‹ La rage & st-HubertChapitre 161 sur 168 · LA HA CL · texte numérisé non relu

LA HA CL

APPENDICE

A Aubazino, dans le département de la Corrèze, c’est la tète du saint, patron de l’église, que l'on gratte; « car on attribue à cette poussière la vertu de guérir certaines maladies1 ».

Saint Guénolé, en latin, Winwalœus ou Guengualo eus, et en français Guingalois , est le saint dont le nom est devenu dans la bouche du peuple saint Guignolet. C’est un des saints que les femmes invoquent contre la stérilité. Or, voici comment, au commencement du siècle, les choses se passaient dans un sanctuaire des environs de Brest.

Je ne veux pas sortir de Brest sans faire part encore d’une anecdote assez singulière. 11 s’agit d’un saint. Mon intention n’est pas de scandaliser les uns ni de fournir aux autres des réflexions impies. Il fallait donc vous taire, me dira-t-on peut-être; pourquoi parler d’un saint qui est l’objet d’un culte?

Eh bien ! j’aurai le courage de le dire ; le culte de ce saint est un outrage à l’honnêteté, à la pureté évangélique ; il n’est donc pas de la religion ; c’est une superstition monstrueuse.

Quel est donc ce saint? ce n’est ni dans Fréret ni dans Voltaire que j’en ai lu le nom et les attributs ; je l’ai vu de mes yeux, je l’ai touché de mes mains, ainsi que cinq ou six personnes présentes avec moi.

Au fond du port de Brest, au delà des fortifications, en remontant la rivière, il existait une chapelle, auprès d’une fontaine et d’un petit bois qui couvre la colline, et dans cette chapelle était une statue en pierre, honorée du nom de saint. Si la décence permettait de décrire Priape, avec ses indécents attributs, je peindrais cette statue.

Lorsque je l’ai vue, la chapelle était à moitié démolie et découverte, la statue en dehors, étendue par terre et sans être brisée ; de sorte qu’elle existait en entier, et même avec des réparations modernes qui me la firent paraître encore plus scandaleuse.

Les femmes stériles, ou qui craignaient de l’être, allaient a cette statue, et, apres avoir gratté ou raclé ce que je n'ose nom-

1. Dictionnaire <les Pèlerinages (coll. Migne), t. b col. 246.

EMPLOI THÉRAPEUTIQUE DES RELIQUES

mer et bu cette poudre, infusée dans un verre d'eau de la fontaine, ces femmes s'en retournaient avec l'espoir d'être fertiles l. 1

t La chapelle est aujourd’hui détruite et la statue disparue. Notre ami M. Luzel nous écrit à ce sujet : « J’ai fait, il y a quelques années, une excursion au fond du port de Brest Je lon8' de la Penfeld, à la recherche de la chapelle et de la statue dont parle Harmand de la Meuse. J’ai bien trouve . l’emplacement de la chapelle, aujourd’hui disparue mais aucune trace de la statue. Pourtant, son souvenir et celui des pratiques dont elle était l’objet vivent encore dans la tradition orale du pays. »

Ce n est pas ici un cas isolé du culte du saint de la fécondité, véritable Priape chrétien : on en connaît d’autres exemples ailleurs, quel que soit le nom du saint, et sans doute, si on avait plus de détails sur le culte populaire du Piiape antique, lui trouverait-on une origine pré-chrétienne.. En effet la plupart des pratiques de la dévotion populaire qui scandalisaient les théologiens philosophes, ou égayaient les esprits forts et les railleurs, ne sont que la continuation de pratiques antérieures au christianisme. — Henri Esticnne parle de la statue d’un saint appelé populairement saint Greluchon, qui se trouvait en une abbaye des enviions de Romorantin, qu’on invoquait pour le même objet et qu’on grattait au même endroit 2.

fin connaît encore d autres exemples du même remède contre la stérilité des femmes 3.

Le tombeau du saint. — La pratique de gratter les tombeaux des saints, d’en mettre la poussière dans Peau et de boire cette infusion pour se guérir d’une maladie, est piesquc aussi ancienne que le christianisme lui-même, car

L J. -B. Harmand (de la Meuse), Anecdotes relatives à la Dévolution Paris, 1820, p. 118.

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