‹ La rage & st-HubertChapitre 12 sur 168 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

laisse aller vivant l’animal mutilé; un morceau de nid d’hirondelle appliqué avec du vinaigre, des petits d hirondelles incinérés, la vieille peau dont un serpent s’est dépouillé au printemps, broyée avec une écrevisse mâle dans du vin... telle est la foi ce de la îagc qu’on ne marche point impunément sur 1 urine d un chien emagé, surtout si l'on a quelque ulcère ; le remède alors est d’appliquer du crottin de cheval humecté de vinaigre et chauffé, dans une figue. On s’étonnera moins de ces effets violents si l’on songe qu une pierre mordue par un chien est passée en proverbe pour exprimer les querelles. Celui qui urine sur de l’urine de chien éprouve, dit-on, de l’engourdissement dans les reins1.

Gratius Faliscus, dans son poème sur la chasse, que nous avons déjà cité, mentionne des amulettes destinées à préserver du mauvais œil autant que de la rage, des touffes de poils de blaireau attachés au collier, des colliers de coquillages réputés pour leur vertu, de la pyrite, des coraux de Malte, des plantes sur lesquelles on a prononcé des paroles magiques2.

R 4, — fontaine; terre sacrée; temple d’artémis

Le culte des fontaines, qui joue un si grand rôle dans les croyances religieuses — et là encore un fait de théi apolitique naturelle se mêle à une idée d intervention surnatu-

1. Pline, Hist. Nat., XXIX, 32 (traduction de M. Littré); cf. XXVIII, 43.

2. Quid priscas artes inventaque simplicis ævi ( par . anni).

Si referam ? non ilia metus solatia falsi

Tam longam traxere fidem : coliaribus ergo Sunt qui lucifugæ cristas inducere melis Jussere, aut sacris conserta monilia conchis,

Et vivum lapidem, et circa melitensia nectunt Curalia, et raagicis adjutas cantibus herbas.

Ac sic olTectus, oculique venena maligni Vicit tutela pax inipetrata deorum.

Gratii Falisci Cynegeticon, v. 399-407. — Cf. la note de Wernsdorf sur le vers 402. ( Poetæ Latini Minores, éd. Lemaire, t. I, p. 66 et 90.)

LA RAGE DANS L'ANTIQUITÉ CLASSIQUE

relie et de vertu mystérieuse — a du également être représenté chez les anciens dans le traitement de la rage. Nous n’en connaissons pourtant qu’un exemple dans l’antiquité. Chez un peuple de l’Arcadie, les Cynæthéens — et ce nom, qui paraît dériver du nom grec du chien, donnait peut-être à cette pratique son origine et sa signification — il y avait, dit Pausanias, une fontaine que l’on appelait Alyssos , littéralement « l’antirage. » Elle devait son nom à ses propriétés curatives. « Tout homme qui, mordu par un chien, est possédé de la rage ou se trouve attaqué soit par un ulcère, soit par quelque autre mal, se guérit en buvant l’eau de cette fontaine1 2. » La terre de Lemnos, dissoute dans du vin avec du genièvre, est un remède que recommande Galien"; sans doute parce que la terre de Lemnos était sacrée. De même notre Grégoire de Tours raconte que de la terre de Jérusalem on faisait de petites pâtes qu’on envoyait dans les diverses parties du monde, et qui guérissaient très souvent les malades3 4. Artémis (Diane), la déesse de la chasse, devait tout naturellement être invoquée dans les cas de rage. Nous n'avons pourtant qu’un exemple du fait : à Rocca, dans l’ile de Crète, elle avait un temple où l’on menait les chiens enragés ; un auteur assure même que les chiens qui ne pouvaient se guérir s’y jetaient d’eux-mêmes dans la mer, du haut d’un promontoire \

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