‹ La raison dans la folieChapitre 33 sur 84 · Le 13 juillet · texte numérisé non relu

Le 13 juillet

réalité et ne sont que le témoignage vrai des sentiments qu'éprouvèrent ceux qui, les premiers, eurent à profiter des bienfaits de la réforme. Ces sentiments eux-mêmes étaient la preuve péremptoire que les aliénés avaient raisonnablement apprécié et j ugé l'importance du nouveau régime auquel ils allaient être soumis.

L'inauguration de la statue de Pinel fut l'occasion de rappeler quelques incidents de la première journée consacrée à faire tomber les chaînes des aliénés. Scipion Pinel, d'après des notes laissées par son père, a fait le récit de ces incidents qui sont des plus touchants qu'on puisse lire. Les détails qu'il donne sont généralement peu connus. Nous les reproduisons en partie, comme une des meilleures démonstrations que nous puissions trouver de la persistance du jugement des choses de la vie chez les aliénés.

La commune de Paris, raconte Scipion Pinel S avait laissé Pinel maître des ses actions. Il commence immédiatement son entreprise, dont il ne se dissimule pas les difficultés réelles, car il s'agit de rendre libres environ cinquante furieux, sans que cette mesure devienne nuisible ou dangereuse pour les autres aliénés paisibles. Il se décide à n'en déchaîner que douze pour le premier essai. La seule précaution qu'il croit devoir prendre est de faire préparer un nombre égal de camisoles, de ces gilets en toile et à longues manches qui peuvent s'attacher derrière le dos de l'aliéné quand on veut le réduire à l'impuissance de mal faire.

Le premier auquel Pinel s'adresse est le plus ancien dans ce lieu de misère. C'est un capitaine anglais dont personne ne connaît l'histoire, et qui est là enchaîné depuis quarante ans; il est regardé comme le plus terrible de tous les aliénés ; ses gardiens ne l'appro-

1. Scipion Pinel, Traité complet du régime sanitaire des rtiiVnes. Paris, 1836.

client qu'avec circonspection, depuis que, dans un accès de fureur, il a frappé d'un coup de ses menottes la tète d'un de ses servants qu'il a tué sur place. Il est garrotté avec plus de rigueur encore que les autres; cette rigueur et l'abandon complet auquel on le condamne ne font qu'exaspérer son caractère naturellement furieux.

Pinel entre seul dans sa loge et l'aborde avec calme. « Capitaine, lui dit-il, si je vous faisais ôter vos fers et si je vous donnais la liberté de vous promener dans la cour, me promettriez-vous d'être raisonnable et de ne faire de mal à personne ?

« Je te le promets. Mais tu te moques de moi; ils ont tous trop peur de moi et toi aussi.

« Non certes, je n'ai pas peur, puisque j'ai là six hommes pour me faire respecter ; mais croyez k ma parole, devenez confiant et docile, je vous rendrai la liberté si vous vous laissez mettre ce gilet de toile à la place de vos chaînes si pesantes. »

Le capitaine se prête de bonne grâce à tout ce qu'on exige de lui; mais en haussant les épaules, et sans articuler un mot. Après quelques minutes, ses fers sont complètement détachés, et l'on se retire en laissant la porte de sa loge ouverte.

Plusieurs fois il se lève sur son séant et retombe; depuis si longtemps qu'il est assis il a perdu l'usage de ses jambes. Enfin, au bout d'un quart d'heure, il parvient à se tenir en équilibre, et du fond de sa loge obscure il s'avance en chancelant vers la porte. Son premier mouvement est de regarder le ciel, et il s'écrie en extase : « Que c'est beau ! » Pendant toute la journée, il ne cesse de courir, de monter les escaliers, de les descendre, en disant toujours : « Que c'est beau! que c'est bon ! » Le soir il rentre lui-même dans sa loge, dort paisible sur un lit meilleur qu'on lui a préparé, et durant deux années qu'il passe encore à Bicètre il n'a aucun accès de fureur. Il se rend même utile

dans la maison, en exerçant une certaine autorité sur les autres malades, qu'il régente à sa guise, et dont il s'établit comme le surveillant.

Le second aliéné que délivra Pinel était trop atïaibli d'intelligence pour comprendre l'importance de ce que l'on faisait pour lui. Le troisième ne le comprit pas davantage, parce qu'il était trop agité. Mais plus tard il se rétablit, et le dut sans doute à la mesure prise à son égard, ainsi qu'à l'intérêt tout particulier qu'on lui porta.

Pinel entre dans une quatrième loge ; c'est celle d'un nommé Ghevingé, dont la délivrance est peut-être un des faits les plus remarquables de cette journée.

