CHAPITRE QUATRIÈME
Lorsqu’une personne est mordue par un chien enragé ou considéré comme tel, disait le curé de l’endroit, cette personne se présente à l’église; je prends mon surplis et l’étole violette, je fais allumer deux, cierges sur l’autel de saint Pierre, je prends la susdite clef et la dépose sur la morsure, ou l’endroit du corps visible le plus rapproché de la plaie, et je dis l’oraison de la messe de saint Pierre, et l’oraison ad sanitatem recuperandam. Dans mes quarante-quatre ans de ministère, j’ai eu bien des fois l’occasion de faire la cérémonie de la clef : les résultats ont toujours été très heureux ; le calme qui a suivi a chassé la crainte, et, sans autres remèdes, les morsures n’ont pas eu de suites fâcheuses.
Le patron de la paroisse est saint Pierre. Nous avons pour les animaux mordus une seconde clef déposée entre les mains du carillonneur. La cérémonie est toute autre, car, sans prière aucune, cet homme fait chauffer à blanc la dite clef et l’applique, non sur la plaie, mais sur la tèle de l’animal, prétendant que la vive sensation éprouvée fait disparaître le virus. Nos paysans assurent que les animaux qui ont subi cette opération ne deviennent jamais hydrophobes l.
A Saint-Pierre-de-Roye, en Picardie, « les villageois des environs faisaient souvent marquer leurs chiens des clefs de saint Pierre. » M. l’abbé Corblet2, qui signale le fait, n’indique pas la façon d’opérer.
A Lodi-Vecchio (Yieux-Lodi), en Italie, se trouve une clef de saint Pierre (elle est en fer et longue de trois centimètres), faite, dit une légende, « sur un modèle apporté du ciel par un ange. » Elle a la vertu de guérir les démoniaques et les enragés et, toujours d'après la légende, « la révélation de ce double prodige aurait été faite par le démon, à l’occasion d’un exorcisme. » Il y a encore d'autres légendes sur son origine. « En 1699, le curé de Lodi- Vecchio écrivait que la clef de saint Pierre était toujours en vénération, qu’ou l’exposait deux fois l’an, qu’elle guéris-
1. Mar Barbier de Montault, dans le Bull. etc. de la Soc. Arch. de Tarn- et -Garonne, p. 56. — Une planche donne la gravure de ces clefs qui n’ont rien de particulier.