‹ La raison dans la folieChapitre 32 sur 84 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

'i"*^ LA RAISON DANS LA POLIE.

La vérité, c'est que les aliénés devaient être considérés non comme des brutes, mais comme des hommes. En cette qualité ils devaient souffrir, ils souffraient cruellement de vivre dans des habitations qui ne pouvaient que les irriter, les avilir et les dégrader davantage; ils souffraient d'être traités avec moins de considération que des animaux. Ils en souffraient pendant l'excitation de leur délire, et, dans leurs intervalles lucides, dans leurs moments de calme, ils devaient plus vivement encore sentir l'horreur de leur situation.

Les réformateurs, Pinel et Esquirol à leur tête, ont compris à quel point l'on se trompait sur le compte des aliénés. Ils ont, les premiers, vu que ceux-ci n'étaient point indifférents à l'existence, et que les misères de leur vie leur étaient pénibles aussi bien au moral qu'au physique. Ils se sont efforcés de faire entrer leurs idées, leurs convictions dans l'esprit de tout un peuple, et c'est leur gloire à la fois de l'avoir tenté et d'y avoir réussi.

La réforme à peine commencée, on put reconnaître que ses auteurs ne s'étaient point trompés. Les aliénés se chargèrent eux-mêmes d'en donner la preuve. Ils comprenaient si bien les choses de la vie qu'aussitôt, et contre l'attente publique, ils se montrèrent reconnaissants envers Pinel, et envers les médecins qui imitèrent Pinel, de tout ce que l'on entreprit pour adoucir leur sort.

Le tableau célèbre qui représente Pinel faisant tomber les chaînes des aliénés, la statue que récemment * la Société médico-psychologique a fait élever devant la Salpétrière à la mémoire de l'illustre réformateur, montrent des malades se jetant à ses pieds, lui embrassant les mains avec reconnaissance. Ces imagos ne sont point de pures fictions; elles représentent" la

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