CHAPITRE TROISIEME
dans l’ombre de la nuit, il se glissera sous les tentes endormies pour égorger une femme, un enfant, un vieillard, un guerrier, un frère, n’importe.
La présence d’un witigo dans un camp répand une terreur indescriptible, d’autant plus que les sauvages attachent à cette folie l’idée d’une obsession ou autre intervention diabolique. Aussi le witigo est-il considéré comme un chien enragé, une bête venimeuse qui menace toute la communauté et que le premier venu peut abattre impunément.
Au reste, le malheureux qui se sent graduellement envahi par la maladie, en prévient souvent lui-même ses compagnons et demande parfois d’être mis à mort, et les membres de la famille regardent cette extrémité comme une mesure de nécessité absolue.
Nous avons donné un compte rendu du procès de trois sauvages dont deux ont été condamnés à mort par la cour de Battleford pour avoir tué un witigo. Nous apprenons que ces condamnations ont soulevé quelques commentaires, et 'l’on nous assure* qu’un jury composé de Métis ou de personnes connaissant les mœurs des sauvages se serait contenlé d’envoyer ces malheureux au pénitencier pour la vie.
Sans doute leur action est atroce; mais on ne peut pourtant se dissimuler que ces malheureux ont accompli ce qui est universellement regardé parmi eux comme un acte nécessaire et même méritoire ’.