Euripide, Iphigénie en Tauride
3. Celse, De medic., V, 27. Cette ruse se trouve encore dans un petit livre du colportage qui a conservé jusqu’à notre époque la tradition médicale de l’antiquité. La médecine et la chirurgie despauvres, 12* éd., Avignon, 1868, p. 285.
LA RAGE DANS L’ANTIQUITÉ CLASSIQUE
C était uno croyance autrefois répandue en France,
et peut-être la retrouverait-on encore chez les riverains de la mer — qu’on guérissait une personne mordue en la plongeant dans la mer. Un ouvrage français du xiv° siècle sur la chasse fait mention du remède, sans y croire beaucoup. « Aucuns en vont à la mer, qui est un bien petit remède1 ». «Les autres asseuroyent, dit Guillaume Bouchet dans ses Serées (1585), que l’eau de la mer guerissoit les enragez, si on les jette dedans; et de faict on les mène maintenant à la mer, comme le plus asseuré remède. » Le nombre do plongeons était marqué : c’était le nombre sacramentel trois; terna in mare immersio , est-il dit au commencement du xvme siècle, chez Morgagni 2 3. Andry mentionne parmi les remèdes moyens , « les bains de mer, d’eau salée, les bains froids et l’immersion dans ces différents bains » ; il donne plusieurs exemples de ce traitement, les uns malheureux, les autres suivis de succès 5.
Cette croyance était, du reste, générale, et le remède recommandé sans conteste, à la cour comme h la ville. Mme de Sévigné écrivait à sa fille, Mme do Grignan, en 1671 : « Au reste, si vous croyez les filles de la Reine enragées [il s’agit de ses dames d’honneur], vous croirez bien. Il y a huit jours que Mme de Ludres, Coëtlogon et la petite de Rouvroy furent mordues d’une petite chienne, qui était à Théobon. Cette petite chienne est morte enragée ; de sorte que Ludres, Coëtlogon et Rouvroy sont parties ce matin pour aller à Dieppe, et se faire jeter trois fois dans la mer. Ce voyage est triste; Benserade enétoit au désespoir. Théobon n’a pas voulu y aller, quoiqu’elle ait été mordillée. La Reine ne veut pas qu’elle la serve, qu'on ne sache ce qui arrivera de toute cette aventure. Ne trouvez-vous point, ma bonne, que Ludres ressemble à Andromède? Pour moi, je
1. Le livre du roy Modus et de la royne Racio, éd. Elzéar Blaze (Paris, 1839), feuillet XLV, recto.