‹ La rage & st-HubertChapitre 29 sur 168 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

culcusc cio saiiil Hubert que la sécurité la plus parfaite a toujours régné dans les environs de Tervueren (localité où le saint est mort). Un meurtre allait s’y commettre, un malheureux voyageur était au moment d y périr sous les coups d’un assassin, lorsqu’une formidable sonnerie de trompe se lit entendre et le patron des chasseurs apparut, à cheval, accompagné de sa meute. Le brigand terrifié s’enfuit et renonça à la vie coupable qu’il menait, et, depuis lors, aucun crime ne souilla plus la forêt qui semblait protégée tout spécialement par saint Hubert1. » Ici la chasse et le chasseur sont descendus du ciel sur la terre.

Ce serait une grande erreur de croire que tout a recommencé avec le moyen âge ; à bien des égards celui-ci n est que la continuation des époques antérieures. Cela est surtout vrai au point de vue de la religion. Nous ne parlons pas de la religion qui se définissait dans les conciles, qui se prêchait dans la chaire chrétienne; nous parlons de la religion du peuple, de ces milles rites, pratiques, usages, croyances particulières que l'Eglise a essayé en vain de déraciner, qu’elle a combattus par ses prédications, condamnés par les anathèmes de ses conciles, et qui pourtant se sont conservés soit en dehors de l’Église, soit daus 1 Eglise même, en se couvrant du nom d'un saint, en prenant une étiquette nouvelle. La dévotion païenne était ainsi devenue une dévotion chrétienne (par exemple, les fontaines consacrées aux saints, etc., etc.). L’Église a tacitement mis en pratique celte grande maxime politique, dont les politiciens paraissent si rarement se douter, qu’on ne détruit que ce qu’on remplace. Dans celle grande évolution mentale, on n'a pas cessé de croire aux légendes racontées autrefois des dieux, car le moule de la pensée humaine n’était pas transformé par l'avènement d'une nouvelle religion, et le surnaturel gardait le même empire, sur la

1. Heiasberg Düringsfeld, Traditions et légendes de la Belgique, t. II, p. 243.

SAINT HUBERT ET SA LÉGENDE

plupart du moins; ces légendes, comme des âmes errantes à la recherche de corps, se sont souvent personnifiées dans ceux qui avaient tué les dieux, dans les saints ou dans les missionnaires des premiers temps. Leur activité avait laissé des traces profondes dans l’esprit des populations; et la conscience encore obscure et mythologique des néophytes mêlait à l’image des saints l’image des anciens dieux, si bien que l'une se superposait à l’autre. « Faisons-lc César! » dit le peuple de Shakespeare, en acclamant Brutus... Saint Hubert, apôtre de FArdenne, prend la place de Wodan, il devient le patron do l’Ardenne, le patron des chasseurs. L’histoire l’a connu évêque et missionnaire; la légende le fait chasseur.

L’auteur anonyme de l’histoire des Miracles de Saint Hubert (écrite entre 1087 et 1106), mentionne le premier le saint avec ce caractère et recevant comme un dieu chrétien de la chasse les offrandes des chasseurs : « C’était depuis longtemps, dit-il, l’usage des grands de l’Ardenne entière d’otlrir au bienheureux Hubert, et les prémices de la chasse de chaque année et la dîme de toute espèce de gibier ; la raison en était que le saint, avant de déposer l’habit séculier pour embrasser un état plus parfait, aurait été grand amateur de vénerie. De l’Ardenne cet usage passa aux nobles des pays voisins, lesquels le gardèrent avec le même respect. » Du moment que saint Hubert est le patron des chasseurs, il les protège contre les dangers de leur vie, et quel danger plus grand que celui de la rage peuvent-ils courir, eux et leurs chiens? Et le dieu païen que saint Hubert a remplacé et continué ne devait-il pas déjà être invoqué contre la rage, comme Artémis (Diane) l’était chez les Grecs?

Le premier exemple de rage guérie par saint Hubert est rapporté par l’auteur des Miracles', il vaut la peine d’être rapporté après lui :

Le hameau de Luisceie est assez proche du monastère : un pro-

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