Bertrand, p
SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE
Hallet donne ensuite en détail, et, d’après M. Bouley, les procédés de cautérisation et il termine en ces termes :
Qu’on le remarque bien, quand une personne a été blessée par un animal enragé, la prudence exige qu’avant de se rendre à Saint- Hubert, elle ait recours aux remèdes prescrits par les médecins. Ceci ressort clairement des paroles déjà citées au paragraphe III section 2, que nous rappellerons ici et par lesquelles nous terminerons cet article : « Les dignes Instituteurs de la Neuvaine, y est-il dit, savants dans la connaissance des Saints Pères et des pratiques de la religion, jugèrent sagement que, pour ne pas tenter Dieu, il était nécessaire d ajouter à 1 insertion de la Sainte-Étole des moyens naturels et surnaturels pour guérir et arrêter les progrès d’un mal si terrible. »
C est ainsi qu à Paris on lit do temps à autre dans les journaux qu un sergent de ville a été mordu en abattant un chien enragé ou furieux. Le journal ne manquepas d’ajouter que l’agent va faire cautériser sa blessure dans une pharmacie ; puis, qu’il se rend au laboratoire de M. Pasteur. Ce n est pas défiance à l’égard de M. Pasteur, c’est parce qu’on ne saurait prendre trop de précautions dans des cas aussi graves.
On va toujours se faire tailler et obtenir le répit à Saint- Hubert; mais il semble qu’on commence à y venir moins que par le passé. La Belgique est maintenant si proche de nous, et les remèdes de la médecine scientifique dispensent de plus en plus de recourir aux remèdes miraculeux. L hôtesse de 1 Hôtel du Chemin de Fer auquel nous demandions si l on venait toujours beaucoup se faire tailler, nous répondit qu on venait surtout des pays flamands, qui sont en effet bien plus croyants que le pays wallon1. Quant aux gens de Bruxelles, ajouta-t-elle, « ils vont maintenant au
1. Pendant notre passage à Saint-Hubert (juin 1886), ce sont en effet des personnes du pays flamand que nous avons vu venir se faire tailler et demander le répit. C’est de visu que nous avons plus haut raconté et décrit ces opérations.
LA RAGE
Pasteur à Paris. » Cette bonne femme prenait sans doute le nom do M. Pasteur pour un nom commun ou pour le nomd’un hôpital. « Pourtant, continua-t-elle, il yen a dans le nombre qui viennent ensuite à Saint-Hubert. Ainsi récemment nous avons eu ici une dame de Bruxelles avec son fils qui venaient de se faire soigner à Paris. » Cette dame avait sans doute pensé que deux précautions valent mieux qu’une, car elle avait commencé par « aller au Pasteur à Paris. » C’est cette théorie de prudence et de probabilité qu’on appelle, croyons-nous, en théologie, le tutiorisme. Sans doute aussi elle avait pensé que trois précautions valent mieux que deux, et elle avait subi tout d’abord la cautésation, avec son fils. Mais, alors, à qui reviendra le mérite de la guérison? An fer rouge du cautère? au vaccin de M. Pasteur? à l’étole de saint Hubert?... Et puis, le virus avait-il vraiment pénétré dans le sang? Et, enfin, ce chien était-il réellement enragé ?
Cette dame de Bruxelles était prudente autant que pieuse, et sa conduite n’est nullement à blâmer au point de vue religieux ; car c’est un cas assez fréquent que le mélange de remèdes de la médecine avec les pratiques de dévotion : l’un aide l’autre. Nous nous bornerons à quelques exemples caractéristiques :
En 1817, le 8 septembre, est venu en dévotion au sanctuaire de Myans, M. A. d’A..., chef d’escadron en France, chevalier de la Légion d’honneur et de Saint-Louis, lequel ayant été gravement blessé dans la campagne de Moscou, après avoir été abandonné des médecins, fit un vœu à la sainte Vierge pour obtenir sa guérison. Dès lors, il se trouva un peu soulagé et commença à marcher à l’aide de béquilles. Arrivé dans cet état à Aix en Savoie pour y prendre les eaux , il se voua de nouveau à Notre-Dame de Myans, et de suite il s’est trouvé guéri. En action de grâce, il est venu, le jour de la Nativité, rendre ses hommages de reconnaissance à la Mère de Dieu, dans le sanctuaire du Myans, et a
déposé sa béquille devant l’image de la sainte Vierge : elle a été suspendue au mur du côté de l'épitre... '.
Dom Guéranger, dans son livre sur la médaille de Saint-Benoît, rapporte plusieurs faits analogues :
En la même année 1665, un homme avait une plaie au bras, si grande et si envenimée qu’elle n’avait cédé à aucun remède. On eut l’idée de placer la médaille sur le bras malade, en même temps que l’appareil destiné au pansement. Le lendemain, à la levée de l’appareil, la plaie parut saine, et, au bout de quelques jours, elle était cicatrisée5.
Mais ce qui, par-dessus tout, rend la médaille de Saint-Benoit chère aux Indiens, — il s’agit de la mission de Salem, dans le vicariat apostolique de Pondichéry, — c’est le secours puissant qu’elle leur apporte contre un des plus grands fléaux du pays, la piqûre des insectes ou la morsure des serpents. Mariannen, piqué un soir d’un poûram, insecte très venimeux, passa la nuit à se lamenter sous le coup de la douleur; il avait la poitrine oppressée, les côtes gonflées. Les endroits souffrants ayant été frottés le matin d’eau de Cologne pure, dans laquelle on avait plongé la médaille, il fut parfaitement guéri, à la minute \
§7» — l'imagination et la rage ; LES ABOYEUSES DE JOSSELIN.
Les écrivains qui se sont occupés de la rage ont tous remarqué le rôle que l’imagination joue dans cette maladie. Aussi les traitements qui, soit parleur caractère religieux, soit par leur infaillibilité présumée, agissent sur l’imagination, ont-ils eu et ne peuvent-ils avoir qu’un grand succès. Ils ont le mérite de guérir la rage chez les gens qui ne l’ont
1. Notre- Di uni de Myans ( Diocèse de Chambéry), Chambéry, 1856, p. 36.
2. Dom Guéranger, Essai sur l'origine, la signification et les prieilèges de la médaille ou croix de Saint-Benoit, 9e éd., 1885, p. 38.