Histoire des livres populaires, 2e éd., t. II, p
SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE
Que Guieu nous garde en ce moument Et de l’aspic et d’Ia sarpent,
Du ch’ ti chin et du loup maufait,
(Cest-à-dire du chien enragé [litt, chétif] et du loup méchant.)
Etc., etc.
Vous pouvez entreprendre, sans crainte d’encombre, les plus lointains voyages et braver les jaguars, les tigres et les boas de l’ancien et du nouveau monde
Voici encore un témoignage analogue; il me vient de M. Henri Dehez, et il s’agit de Malmédy (près de Spa), petite ville wallonne englobée depuis 1815 dans la Prusse Rhénane :
Je me rappelle que dans mon jeune âge, il y a de cela une quarantaine d’années, il arrivait de temps à autre, en été surtout, des colporteurs venant de Saint- Hubert des Ardennes et qui circulaient d’une maison à l’autre dans la ville et ses environs. Ces gens, ordinairement des vieillards en blouse bleue, étaient porteurs d’une case s’ouvrant à deux battants et contenant la représenta-
1. Laisnel de la Salle, Croyances et Légendes du centre de la France,
M. Ribault de Laugardière, dans son opuscule Lettres sur quelques 'prières populaires du Berry (Bourges, 1856), donne (p. 7) une variante complète de cette prière :
Grand saint Hubert qu’ èt's glorieux,
Du fils de Dieu qu’ êt’s amoureux,
Que Dieu nous garde en ce moument Et de l’esprit de la serpent.
Du chien fou, du loup enragé,
Ni pig’ (piège) qui peut pas s'approcher Ni de moi ni du ma compagnie,
Pas pus que l’étoiP du ciel m’approche.
Ne trouvant pas ce huitain assez explicite, certaines personnes ajoutent une phrase en prose dans laquelle se rencontrent (est-ce par hasard?) deux rimes et quelque soupçon de mesure :
Que T bon Dieu me garde — des chiens, des chats, — des loups, des rats, — et pis des p’tites bêtes qu’y a dans les boissons, qu’a font pchiit !...