu’il faut à son goût. « Il y a un âge, dit quelque part Yeuillot [Çà et Là,. liv. XYI), où le bruit plaît plus que la musique, et l’acidité des fruits verts plus que la saveur des fruits mûrs. » Le peuple, qui est un enfant, est toujours à cet âge.
Le sermon est naturellement en l’honneur de saint Hubert, et l’orateur termine en tirant la moralité de la célèbre conversion devant le cerf miraculeux : « Ce doit être là notre modèle... Sans doute, nous sommes déjà des chrétiens, mais que n’avons-nous pas encore à faire pour remplir nos devoirs de chrétien? Convertissons-nous, montrons-nous chrétiens dans notre vie et dans nos actes... » Puis, levant les bras au ciel, l’orateur termine par une prosopopée éloquente au saint, et à ce moment les pèlerins ont dû certainement sentir saint Hubert planer au-dessus de leurs têtes : « Grand saint Hubert, voyez cette foule de pèlerins... Protégez-les ! exaucez-les dans leurs prières, non pas seulement pour leur bien spirituel, mais aussi pour leur bien temporel! Soyez leur interprète et leur intercesseur!.. Grand saint Hubert, laissez-vous toucher par nos incessantes prières; permettez que nous retrouvions un jour vos restes glorieux ! Ils sont ici. nous le savons; guidez une main chrétienne vers l’endroit