CHAPITRE TROISIEME
secrel... Ali! ce jour-là, nous organiserons un grand pèlerinage... »
La messe est finie, la foule se disperse, il faut déjeuner, car la nourriture spirituelle ne suffit pas à sustenter le corps. Mais c'est un pèlerinage sérieux, un pèlerinage de croyants sur lesquels la religion exerce un empire moral; ils sont venus pour le saint sous la conduite de leurs curés et non pour une fête profane : ce n’est pas chez eux qu’ou trouverait des excès d’intempérance comme parfois aux pardons de la Basse-Bretagne. L’après-midi, après le déjeuner et avant le départ, l’église est encore remplie de pieux visileurs. Tout à coup un grand mouvement se fait. Quelques hommes se fraient avec peine un passage à travers la foule : ils portent un homme garrotté. — Qu'est cela? — L’est un homme qui a l’esprit troublé ; on va lui lire l’évangile de saint Hubert. — On le porte dans la sacristie ; quelque temps après, on voit le fou sortir de l’église au bras de ses amis, muet, étonné, le regard étrange. La cérémonie dont il a été l’objet a produit son impression sur une âme restée croyante jusque dans les ténèbres de la folie. L’exorcisme a amené quelque calme.
A partir de trois heures, les pèlerins commencent à s’acheminer vers Poix, où leurs trains spéciaux les attendent. A cinq heures, la ville de Saint-Hubert est vide. Les pèlerins étaient passés! Avec les facilités que donnent les chemins de fer, un pèlerinage peut se faire aujourd’hui en un jour, et le chemin du ciel est bien aplani.
Autrefois une confrérie de Liège partait, les jours de la Pentecôte, à cinq heures du matin, de l’église de Sainte- Croix à Liège, pour les Ardennes. « Les deux maîtres et les autres officiers (disait le règlement de la confrérie) devront faire le voyage à leurs frais; ils empêcheront les désordres, crieries, clameurs et friponneries; ils auront soin qu’on se comporte chrétiennement en un pèlerinage si important... Les maîtres auront soin de faire la quête dans la ville et parmi les pays pour faire une offrande au
SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE
grand saint Hubert, aux Ardennes b Cette procession en pèlerinage à saint Hubert a été interdite en 1785 par Joseph II. Mais le peuple restait fidèle à ses vieilles dévotions; aussi, nous dit le même écrivain, M. llock, « en 1793,, quand les apôtres de la Raison déclaraient qu’ils ne croyaient ni à Dieu ni au diable, les gens du peuple les laissaient dire; mais quand ils s’en prirent à saint Hubert, on faillit leur faire un mauvais parti. »