CHAPITRE DEUXIEME
§ 2. — l’histoihiî
Vires acquirit eundoï Ce que Virgile a dit de la Renommée s’applique aussi bien à la Légende qui n’en est qu une des formes, surtout à la légende hagiographique. Lorsque sur la vie et l’œuvre d’un saint on n’a qu’un document unique où tout est mis sur le même plan, il est diflicile de suivre l’évolution do la croyance populaire. Mais lorsqu’on a des documents d’âges différents, on peut voir comment par des additions successives, par l’imagination féconde de la crédulité populaire, et surtout par la cristallisation des épisodes merveilleux qui voltigent dans l’air, une légende se forme, luxuriante, grandiose, puissante, autour d’un noyau petit et sans caractère distinctif : l’arbuste original disparaît dans l’arbre dont il a reçu la greffe. G est le cas de la légende de saint Hubert, surtout depuis qu'on a découvert une vie du saint, paraissant émaner d’un contemporain et conservée dans un manuscrit du ixc siècle1. Un écrivain belge, M. Joseph Demarteau, en a pris occasion pour soumettre la légende de saint Hubert à la discussion de la critique historique, et si bon catholique qu'il soit — la façon dont il parle des miracles de la taille et du répit , et des mérites du pontife fondateur et patron de Liège, le montre suffisamment — l’histoire authentique de saint Hubert se réduit à peu de chose après l’examen qu’il a fait des textes2. Nous allons en résumer le résultat et essayer ensuite de remonter plus haut que ne l'a fait l’érudit belge.
\ . Elle a été publiée en Allemagne par M. W. Arndt, Kleine Denkmæleraus der Merowinger Zeit , Hannover, 1874, p. 48 et suiv., et en Belgique par le R. P. Ch. de Smedt dans les Bulletins de la Commission royale d’histoire, 4° série, n° 3, Bruxelles, 1878.
2. Joseph Demarteau, Saint Hubert , sa légende , son histoire , Liège, 1877. — Du même, Saint Hubert d’après son plus ancien biographe, Liège, 1882 ; deux brochures in-8.
SAINT HUBERT ET SA LEGENDE
« Celte œuvre, dit M. Demarteau — il s’agit de la vie du ixc siècle, que M. Demarteau considère comme émanant d’un contemporain de saint Hubert, — ne nous apprend absolument rien de la patrie, des ancêtres, de la naissance, de la jeunesse du saint; nous y voyons seulement qu’il fut le disciple de son prédécesseur saint Lambert. Elle débute par nous raconter l’avènement d’Hubert au pontifical, puis par un éloge général de ses vertus, de sa charité ; elle nous peint les regrets qu’il éprouvait de n’avoir pu partager le glorieux trépas de son prédécesseur, puis les préliminaires de l’ élévation des reliques de celui-ci, le zèle apostolique de l’évèquc, les conversions qu’il opère, « Ensuite, après le récit de divers miracles, viennent les événements de sa maladie, de sa mort, de scs funérailles, et, seize ans après sa mort, la translation de ses reliques. Or les miracles dont il est question ici ne sont aucunement les trois miracles caractéristiques que nous avons rapportés : ce sont des miracles d’ordre banal, comme on en rencontre si souvent dans les vies des saints: une femme qui a les mains paralysées pour avoir travaillé le dimanche est guérie par saint Hubert ; le saint fait pleuvoir par un temps de sécheresse ; il chasse le démon du corps d’une
possédée ; il arrête un incendie par le signe de la croix, etc. La plupart de ces miracles sont ce qu’on peut appeler des miracles « de style », car on en raconte autant de la plupart des saints. Et quand le populaire ne réunissait pas autour d’un nom vénéré tous les miracles qu’il connaissait ou qui se présentaient à son esprit, l’hagiographe qui voulait faire honneur au saint dont il écrivait 1 histoire, ne
manquait pas de dépouiller à l’occasion les autres saints de leur merveilleux : la « fin » de l’édification justifiait les moyens.
Aussi l’étonnement de M. Demarteau nous étonne-t-il un peu, quand il constate le plagiat commis par cet auteur anonyme. « Qu’on juge du désappointement qui nous saisit, quand, rapprochant un jour son texte de celui u une tôdac-