CHAPITRE TROISIÈME
trôler l’exactitude du récit. Mais un autre s’est passé en France, et nous avons eu la curiosité de faire une enquête sur l’exactitude des faits.
Voici d’abord, dans les paroles même de M. l’abbé Ilallet, la version de Saint-IIubert.
Nous pourrions citer un grand nombre de faits analogues à ceux que l’auteur du Cantatorium rapporte ici. Nous nous bornerons aux trois suivants.
Le premier fait se trouve consigné dans le registre des personnes taillées, conservé à la Trésorerie de l’église de Saint-Hubert. Il est arrivé en 1812, à Bar le-Duc (France), où trente-trois personnes furent mordues par un loup enragé. De ces trente-trois personnes trois seulement firent le pèlerinage de Saint- Hubert, et furent guéries. Les trente autres moururent dans la rage.
Le nommé Victor Raulx de Villotte, département de la Meuse, arrondissement de Commercy, nn des trois guéris susmentionnés, fit en 1841 de nouveau le pèlerinage en actions de grâces, et pour l’honneur du glorieux saint Hubert, signa l’attestation de sa guérison, le 11 du mois d’août de l’année susdite. (La Sainte-Etole vengée , p. 171. Lettre de M. le curé-doyen de Saint-Hubert au R. P. Dechamps.)
Voyons maintenant la version de Bar-le-Huc.
On parle peu des loups aujourd’hui, car l’espèce en est a peu près perdue en France, et ses rares survivants vivent cachés au fond des bois ; à peine la faim les en fait-elle sortir l’hiver. Mais dans les derniers siècles encore, ils étaient nombreux en France, et ils y faisaient presque autant de ravages que les tigres en font aujourd’hui dans l’Inde. C’est comme la survivance, très atténuée, des siècles éloignés où l’homme, presque sans armes, devait « lutter pour l’existence » avec des animaux plus carnivores et plus forts quelui. Quelques-uns même de ces loups, plus grands, plus forts, plus hardis, jetaient une telle consternation dans le pays, que l'imagination populaire en faisait des monstres, des bêtes fantastiques que les balles ne pouvaient blesser : tel est le cas de la fameuse « bête du Gôvaudau », qui on
SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE
1765 ravagea le Gévaudan et la partie limitrophe de l’Auvergne. De même à la fin du siècle dernier, dans le Barrois, on parla quelque temps de la « bête de Lauzières » qu’on estimait « moitié plus forte que celle du Gévaudan » U
Les loups avaient souvent la hardiesse de pénétrer la nuit dans les villes : tel est le cas de celui qui ravagea Barsur-Ornain (aujourd’hui Bar-le-Duc) dans la nuit du 16 au 17 octobre 1812, de trois heures du matin aujour. — On peut juger du grand nombre de loups en ce temps par l’entrefilet suivant du Narrateur de la Meuse (journal de Commercy) dans son n° du 23 décembre 1812 : « Depuis l’irruption faite par un loup dans la ville chef-lieu de la Meuse, à la fin d’octobre, jusqu’aux dernières neiges exclusivement, on a tué dans notre département 79 de ces animaux féroces. Le nombre de ceux détruits depuis huit ou dix jours est considérable; la neige favorisait les battues. » — Déjà au mois de juillet 1765, un loup furieux avait rôdé autour de la ville de Bar, mordu vingt à vingt-cinq personnes et dévoré plusieurs enfants 1 2.
Dans son n° du 23 octobre 1812, le Narrateur de la Meuse annonçait ainsi la catastrophe du 17 :
Nous sommes informés que, dans la nuit du 16 au 17 du courant, des loups se sont introduits dans la ville de Bar, où ils ont exercé de cruels ravages. Nombre de personnes qui étaient sur pied, occupées de travaux relatifs aux vendanges, ont été mutilées. Ces animaux féroces ont parcouru une grande partie des rues de la ville, depuis trois heures du matin jusqu’au jour. L’un d’eux, poursuivi avec courage et agilité, a été tué tant à coups de fusil que de hache
1 . « Le nommé Robert, chasseur de confiance de M . le comte d’Ambly, atteste sur son honneur et par écrit avoir fait faux feu sur elle, arrêtée en plaine à dix pas, et qu’elle est haute comme un baudet; ceux qui l’ont tiré sous bois, l’assurent grosse comme un cheval... » Pari d'un veneur patriote , feuille volante de 4 p., imprimée à Saint-Mihiel en décembre 1786. (Communiqué par M. L. Maxe-Werly )
2. On peut, lire plusieurs histoires de ce genre dans les observations rapportées par Andry.