‹ La rage & st-HubertChapitre 83 sur 168 · Jeannel, op. cil., p · texte numérisé non relu

Jeannel, op. cil., p

SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE

chacun de leur côté, ce corps tout frémissant. Ce n’est pas pour l’emmener, disaient les hommes, c’est pour la faire baiser. — Pas encore, disaient les femmes, il faut qu’elle entende la messe ! après la messe ! — L’opinion et la ténacité des femmes triomphèrent ; il fut décidé que ce serait après la messe...

Le paroxysme de la convulsion me paraissait être arrivé à son comble, et cependant une crise, dépassant encore toutes les autres en violence et en horreur, se produisit aux trois coups de sonnette du Domine non sum dignus. La langue n’a plus de termes pour exprimer la nature de ces cris mêlés de râle, de suffocation et d’aboiement, pour peindre ces contorsions furieuses d’une créature pâtissante, rassemblant en désordre toutes les dernières ressources de la vie, afin de chasser un mal inconnu.

Le prêtre donna ensuite la bénédiction. Aussitôt les trois hommes vinrent ensemble prendre l’aboyeuse par-dessous les bras. Ils l’enlevèrent de terre pour lui faire franchir les sept ou huit pas qui la séparaient du tronc. Cela fut exécuté en un clin d’œil. Mais arrivés là, ils avaient à la mettre à genoux et à lui faire baisser le visage. Ils étaient cinq pour la forcer. Elle se débattait, hurlait, aboyait, dérobait sa tête

A deux reprises, au moment où l’on croyait l’avoir réduite, elle parvint à présenter au reliquaire son front et sa tempe au lieu de ses lèvres, et un aboiement éclatant annonça que rien n’était fait. Elle secoua d’un coup d’épaule un des trois hommes, qui fut renversé sur le tronc même, broyant en miettes les ex-voto de cire et quelques paquets de petits cierges. Enfin les deux femmes lui saisirent chacune une cuisse, deux des hommes chacun une épaule, et le troisième, lui prenant la tête à deux mains et lui pesant de tout son poids sur la nuque, elle poussa un rugissement étouffé.... Sa bouche toucha le reliquaire, et elle s’affaissa aussi soudainement qu’un jet d’eau dont on ferme brusquement le conduit. Les deux femmes la recueillirent dans leurs bras et la portèrent à reculons sur une chaise. Les hommes étaient baignés de sueur, et deux d’entre eux avaient fait de tels efforts, qu’ils en avaient blêmi. Quelques instants suffirent à la malade pour se remettre. Elle releva ses bras pendants, redressa sa tète abandonnée et prit une attitude naturelle, les yeux baissés et les mains jointes L...

Page 1