‹ La rage & st-HubertChapitre 115 sur 168 · I.A HAGE · texte numérisé non relu

I.A HAGE

Le d novembre n'est plus une fêle de chasse à Saint- Hubert-d’Ardenne, ce n’est plus qu'une fête de dévotion. A peine y a-t-il plus de monde qu’à l'ordinaire pour suivre la procession qui se fait ce jour-là. Mais encore dans le courant de ce siècle, quand le roi Léopold Ier allait à son château d’Ardenne fêter la Saint-Hubert, la bénédiction solennelle de la chasse avait encore lieu à l’église de Saint- Hubert- d’Ardenne. On a conservé le souvenir des anciennes fêtes :

A Saint Hubert, la belle église du saint patron des chasseurs était autrefois un véritable rendez-vous des chasseurs de tous les pays. Dès trois heures du matin, les trompes sonnaient le réveil et à l’instant chasseurs et piqueurs, gardes et braconniers se mettaient en route avec leurs chiens pour assister à la messe solennelle qui se célébrait aux flambeaux. Les trompes sonnaient lors de la consécration et pendant la bénédiction que le prêtre donnait après la messe, à la porte de l’Eglise, aux seigneurs, châtelains en grand costume, aux dames en toilette de Diane chasseresse, aux piqueurs, à toute la haute et petite vénerie jusqu’aux chiens. Puis le plus jeune chasseur faisait la quête, à laquelle ordinairement un nid de grives placé dans le pavillon de sa trompe lui servait de plateau. La quête faite, tous s’empressaient d’entrer en chasse 1 .

Cette invocation à saint Hubert, en cette circonstance, rappelle le sacrifice à Diane avant la chasse, scène qui se trouve représentée avec une des plus belles mosaïques gallo-romaines de France, celle de Lillebonne, en Normandie 2.

Nous savons par les écrivains grecs que les Gaulois étaient de grands chasseurs et des dévots de la chasse.

1. Reinsberg-Düringsfeld, Traditions et légendes de lu Belgique, t. Il, p. 253.

2. La mosaïque de Lillebonne a été reproduite en deux endroits; 1” dans les Mëm. de la Soc. des Ant. de Normandie, t. XXVIII (1873), avec un art’cle de M. Cbùtel ; 2° dans la Gazette Archéologique de 1885, article de M. Babelon . — M. l’abbé Cochet en avait précédemment parlé dans la Revue Archéologique, nouv. sér., t. XXI, p. 332-338. — Cette mosaïque se trouve aujourd'hui au musée de Rouen.

Arrien, qui dans son Cynégétique, parle souvent des usages do chasse des Gaulois et vante les qualités de leurs chiens de chasse, donne de curieux détails à cet égard :

Il y a des Gaulois qui ont usage d’offrir chaque année un saenlice à Diane. Il y en a d’autres qui organisent une cagnotte : pour un lièvre, on y met deux oboles, pour un renard, une drachme (car c’est un animal malfaisant et dangereux pour les lièvres, et on paie pour lui comme pour un ennemi tué), pour un chevreuil, quatre drachmes (car c’est une bêle plus grande et elle fait plus d’honneur à celui qui l’a prise). Quand l’année est Unie et qu arrive l’anniversaire de Diane, on ouvre la tirelire et avec 1 argent on achète une victime : les uns un mouton, les autres une chèvre, quelques-uns même un veau, quand il y a assez d’argent pour cela. Alors, après avoir accompli la cérémonie religieuse et avoir offert à Diane chasseresse la première des victimes, les chasseurs se réunissent dans un banquet, eux et leurs chiens, et ils mettent ce jour- là des colliers de fleurs à leurs chiens U

Arrien ajoute que lui et ses amis suivent l’usage des chasseurs gaulois, car rien ne peut réussir aux hommes sans 1 appui des dieux. « Aussi, ajoute-t-il, ceux qui s’adonnent à la chasse ne doivent négliger Diane chasseresse, pas plus qu Apollon et Pan, et les Nymphes, et Mercure qui règne et veille sur les chemins, et aussi toutes les divinités des montagnes ; car si on ne s'acquitte pas de ces dévotions, on ne peut espérer bonne chance : les chiens se blessent, les chevauxsont fourbusetles chasseurs reviennent bredouille. » Xénophon, dans son Traité sur la chasse (VI, 11), parle aussi des prières qu’on adresse à Apollon et à Diane et de l’usage de leur offrir les prémices de la chasse.

L’Ardenne connaissait certainement une fête de ce genre pour l’inauguration de la chasse, et cette fête, en l’honneur de Diane — ou de Dianus — est celle-là même qui, de l Ardenue, s’est répandue dans les pays voisins, sous le nom de « Messe de Saint-Hubert, » ou encore d’un nom

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