‹ La rage & st-HubertChapitre 70 sur 168 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

dans la rue de Véel, à la sortie de Bar, route de cette ville à Paris. Les vainqueurs l’ont promené en triomphe dans la ville; il a été ouvert et examiné par les officiers de santé, qui ont reconnu qu’il n’était point gâté. Ce rapport satisfaisant a été publié par M. le Maire pour la tranquillité des personnes blessés... Le loup tué à Bar même était fort long, poil roux, grosses pattes et haut monté.

Malheureusement les prévisions tirées de l’autopsie du loup par les médecins ne se réalisèrent pas. Le septième jour une de ses victimes mourut de la rage, le loup était donc enragé !

Interrogeons maintenant la Relation historique et médicale des accidents causés par un loup enragé dans la ville de Bar- sur -O main, par IL Champion, chirurgien en chef du dépôt de mendicité de la Meuse, etc., présentée et lue à l’Institut de France le 0 septembre 1813, » et d’autres documents locaux L En somme, il n’y avait qu'un loup : c’est la rapidité de sa course et l’alarme générale qui firent croire à une invasion de plusieurs loups. Dix-neuf personnes avaient été grièvement blessées : sur ce nombre onze périrent dans les convulsions de la rage à des intervalles de sept à soixante-douze jours. « Le ministre de l’intérieur mit à la disposition du préfet une somme de 3,000 fr. à titre d’indemnité à répar tir entre les victimes et leurs familles, d’après un état rédigé en mairie le 19 octobre 1812, lequel indiquait les noms des blessés, leurs professions, la nature de leurs blessures et leur situation de fortune 1 2.

1. Paris, 1 813, 43 p. in-8. (Extrait du Journal de Médecine, chirurgie et ‘ 'pharmacie , etc., par MM. Corvisart, Leroux et Boyer.) — Un journal de Bar-le-Duc, V Indépendance de l'Est, dans son n° du 17 octobre 1880» sous la rubrique : « Ephémérides barisiennes », a publié un récit circonstancié de la catastrophe, en partie d'après la Relation du Dr Champion, en parLie d’après d’anciens documents.

Nous devons la communication de tous ces documents locaux à l’obligeante érudition de M. Maxe-Werly, qui est l’histoire personnifiée du Barrois.

2. L 'Indépendance de l'Est, (loc. cit.) reproduit ce tableau, en disant après le nom de chaque blessé s’il a survécu ou s’il est mort.

SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE

Le Dr Champion a décrit les souffrances de ces malheureux 1 et saint Hubert figure, impuissant, clans l'agonie de l'un d’eux. On l’avait attaché. « Cependant, dans un instant de calme, il remercia son père de celte précaution, en lui avouant qu'il s'était proposé de mordre sa mère, une de ses sœurs et l’un de ses anciens camarades. Dans un autre moment où une crise allait lui prendre, il jeta au loin une bague, dite de Saint-Hubert, qu’il portait à son doigt, et qui devait le préserver d’accidents, jurant contre le pouvoir du saint et en blasphémant le nom2. » La garantie du saint ayant été illusoire, le malheureux qui se sentait mourir avait plus que le droit de se plaindre : en promissa fuies!

Parmi les survivants, deux seuls « virent périr leurs compagnons d’infortune, de sang-froid et sans craindre pour leur compte particulier ; il n’en fut pas de même des autres, et il me serait bien difficile de retracer ici le trouble de leur esprit, et les agitations auxquelles ils furent en proie... L’un était affecté d’une diarrhée opiniâtre, l’autre d'un désordre manifeste des fonctions de l'entendement, etc. » Les tentatives pour les calmer furent vaines. « Dans cette occurrence, nous jugeâmes convenable de leur faire faire le voyage de Saint-Hubert dans les Ardennes, où leur inclination les portait. » (La mésaventure de la bague d’un de leurs compagnons d'infortune n’avait, comme on voit, en rien diminué leur confiance. Quant la foi est forte, les témoignages contraires sont comme n’existant pas). « Ce pèlerinage réussit au-delà de nos espérances : ceux de nos malades qui l’entreprirent, soutenus par la foi, eurent à peine été soumis au cérémonial, après avoir satisfait aux épreuves religieuses, que leur anxiété se calma, la sérénité se rétablit dans leurs âmes, et ils revinrent avec la confiance qu’ils n’avaient non seulement rien à redouter du

1. Le Dr Champion avait lavé et douché les blessures avec de l'urine et de la lessive tiède qui se trouvaient sous sa main, puis cautérisé avec du muriate d’antimoine, et prescrit des boissons délayantes.

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