CHAPITRE TROISIEME
M. l’abbé Bertrand, et après lui M. l’abbé Ilallet distinguent, du reste, les deux questions de l’origine céleste et de la vertu miraculeuse de l’Etole.
L’Étole conservée à la Trésorerie, dit M. Bertrand, est cellelà même que la sainte Vierge fit remettre à saint Hubert par le ministère d’un ange, au moment de sa consécration comme évêque de Tongres. Les principaux auteurs qui ont écrit sur la vie de saint Hubert, tels que Happart, R. Hancar, Fisen, le savant Roberti, Bertholet, etc., ne doutent nullement que l’origine de cette Étole soit céleste. Cependant ce n’est pas un point de foi aux yeux de l’Église, c’est seulement un sentiment qu’il est libre à tout catholique d’embrasser. « Ce serait peu connaître le catholicisme si l’on pensait qu’il est défendu aux catholiques de croire ce qu’ils veulent au sujet de la sainte Étole de saint Hubert. » Ce sont les paroles du savant et célèbre auteur de La sainte Etole vengée... 11 est évident que l’Église ne transforme pas en point de foi proprement dit et obligatoire les pieuses croyances qu’elle permet et doit permettre d’embrasser ou de rejeter librement, puisqu’elles n’ont rien de répréhensible et qu’elles ne manquent pas d’ailleurs de fondement suffisant pour donner lieu à une croyance raisonnable. Quelle que soit l’origine de la Saiule- Étole, il est certain qu’elle a appartenu à saint Hubert; on l’ôta de son corps, lors de sa translation à Andage (825), comme l’attestent Happart, Hancar et le P. Roberti. Elle ne tarda pas à acquérir une grande réputation miraculeuse. Les auteurs catholiques qui ne croient pas à sa descente du ciel, reconnaissent son authenticité et sa vertu miraculeuse. La tradition ne fait pas dériver sa vertu miraculeuse de son origine céleste, mais de ce qu'elle a appartenu à saint Hubert. « Pour être miraculeuse, il ne faut pas que la Sainte-Étole soit venue du ciel. » On ne défendra pas à Dieu de glorifier des reliques, quoiqu’elles ne soient pas venues du ciel. Les linges de saint Paul, dont parle l’Écriture sainte, guérissaient les malades sans être descendus du Ciel. 11 faut en dire autant de l’ombre de saint Pierre que je ne sache pas non plus être descendue du Ciel. Les prodiges de protection que Dieu multiplie en faveur de ceux qui honorent saint Hubert dans cette précieuse relique, ne dépendent ni en réalité, ni dans le sentiment des fidèles, de l’opinion qui la fait descendre du ciel, mais
SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE 65
de cette vérité qu’elle a été portée pur saint Hubert. Et c’est sur ce double fondement de son authenticité et de sa vertu miraculeuse qu’a toujours été fondé l’usage salutaire qu’on en a fait pour guérir de Thydrophobie U
La vertu de l’étole opère par les parcelles qui en sont détachées. « Depuis plus de mille ans, dit M. l'abbé Hallet, on détache de temps en temps des parcelles de la Sainte Etole, pour deux lins, savoir : 1° pour toucher les objets bénits, tels que chapelets, médailles, bagues, cornets, clefs, etc; 2° pour l’opération de la taille. Dans le premier cas, on coupe un petit morceau de la Sainte-Etole, que l’on applique sur une pelote et que l’on remplace quand il est entièrement usé. Dans le second cas, on détache des (ils que l’on réduit ensuite en parcelles1 2. »
Malgré le fréquent enlèvement de ces parcelles, l’étoJe iEa pas sensiblement diminué.
Le Père Roberti avait fait, en 1(121, le calcul des parcelles qu’on pouvait avoir détachées de l’Étole pendant huit cents ans, c’est-à dire depuis l’époque de la translation du corps de saint Hubert, et il trouva que ces parcelles réunies formeraient une étendue de dix-sept pieds et demi d’étoile, ayant la même longueur que l’Étole de la Trésorerie. Si à cette longueur on ajoute la longueur dans laquelle se trouve actuellement l’Élole de saint Hubert, on aura, dit-il, une longueur totale de plus de vingt pieds. Cependant l’étole ecclésiastique la plus longue a à peine dix pieds. Ce calcul du savant jésuite ne lui fait pas dire, ce qu’aucun auteur catholique ne dit, à savoir, que l'Étole de saint Hubert ne diminue pas, il avoue même qu’au temps où il écrivait, elle était diminuée. Mais si l’on considère : 1° le grand nombre de parcelles qu on en détache depuis tant de siècles ; 2° que plusieurs églises et même plusieurs particuliers en ont des morceaux considérables en leur possession, on sera étonné, ou plutôt on ne comprendra pas comment elle a conservé l’étendue qu’elle a encore aujourd’hui.