‹ La rage & st-HubertChapitre 64 sur 168 · Op. cit., t. II, p · texte numérisé non relu

Op. cit., t. II, p

SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE

de la neuvaine. Néanmoins, venant d’une autorité aussi grande que celle de la Sorbonne, cette consultation fit du bruit, et les religieux, atteints dans leurs plus chers intérêts, jugèrent nécessaire de se défendre et de répondre. Leur saint étant une gloire locale, ils ne pouvaient manquer d avoir pour eux les théologiens et les autorités ecclésiastiques de leur pays. A cet effet, ils s’adressèrent aux docteurs de Louvain. Les docteurs en théologie garantirent la vertu surnaturelle de 1 ancien usage; leur opinion fut approuvée par un « jugement des examinateurs synodaux de l’évêché de Liège. » et ce jugement fut confirmé par un «jugement de l’évêque de Liège», déclarant que «ladite neuvaine se peut observer et pratiquer en toute sûreté et sans aucune superstition. » Après cela, les docteurs en médecine déclarèrent que les articles de la neuvaine « ne sont aucunement superstitieux, ains (mais) conformes aux règles et principes de la médecine*. »

La polémique théologique n’était pourtant pas terminée, et l’autorité de la Sorbonne encourageait les théologiens rigoristes.

Le curé Thiers (mort en 1703), docteur en théologie, qui fut d’abord professeur au collège de Plessis, puis curé de Champrond dans le pays chartrain, et ensuite de Vibraye dans le Maine, était un grand ennemi des « vaines observances » et ses écrits montrent une solide érudition en matière de discipline ecclésiastique. Dans son Traité des superstitions publié avec une « Approbation des Docteurs en théologie de la Faculté de Paris », le curé Thiers (t. I, liv. VI, ch. iv) s'occupe des pèlerinages qui se font au monastère de Saint-Hubert dans la forêt des Ardennes pour y recevoir la taille. Il condamne d’abord le répit donné, soit par les chevaliers de Saint-Hubert (on verra plus loin ce que ce mot signifie), soit par les personnes taillées.

t. Tous ces documents qui sont datés de 1G90 et 1691, sont reproduits par M. l'abbé ttallet, p. 91 et suiv.

Mais qu’en celte considération, les parents de saint Hubert et ceux qui ont été taillez de son étole, guérissent les malades du même mal pour lequel il est réclamé, ou leur donnent répit ou relâche, comme l’on parle d’ordinaire, et empêchent quelque temps qu’ils ne deviennent enragés, c’est sur quoi l'Église ne s’est point encore expliquée jusqu’à présent dans ses Conciles. Quand elle aura prononcé sur ce fait, et quelle aura approuvé authentiquement ces personnes-là, et toutes les choses qu’elles pratiquent pour procurer aux malades la guérison de leurs maux, on pourra sans craindre de tomber dans la superstition leur donner quelque confiance, et ajouter foi à leurs bénédictions, à leurs oraisons, et à tout ce qu’ils prescrivent. Mais tant qu’elle ne se déclarera point en leur faveur, je pense qu’on doit plutôt avoir recours aux remèdes que l’Église et la médecine nous présentent, que de se servir de leur ministère1.

Le curé Thiers fait ensuite deux observations, dont 1 une repose sur le cas d’un de ses paroissiens.

La première, que ce n’est pas un remède fort sur pour la rage, que d’ètre taillé de l’étole de saint Hubert, quoi qu’en dise le placard des Quêteurs de la Confrérie de Saint-Hubert en ces mots. ..

En 1087, au mois de mars, j’assistai à la mort un de mes paroissiens de Champrond nommé Damien Montandouin, qui aiant été mordu d’un chien enragé, mourut de la rage, ou comme parlent les médecins, de l’ hydrophobie. Cependant il avoit fait le voiage de Saint-Hubert, il avoit observé fort exactement tout ce qui est prescrit pour la neuvaine de saint Hubert : enfin il avoit été taillé de l’Étole de ce saint Evêque, ainsi qu’il me l’assura lui-même, et que je le reconnus tant par la cicatrice encore toute fraîche qu’il avait au front, que par l’attestation authentique de D. Luc Crahca, trésorier de l’abbaye de Saint-Hubert, qui 1 avoit taillé. Cette attestation m'est demeurée entre les mains et je la rapporterai tout a 1 heure.

La deuxième chose qui est à remarquer, c’est que la plupart des pratiques que l’on fait observer à ceux qui sont taillez de l'E-

1. T 1, liv. VI, ch. iv. (Ed. de 1712, t. I, p» 512; éd. de 1777, t. I, p. 443.) ’

SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE

tôle de saint Hubert, sont superstitieuses. Elles sont spécifiées dans la feuille qu’on donne aux Pèlerins, et qui contient ce qui suit.

[Suivent les prescriptions de la neuvaine, qui diffèrent peu du texte moderne donné plus haut. Le premier article est pourtant, beaucoup plus strict. Elle doit se confesser et communier neuf jours consécutifs. Le tout se termine par le certificat suivant :]

Je soussigné, religieux de Saint-Hubert, certifie d’avoir taillé Damien Montandouin, demeurant à Champrond, évêché de Chartres.

Fait à Saint-Hubert ce 10 février 1687.

D. Luc Craiiea, Trésorier de Saint-Hubert.

Nous pourrions encore allonger ce dossier, par exemple avec la dissertation ou lettre de Germain Gillot, docteur de Sorbonne et chanoine de la métropole de Reims, qui déclara superstitieuse, lui aussi, la pratique de la neuvaine1. Le R. P. Le Brun, prêtre de l’Oratoire (mort en 1729) condamnait aussi la neuvaine et le répit donné par les personnes taillées, mais il ne paraît pas condamner la taille. Son chapitre est intitulé : Comment on doit recourir à saint Hubert sans superstition. Il mérite d’être cité :

La conséquence que l’on doit tirer de celle résolution [celle des docteurs en théologie de la Sorbonne], c’est qu’il faut désabuser le Peuple de ces usages, et faire en sorte, s’il se peut, qu’on ne voie plus de personnes courir les villes et les villages , pour toucher ceux qui ont été mordus, et leur donner Répi , comme on le fait si communément dans toute la Picardie. Il faut qu’on se réduise a implorer l’intercession de saint Hubert, avec soumission à la volonté de Dieu. On approuvera toujours qu’on recoure dévotement aux Reliques de saint Hubert, qu’on reçoive môme un petit brin de l’Elole de ce saint, dans l’espérance d’ètre préservé de la

1. Elle est réimprimée dans P. Le Brun, Histoire critique des pratiques superstitieuses, 2e éd. (Paris, 1742), t. Il, p. 24-56. Le P. Le Brun a réimprimé, à la suite (p. 58-09), une réponse par un religieux du monastère de Saint-Hubert.

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