CHAPITRE TROISIEME
point... mais qui, croyant l’avoir, éprouveraient des accidents presque aussi graves. On a cité des exemples de personnes mordues, sans suites fâcheuses, quand on leur disait que le chien n’était pas enragé. Quelques années après, on leur dit que l’animal était enragé : elles sont prises de crises tétaniques et meurent.
La façon horrible dont, presque jusqu’à notre temps, on se débarrassait des personnes atteintes de la rage, était bien propre à aggraver le désordre mental de ceux qui se sentaient ou se croyaient atteints. C’était une croyance populaire (et on la trouverait peut-être encore aujourd'hui chez quelques personnes) que lorsqu’un individu mordu arrive à la crise nerveuse dans laquelle il s'agite et se débat comme un furieux, on doit l’étoutfer entre deux matelas. C’était regardé comme usage aussi naturel qu'il l’est chez certains peuples sauvages de tuer les vieillards devenus bouches inutiles, et ceux-ci ne disent rien à l’encontre : c’est l’usage. L’usage d’étouffer les enragés s’est continué presque jusqu’à notre temps, à cela près qu’on employait aussi d’autres procédés analogues pour guérir ces malheureux. De véritables crimes même se sont commis sous ce prétexte, pour se débarrasser de gens dont on voulait hériter, et le proverbe :
Qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage
s’est quelquefois appliqué à des hommes.
Au xvnc siècle, Mme de La Guette, dans ses Mémoires, a entendu parler de personnes mordues par un loup enragé, « qu’on avoit été obligé de tuer à coupsdc fusil » l. — Parmi les observations sur la rage que publie Andry s'en trouve une relative à « une pauvre lille, bergère de son état » ; ses parents et scs proches « s’occupoient déjà du moyen de lui ôter la vie »; l’intervention d’un magistrat empêcha seule cet homicide. La chose se passait à Yignon, en