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CHAPITRE TROISIEME

Parmi les malades que M. Jeannel vit défiler devant lui, il s’en trouvait qu’on avait déjà amenées au pèlerinage: « celle de Plnmélec, voilà plus de dix ans qu’elle revient tous les ans ; elle se trouve mieux pendant quelque temps? et puis ça lui revient... » On voit que ces femmes, hystériques ou convulsionnaires, sont en proie à une maladie nerveuse. Cette maladie est endémique et traditionnelle. Les influences héréditaires sont entretenues par l’opinion (générale), habituée à voir se renouveler ces accès, par une croyance profonde aux ruses du malin esprit et à la puissance de la relique, peut-être par l’esprit de contradiction si naturel chez les femmes, peut-être encore par l’instinct inconscient de jouer un rôle (sentiment qu’on rencontre si souvent dans les différentes manies).

Ce délire des aboyeuses s’explique par une légende qui a germé évidemment plus tard pour rendre raison de ces fureurs étranges. Ce devait être une punition du ciel après quelque sacrilège, et comme le culte local est celui de Notre-Dame du Roncier \ ce devait être pour une offense à la Vierge. On raconte qu’à Josselin un jour les lavandières réunies près de la fontaine refusèrent un morceau de pain à une vieille mendiante et, pour s’en débarrasser, excitèrent même leurs chiens contre elle. Cette mendiante inconnue était la sainte Vierge. Pour punir les lavandières de leur dureté, la Vierge les maudit, et leur prédit qu’en punition elles et leurs descendantes aboieraient comme leurs chiens.

1. Ainsi nommée parce qu’une statue miraculeuse de la Vierge aurait été trouvée parmi les ronces. Cette statue a été brûlée en 1793 ; il en a survécu un éclat de bois, précieusement conservé aujourd'hui comme relique dans le tronc qu’on fait baiser aux aboyeuses. On peut voir sur ce pèlerinage un petit livre publié en 1666, sous ce titre : Le lys fleurissant parmi les épines, ou Notre-Dame du Roncier , triomphante dans la ville de Josselin, par le R. Isaac de Jésus-Marie, carme et prédicateur de cette ville, et deux ouvrages récents : Ancienneté du pèlerinage de N.-D. du Roncier, dans la ville de Josselin, par Mme Vve Brabant, née Le Gai, Vannes, 1871 ; et Notre-Dame du Roncier, par Max Nicol, chanoine honoraire, Vannes, 1886.

SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE

C’est la faute que depuis des générations les aboyeuses du pays de Josselin vont expier au pèlerinage de Notre-Dame du Roncier *.

M. Jeannel écrivait, il y a plus de trente ans : Aujourjourd’hui les aboyeuses et les aboyeurs — car le mal prend aussi quelquefois les hommes — sont plus rares ; il s’en rencontre encore pourtant. Voici ce que nous écrivait de Josselin même, le 13 septembre 1886, un ami qui parcourait la Bretagne :

Les aboyeuses prennent leur mal, non seulement vers la Pentecôte, mais à toutes les principales fêtes de la Vierge. Mercredi dernier, 8 septembre, fête de Josselin et de Notre-Dame du Roncier, il y a eu encore un cas, et cette fois celui d’un aboyeur, un homme d’une trentaine d’années, des environs, mais étranger à la localité même. Les cas, qui deviennent plus rares depuis quelque temps, continuent donc, comme vous voyez. Il n’y a guère de grande affluence de pèlerins sans qu’il s’en présente un ou plusieurs. Sur la question d’hérédité du mal, on n’insiste pas beaucoup. Il y a, ou plutôt il y avait, dit-on, des familles ainsi marquées. Maintenant on ne parle plus que de cas individuels. Les malades tombent, s’agitent parfois en convulsions et aboyent toujours comme des chiens. On les conduit ou on les porte de vive force devant la châsse, qu’on leur fait embrasser malgré leur vive répugnance et les efforts qu'ils font pour résister. Aussitôt qu’ils ont touché la châsse des lèvres, ils se calment. On les conduit ensuite à la fontaine miraculeuse, qui se trouve dans le repli d’un joli vallon, à environ 150 mètres à Test du bourg. À l’aide d’une écuelle, on leur lave les mains et la figure avec l’eau, qui est assez fraîche. On leur en fait aussi boire un peu. Mais la lotion est l’essentiel. Après cela, il sont guéris, du moins pour cette année-là, car il y a très souvent récidive.

A l’autel de la châsse, il y a beaucoup d’ex-voto, dont des figurines creuses en cire blanche représentant des enfants, des femmes bretonnes en costume et coiffe, des bras, des jambes, des

1. Jeannel, op. cit., p. 8 ; DrFouquet, Légendes du Morbihan, p. 58; Vrc Brabant, Ancienneté du pèlerinage , etc., p. 60; M. Nicol, N. 1). du Roncier, p. 100.

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