‹ La rage & st-HubertChapitre 116 sur 168 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

plus populaire ; « Messe des chiens. » La « Messe des chiens » de Chantilly est restée célèbre :

La chapelle était parée comme aux grands jours ; des fleurs étaient répandues sur les saintes dalles ; des fleurs jonchaient le chenil du château. Le plus vieux gentilhomme, monté sur le plus vieux cheval, suivi du plus vieux chien, accompagné du plus vieux piqueur, ouvrait la marche des chiens se rendant à la messe.

Venaient d’abord les grands dignitaires du chenil, le ban et l’arrière ban des bull-dogs d’Allemagne, à la tète ronde, aux oreilles coupées, au collier hérissé de pointes de fer ;

Suivaient les grands lévriers à poil ras, aux jambes nerveuses, au ventre avalé, au museau de fouine;

Puis toutes les variétés de lévriers : à poil long ; métis d’épagneuls ; charnaigres, qui bondissent ; liarpés, sans ventre ; lévriers nobles, aux râbles larges ; lévriers œuvrés, au palais noir, etc ;

En sixième ordre, la députation des braques, grande gravité d’oreilles ;

Puis les limiers, puis les bassets, la terreur des blaireaux, et qui répondent au cri de : « Coule, coule, basset ! »

Après se pressaient les chiens courants de race royale, ou chiens français ;

Puis les baubis, bigles, chiens trouveurs, batteurs, babillants, corneaux, clabauds, chiens de tète et d’entreprise ;

Enfin, la populace des chiens.

Introduits dans le même ordre au centre de la chapelle, on les rangeait devant le tableau de saint Hubert, et la messe commençait.

Rien n’était omis dans la liturgie et, la sainte cérémonie terminée, l’aumônier montait en chaire et prononçait un panégyrique du grand saint de la chasse.

On priait le ciel d’éloigner des chiens les maladies, les morsures des serpents, les piqûres des plantes vénéneuses, les blessures du sanglier, et surtout de les préserver de la rage 1 .

Celte messe solennelle était celle de la fête de saint Hubert* Mais on pouvait, à d’autres époques de 1 année,

1. Bulletin de la Société protectrice des animaux, t. X, 1864, p. 358.

SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE

faire dire des messes spéciales pour les chiens. Voici deux passages des comptes de la vénerie du roi Charles YI, qui montrent que c’était chose ordinaire au moyen âge :

A Robbin Ration pour argent à lui payé et baillé dont il a fait chanter une messe pour lesdits chiens limiers et lévriers devant saint Mesmin. Et pour faire ofîrende de cire et d’argents pour lesdits chiens, pour double de mal de rage, le 28 de novembre 1390, 20 s. p. (20 sous payés).

Et l’année suivante :

Au même... pour avoir mené tous lesdits chiens estant audit séjour, en pèlerinage à saint Memet et illec avoir fait chanter une ■messe pour lesdits chiens, avances pour oflrir chandelles devant ledit saint, pour doubte de mal de rage, le 22° jour de mars 13v)l, 20 s. p. L

La« Messe des chiens » n'est pas pour nous surprendre, lorsqu’en de nombreux endroits on célébrait, le 17 janvier, la « Messe des cochons, » en l’honneur de saint Antoine. « On représente saint Antoine avec un cochon, dit Molanus, pour que le peuple sache que ces animaux sont préservés de tout mal par l’intercession du saint2». Ainsi on invoquait « le grand saint Antoine » en châtrant les chevaux, les ânes et les porcs. Le rite du 17 janvier se pratiquait à Rome même. Cela se passait à l’église de Saint- Antoine-Abbé (ancien chapitre de couvent supprimé), devenue, depuis 1873, succursale de Sainte-Marie-Majeure. Cette église a été expropriée en 1877 par le gouvernement italien pour être démolie. « Un détail pittoresque a rendu célèbre ce petit temple. C’est là que, sous le gouvernement papal, le 17 janvier, fête de saint Antoine, on conduisait les chevaux, les ânes, parfois les porcs, pour

t . Textes cités dans Victor Gav, Glossaire archéologique du Moyen Age et de la Renaissance p. 370 (s. v. Chien).

2. Molanus, de Ilistoria SS. imaginum et picturarum, ed. Paquot, p. 249.

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