Balzac, Histoire de lu rafle, p
SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE
des lettres de Rennes, dans un écrit publié il y a trente ans \
Au pèlerinage de Notre-Dame du Roncier, qui a lieu à la Pentecôte et à l’Assomption, on amène les malades, les femmes qui tombent (comme on dit dans le pays), car ce sont seulement des femmes.
Le commencement du voyage s’etlectue paisiblement. Mais quand elle arrive sur les terres de la sainte Vierge , c’est-à-dire dans la paroisse de Notre-Dame du Roncier, elle s’affaisse tout à coup; elle tombe. Cela arrive plustôtouplustard ; quelquefois cette défaillance n’a lieu que sur le sol de l’église.
Alors les hommes ou les femmes qui l’accompagnent s’emparent d’elle et continuent à la faire marcher en la soutenant sous les bras. La lutte commence. La malade repousse convulsivement ses gardiens : elle cherche à leur glisser dans les mains comme une anguille. Elle se laisse tomber de tout son poids; elle lance ses pieds en avant, et dès qu’elle se trouve un point d’appui sur le sol, rejette sa tète en arrière et roidit tout son corps comme un soliveau butté en terre. Mais ce sont des Bretons qui la tiennent et qui ont mis dans leur tète de la conduire au but; ils la soulèvent, ils la traînent, ils font ployer de vive force son corps roidi. Elle avance donc. Cependant sa poitrine se gonfle, sa gorge siffle, une sorte de hoquet ou de sanglot s’en échappe; puis, tout à coup, elle jappe, elle aboie, et si bien, que les chiens lui répondent. Ou bien elle hurle à pleine poitrine.
A la porte de l’église, ces scènes pénibles redoublent de violence : l’aboyeuse fait des efforts désespérés pour n’en point franchir le seuil. Elle le franchit néanmoins. La foule s’écarte et fait place. L’église retentit du choc des souliers ferrés sur les dalles ; les aboiements, les hurlements se mêlent au chant de l’office. La voilà traînée jusqu’au pied du trône, en forme de petit autel, sur lequel est posée la relique. Mais il faut lui faire appliquer les lèvres sur la vitre du reliquaire, et elle déploie une énergie diabolique pour échapper à se baiser fatal. Deux hommes arc-boutent leurs bras sous ses épaules afin de lui abaisser invinciblement la
1. Les Ahoyeuses (le Josselin , par C. Jeannel. Rennes, 1855, 88 p.
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