CHAPITRÉ TROISIEME
Pendant un de ses voyages, Plectrude, femme de Pépin d’Iiéristal, avait fait halte en cet endroit.
« En ce moment elle vit tomber du ciel un billet écrit en lettres d’or1. Elle le ramassa tout effrayée; ayant éveillé ses gens, et, sans confier son secret à personne, elle ordonna de rebrousser chemin. Rentrée en son palais, elle remit le billet à son mari, en lui rapportant la circonstance de cet événement merveilleux. Pépin étonné chargea Bérégise, son aumônier, de lui expliquer le sens de ce billet. L’homme de Dieu répondit que le lieu où ce billet était tombé avait été choisi de Dieu pour le salut d'un grand peuple , et que beaucoup d'âmes y passeraient de la terre au ciel. Il ajouta que, décidé depuis longtemps à quitter le monde, il était prêt à aller habiter cette solitude et à y élever un monastère afin de mieux répondre aux desseins de la Providence sur ce lieu, si son maître voulait le lui permettre. Cette proposition plut à Pépin, et malgré le chagrin de devoir se séparer de l’homme qu’il aimait le plus, il se rendit en ce lieu avec une suite nombreuse de seigneurs de sa cour, et là, par une donation en due forme et approuvée en présence des officiers de sa suite, il abandonna à Bérégise une
1. Les lettres qui viennent du ciel sont généralement écrites en lettres d'or. En voici un exemple contemporain :
Une religieuse carmélite « très familière avec la Vierge », est saisie un jour de l’appréhension qu’elle pouvait n’être pas comme les autres sœurs, la fille de Marie, « à cause qu’elle n’était pas pénitente comme elles ». Brûlant d'être fixée sur un point aussi grave, elle écrivit de son sang une lettre quelle posa sur l’autel après s’ètre mise en prière quelque temps. Après, elle reprit ce papier où elle trouva.au bas, écrit en lettres d’or : Je te reçois pour ma fille. (La dévotion A Marie en exemples, par le R. P. Muguet, Paris, 1868, t. II, p. 372. — Cité dans Paul Parfait, l'Arsenal de la dévotion, p. 323.)
Quant au fait de lettres venues du ciel, la chose paraissait tellement admissible, pour ne pas dire naturelle, que le trait se rencontre comme ficelle dans les fabliaux. Dans l’un d’eux, « à la communion, tout à coup une colombe blanche descendit du ciel, et laissa sur l’autel un billet qu’elle portait dans son bec. Ce billet était envoyé par Madame sainte Marie.... » Ailleurs, une colombe descend du ciel et pose sur la tète d’un condamné qu’on va exécuter un billet qui expose son innocence.
Legrand d’Aussy, Anciens Fabliaux, éd. de 1829, t. V, p. 59 et 156.)
SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE
portion de terrain de plus de deux lieues carrées, dont il fixa l’étendue en plaçant des bornes U »
Cela se passait à la fin du vu® siècle, et Bérégise fut le premier abbé du monastère d’Andage. Après diverses vicissitudes, l'abbaye devenue abbaye de Saint-Hubert, vit s’agrandir ses domaines et son influence; les abbés de Saint- IIubert devinrent les seigneurs d’un véritable petit État féodal1 2.
Les revenus de l’abbaye s’augmentaient encore de tributs volontaires que des paroisses et des familles éloignées envoyaient régulièrement chaque année pour être placées sous la protection du saint3. Le Saint-Siège témoignait à l’abbaye une faveur particulière : « On compte quatorze souverains pontifes, dit l’abbé Bertrand, depuis saint Grégoire YII (1073) jusqu’à Urbain VIII (1623) qui donnèrent des bulles ou des rescrits en faveur de l’abbaye de Saint- Hubert, lui accordèrent de nombreux privilèges et qui lancèrent un anathème éternel contre quiconque porterait atteinte aux biens meubles ou immeubles qu’elle possédait ou acquerrait à l’avenir. Une de ces bulles accordait aux abbés de Saint-Hubert le droit de porter les ornements épiscopaux dans les cérémonies; plus tard on voit les abbés de Saint-Hubert siéger aux conciles et admis aux États du duché de Luxembourg. »
1. Abbé C.-J Bertrand, Pèlerinage de Saint-IIubert, Namur, 1855, p. 16.