‹ La rage & st-HubertChapitre 46 sur 168 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

tôle est devenue Tunique remède, il n’en était pas de même autrefois. On traitait aussi les enragés comme simplement possédés ou démoniaques.

Un gentilhomme du nom de Josbert, de Marie, près Laon, ayant été mordu, lit le pèlerinage de Saint-TIubert, reçut la taille et l’instruction pour la neuvaine. Il revient tranquillement chez lui ; mais connue il néglige d’accomplir les prescriptions de la neuvaine, il retombe malade et on est forcé de le ramener de nouveau à Saint-Hubert. Cette fois, pour exprimer sa reconnaissance au saint, il donne à l’abbaye le tiers de son bien d’Evergnicourt. Au bout d’un certain temps, il s’avise malheureusement que ses revenus vont se trouver diminués, et à l’instigation du démon, il revient sur sa donation. Désormais en proie à l'esprit immonde, il se jette sur sa femme, lui déchire et lui arrache le visage avec ses dents et lui donne la rage. On le saisit, on le lie et on le mène malgré lui à Saint-Hubert. Là, après une accalmie et un nouvel accès, on le porte attaché dans l’église. Pendant trois jours, on essaie en vain de lui faire prendre de la poussière du tombeau du saint1 ; on le met alors dans un tonneau d’eau froide avec des exorcismes et on y ajoute de cette même poussière. Mais le malin ne peut résister à ces signes de la puissance divine; il sort du corps de celui qu’il possédait; il sort par le chemin qu’il prend le plus souvent en pareil cas; aussi s’explique-t-on aisément l’odeur fétide que le démon laisse d’ordinaire dernière lui quand il sort du corps d’un possédé. Dans le cas de Josbert, le... bruit fut si fort que le tonneau en éclata. On accourt au bruit; on trouve Josbert évanoui; mais bientôt il revient à lui; il est guéri. Il rend grâce à Dieu et au saint, et il reste un mois à Saint-Hubert, où sa femme est taillée, fait la neuvaine et est également guérie. Après avoir renouvelé sa donation il rentre chez lui, et

t. Sur cet usage de thérapeutique sacrée, voir notre Appendice.

SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE

demeure, pour le reste de ses jours, dévot à saint Hubert1.

Quoiqu’il en soit, la pratique particulière de l’étole a peu à peu supplanté toute autre. A une date que nous ne pouvons connaître, on aura cru rendre le traitement plus efficace et plus permanent en insérant dans le corps même du mordu un fragment de l’objet sacré. C’est au front, comme on va voir, que se fait cette inoculation : peut-être est-ce parce que l’imposition des cendres se fait au même endroit, dans la cérémonie bien connue du premier mercredi de carême.

Si la légende de l’origine surnaturelle de l’étole est relativement moderne, son emploi médical est beaucoup plus ancien, et la taille est mentionnée dans la Vie de la fin du xi° siècle (auro sacratæ stolæ capiti périclitants de more insito ).

La Sainte Etole est, nous ditM. Demarteau, « un bandeau de soie mêlée d’or, d’une longueur d’un mètre environ sur quatre centimètres et demi de largeur; » et il émet le vœu qu’elle soit soumise à l’examen « d’archéologues experts en l’art de reconnaître les étoffes antiques2 3. » Mais un examen de ce genre aurait déj à eu lieu, à entendre la protestation de l’abbé Bertrand. « Des antiquaires habiles qui ont examiné cette relique nous ont souvent dit que l’on ne travaillait pas ainsi la soie avant le xi° siècle. Nous démontrerons pourtant que cette étole a été portée par saint Hubert, et que par conséquent son origine remonte au vm° siècle ; ce qui favorise l’opinion, qui la fait descendre du cieD. » La démonstration de M. l’abbé Bertrand repose seulement sur les vies modernes d’après lesquelles on aurait retiré l’étole du cercueil lors de la translation du corps à Andage en 825. Mais ces textes modernes sont sans autorité en présence du silence des anciennes Vies.

1. Acta SS. ordinis S. Benedicti, iv<= siècle, Ire partie, p. 303 (éd. de Paris).

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