Max Nicol, Noire* Dame du Roncier, p
quatre pattes : personne n’a la force de le tenir, et si on essaie de l’attacher, il brise les liens avec une force surnaturelle. La médecine n’y peut rien ; le conjureur seul peut chasser le mauvais esprit. Que doit être ta nourriture et ta boisson? dit-il au possédé. — Celui-ci demande des excréments, de l’urine, du charbon enllammé et autre chose de ce genre. Et le voyageur rapporte qu’il a vu l’individu avaler de semblables choses sans accident. C’est le conjureur qui guérit le mal, et une fois l’accès passé, le malade ne se souvient plus de rien CM. Andree cite un exemple de la même maladie dans les monts Garrow, en Assam ; mais là le malade croit être transformé en tigre1 2. — On remarquera que, chez les Abyssins, c’est le conjureur, c’està-dire un homme revêtu d’une puissance surnaturelle, qui guérit le mal ou du moins en arrête l’accès.
Les sauvages du nord-ouest du Canada sont sujets à une maladie du même genre, et là, comme en Europe pour les enragés, on croit faire œuvre pie et utile en débarrassant les malades de la vie.
Les sauvages du Nord-Ouest, plus ordinairement les femmes, sont parfois atteints d’une maladie terrible qui semble particulière à ces tribus.
Les premiers symptômes de ce mal étrange se manifestent par la sensation d’un froid intense dans l’estomac ; la douleur augmente graduellement, au point de devenir insupportable. Alors le malheureux sauvage, arrivé au paroxysme de la souffrance, est en proie à l’idée fixe que rien d’autre que la chair humaine ne peut lui procurer du soulagement. Il est alors ce qu’on appelle witigo ou, comme les blancs prononcent, windigo. Surexcité par sa funeste passion, puisant dans l’obsession à laquelle il est livré une force extraordinaire, il n’est pas de cruauté que le witigo ne puisse accomplir, pas de coups d’audace qu’il n’ose tenter. Tantôt il fondra tout à coup sur son voisin pour le dévorer sur place ; tantôt,
1. Waldemaier, cité clans R. Andree, ElhnograpJnschc Parallclen und Vergleiche, p. 79.