LES CHEVALIERS DE SAINT-HUBERT
La rage est une maladie trop cruelle pour que les guérisseurs ou soi-disant tels, soient laissés dans l’ombre. C’est par ce sentiment de crédule espérance qu'il faut expliquer la vogue qu’un prétendu chevalier de Saint-Hubert eut pendant quelque temps en France au milieu du xv u° siècle. On disait qu’il y avait une famille issue du saint, et, en vertu de son origine, cette famille avait le don, en touchant à la tête, de préserver de la rage et de guérir
1. Le Manitoba, journal du Canada, cilé sur la couverture du Tour du Monde du 12 décembre 1885.
SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE
par ce seul attouchement, ceux qui avaient été mordus par des animaux enragés ; cette famille avait aussi le pouvoir de donner le répit, et de toucher les animaux avec la clef de Saint-Hubert. Ces privilèges se trouvaient relatés dans un « billet imprimé » ou prospectus, que répandait « Georges Hubert, chevalier, issu en droite ligne de la race du glorieux saint Hubert d’Ardenne, gentilhomme de la maison du Roy ». Tels étaient ses titres, ceux du moins qu’il se donnait lui-même. Il opérait avec l’approbation de l’ autorité civile et ecclésiastique.
En 1649, le dernier jour de Décembre, ce George Hubert obtint des lettres-patentes, pour pouvoir exercer tranquillement son merveilleux talent... Il y est dit que Loüis XIII s’étoit fait toucher, qu’il avoit ordonné à ce chevalier de demeurer à sa suite, que Loüis XIV, le duc d’Orléans, son oncle, les princes de Condé et de Conti, tous les officiers de la Couronne, et tous ceux de la maison du Roy, s’étoient fait toucher et que par le seul attouchement ils avoient été préservez de toutes sortes de bêtes enragées. Ces Lettres-Patentes sont datées de Paris le dernier jour de décembre 1649, et le sept du règne de Loüis XIV. Signées Loüis et plus bas par le Roy, la Reine Régente, sa mère, présente... Il est dit expressément dans les Lettres-Patentes que ce Chevalier avait le privilège de guérir toutes les personnes mordues de loups et de chiens enragés et autres bestiaux atteints de la rage en touchant au Chef sans aucune application de remède ni médicament L
Le 2 août 1662, Georges Hubert eut une permission spéciale de Jean-François de Gondy, archevêque de Paris, qui lui accordait la chapelle de Saint-Joseph (dans la paroisse de Saint-Eustache), pour y toucher les personnes qui se présenteraient. Georges Hubert jeûnait la veille du jour qu ü devait toucher, et le jour même, il se confessait et
1. Le Brun, Ilist. cvit . des prat. sup ., 2° éd.> t. U, p. 102 et suiv. la mage. .0