‹ La rage & st-HubertChapitre 89 sur 168 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

communiait. La permission de M. de Gondy était une recommandation d’autant plus précieuse, qu’elle mentionnait des cas de guérison. « Il est arrivé, il y a quelques années, qu’un chien enragé avoit mordu tant en sa maison de Gondy et Saint-Cloud, qu’au château de Moisy et es fermes dudit château, quelques chiens, chevaux, porcs et autres bestiaux; il avoit convié ledit Sieur Chevalier de s’y transporter pour toucher tous ses domestiques, qui furent tous garantis, et lesdils bestiaux guéris. » La même permission fut renouvelée à Georges Hubert par les deux successeurs de M. de Gondy, M. Ilardoüin de Perefixe, le 26 mai 1666, et M. de Harlay, en 1689.

Le métier devait être lucratif. Le chevalier faisait courir « des billets imprimés, où il marquoit son adresse à ceux qui voudraient se faire toucher. » Il ne se bornait pas à opérer à Paris, il courait la province. Les États de Bretagne, par une décision du 31 juillet 1633, lui votaient une somme de quatre cents livres’. Celte délibération se référait à une requête présentée par ledit chevalier « tendant à ce qu’il leur plût lui faire présent de quelque somme d’argent pour lui donner moyen de continuer ses soins pour la guérison de ceux qui sont affligés de la rage, ou qui ont été mordus des bêtes enragées ». Le chevalier voulait même davantage, car il avait demandé « une pension viagère... pour le désir qu’il a de servir le général de la province, et soulager les habitants d’icelle... »

Des évêques de province lui donnaient également leur approbation : l’évêque d’Angers se lit toucher lui-même et ses domestiques, et il dit dans sa permission que les personnes touchées par le chevalier, étaient ainsi dispensées de « faire le voïage de Saint-Hubert ». Le P. Lebrun rapporte qu’il y eut plus de trente évêques et archevêques qui donnèrent de semblables permissions.

1. Bulletin du comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France, t. II (1833-1855), p. 72.

SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE

Ce chevalier figure clans les Mémoires de Madame de La Guette, et le morceau est presque aussi amusant qu’une scène de Molière. Nous l’abrégeons.

C’était vers 1662. Mmo de La Guette a eu ses bestiaux mordus par un chien enragé, et elle-même a été touchée de sa bave. On lui parle du chevalier, et on la persuade d’aller le trouver à Paris. « Je le rencontrai heureusement et lui dis ce qui m'étoit arrivé. Il m’assura que si j’avais été encore deux fois vingt-quatre heures sans le voir, j’aurois enragé indubitablement. » Mmo de La Guette le mène ensuite chez elle dans son carrosse. Il touche les bestiaux et aussi nombre de gens. « Ce bon chevalier toucha le lendemain plus de mille personnes, par précaution, car depuis qu’on a été touché, on est hors de danger des bêtes enragés. Le roi lui a dit plusieurs fois qu’il falloit qu’il se mariât, pour laisser de sa race, qui étoit nécessaire pour le public. Il jeta les yeux sur ma fille, qu’il trouva à son gré. Avant que de m’en parler, il prit la liberté de dire au roi : « Sire, je suis résolu de me marier ; « j’ai vu une demoiselle à la campagne qui m’agrée fort, « étant sage et honnête. Votre Majesté sait qu’il ne m’en faut « point d’autre. J’espère, Sire, que vous aurez la bonté de « me faire quelque grâce en faveur de mon mariage. » Le roi lui dit : « Faites. Je vous ferai un présent considérable et la Reine vous en fera un aussi... » Quelques jours après, il vint chez moi pour m’en faire la demande, et pour me déclarer scs sentiments. Je reçus sa déclaration civilement, et le priai de me donner quelque temps pour y songer, parce que je savois qu’il n’étoit pas fort riche. Quant à la noblesse, il en avoit de reste, étant de la race de saint Hubert. Il me dit que le roi avoit promis un brevet de femme de chambre de la reine pour la personne qu’il épouseroit... » Le mariage pourtant ne se fit pas. Mmo de La Guette, en mère prudente, voulait avoir le brevet de sa fille avant le mariage, et le chevalier n’avait que la promesse de la première place vacante... « Il s'en retourna

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