CHAPITRE TROISIÈME
tète avec leurs mains : d’autres lui ont saisi les bras et les jambes; les cris deviennent plus étouffés, les saccades convulsives de ce corps , enfin dompté , s’arrêtent. Elle a baisé !... Non , ce n’était qu’une ruse ! Au moment décisif, elle a vivement détourné la tète; ses lèvres n’ont point touché la sainte relique; un aboiement aigu, un hurlement vainqueur sort du milieu de ce groupe haletant. La lutte recommence avec toute son énergie, toute son horreur. La sueur ruisselle, les fronts se heurtent, les membres craquent. Soudain elle tombe. Elle tombe foudroyée. Elle a baisé ! Moins rapide est la chute de l’oiseau qu’une balle a frappé dans son vol. Le mauvais esprit l’a quittée, il n’y a plus là qu’une pauvre femme brisée, la tète inclinée, les bras pendants, mais guérie; et ceux qui luttaient contre elle n’ont plus qu’à la soutenir et à la déposer doucement sur une chaise.
Au bout de quelques minutes, la malade se relève; elle va d’ellemême donner à la relique un second baiser volontaire; elle se met à genoux, si elle en a la force ; récite une courte prière, et sort en silence, paisiblement appuyée sur les mêmes bras qui la secouaient si rudement quelques instants auparavant. Au sortir de l’église, on la conduit à la fontaine de la sainte Vierge. Elle se lave les mains et la figure, dans cette eau fraîche, en boit une ou deux gorgées et le pèlerinage est fini
M. Jeannel, qui a assisté au pèlerinage à la Pentecôte de 1855, donne les détails les plus saisissants sur les scènes parfois sauvages auxquelles il a assisté, et son livre intéresserait les médecins. C’est après la messe qu’on mène les malades baiser la relique.
Quand la sonnette de l’autel se fit entendre au Sanctus et au moment de la consécration, il semblait que son bruit excitât, une explosion plus furieuse de convulsions et d’aboiements. — Enfin, au moment même de l’élévation, cette malheureuse se démenait avec tant de rage, que deux hommes vinrent pour la saisir, en faisant signe à un troisième de leur venir en aide. Mais les deux Basses- Brettes (les compagnes de la malade) s’y opposèrent. Il y eut une discussion vive et un moment de lutte. Les deux partis tiraient,