Ghevingé était soldat aux gardes françaises; il n'avait au service qu'un défaut, celui de l'ivrognerie; mais une fois qu'il avait la tête montée par le vin, il devenait querelleur, violent, et d'autant plus dangereux que sa force était prodigieuse. Ses excès assez fréquents le firent renvoyer de son corps, et il eut bientôt dissipé ses faibles ressources. Ensuite la honte et la misère le plongèrent dans un tel découragement que son intelligence fut altérée; il crut dans son délire qu'il était devenu général, battit ceux qui ne voulaient pas reconnaître son grade et sa qualité, et c'est à la suite d'une lutte assez violente qu'il fut amené à Bicêtre dans l'exaltation la plus furieuse. Il était garrotté depuis dix années et avec plus de soin encore que ses compagnons, parce qu'il était souvent parvenu à rompre ses fers par la seule force de ses mains. Une fois, entre autres, qu'il s'était procuré quelques moments de liberté, il défia tous les gardiens réunis de le taire rentrer dans sa loge avant qu'il les etit tous fait passer sous sa jambe; et, en eflet, il exécuta cette inconcevable prouesse sur les huit hommes qui voulaient se rendre maîtres de lui. Depuis lors sa force était passée en proverbe dans Bicôtre.

Déjà Pinel, en le visitant plusieurs fois, avait re-

connu en lui une excellente nature d'homme, sous cette exaltation sans cesse irritée par un traitement trop cruel; il lui avait promis d'améliorer bientôt son sort, et cette promesse avait suffi à le rendre plus calme. Enfin Pinel lui annonce qu'il n'aura plus de fers : « Et pour te prouver que j'ai confiance en toi, lui dit-il, et que je te regarde comme un homme fait pour le bien, tu vas m'aider à délivrer ces malheureux qui n'ont pas leur raison comme toi; et si tu te conduis ainsi que j'ai lieu de l'espérer, je te prendrai à mon service et tu ne me quitteras plus. »

Jamais, dans une intelligence humaine, révolution ne fut plus subite et plus complète; les gardiens euxmêmes sont saisis de respect et d'étonnement devant le spectacle que leur donne Ghevingé; à peine délivré, le voilà prévenant, attentif, et suivant de l'œil tous les mouvements de Pinel pour exécuter ses ordres avec autant d'adresse que de promptitude ; le voilà qui fait entendre aux aliénés des paroles de raison et de bonté, lui qui tout à l'heure encore était dans les mêmes dispositions qu'eux tous. Cet homme, que les chaînes ont dénaturé pendant de longues années, devient désormais un modèle de conduite et de reconnaissance. Plusieurs fois, en ces temps difficiles, il sauve la vie à Pinel, et un jour le délivre d'une bande de forcenés, qui déjà le conduisaient à la lanterne comme électeur de 89. Pendant la disette, il part chaque matin de Bicêtre et ne rentre qu'avec d'abondantes provisions que l'or même ne peut pas procurer en ce moment; toute sa vie n'est plus qu'un dévouement continuel envers son libérateur.

Dans cette journée mémorable, au récit de laquelle nous n'avons emprunté que les traits principaux, tout est digne d'intérêt. Mais ce qui doit attirer plus spécialement notre attention, c'est que les malheureux aliénés avaient, malgré leur délire, déjà bien invétéré chez quelques-uns, la notion précise des conditions

misérables où se traînait leur existence, et qu'ils surent apprécier, juger à sa juste valeur le bien qu'on leur fit.

Ils le témoignèrent par les marques de la plus vive reconnaissance. Ils le témoignèrent aussi par leurs dispositions nouvelles, et par leurs actes ultérieurs.

« Une amélioration inespérée, dit Scipion Pinel, suit cette mesure, qu'on avait jusque-là regardée comme impossible et même comme funeste. Les furieux, qui chaque mois brisaient des centaines d'écuelles en bois, renoncèrent à leurs habitudes de violence et d'emportement ; d'autres, qui déchiraient leurs vêtements et se complaisaient dans la plus sale nudité, deviennent propres et décents ; le calme et l'harmonie succèdent au tumulte et au désordre; il s'établit enfin, dans toutes les parties du service, une régularité et une bienveillance dont l'influence gagne bientôt les aliénés eux-mêmes. C'est ainsi qu'après quelques semaines on voit des maniaques, encore fort agités, se mettre la camisole volontairement, ou se la faire mettre par les fous les plus tranquilles. »

Il est donc avéré que bien des aliénés jouissent encore de cette partie du jugement qui permet d'apprécier les conditions dans lesquelles se passe la vie ordinaire. C'est parce qu'on l'a compris qu'on a changé de manière d'agir à leur égard ^ C'est parce qu'on

I. La portée de cette observation a été récemment mise en lumière d'une manière excellente par M. Poubelle, préfet de la Seine. Le 3 août 1887, on érigeait à Bicêtre une plaque commémorative en l'honneur de Pussin, qui était surveillant au quartier des aliénés à l'époque où Pinel entreprit ses réformes, et qui non seulement fut l'aide intelligent et dévoué de son chef, mais encore eut l'idée, l'initiative de quelques-uns des moyens employés pour soulager le sort des aliénés. M. Poubelle, qui présidait la cérémonie, y prononça un discours très heureux dont voici quelques paroles bien frappantes an point de vue qui nous occupe : « Je ne saurais trop, dit-il, vous répéter que ces malades, ces fous, sont susceptibles de comprendre le dévouement qu'on leur

l'a compris qu'on s'est appliqué à ainélioror leur vie et à modifier complètement la disposition des demeures qui leur sont spécialement destinées. A moins d'un siècle de distance, on est arrivé à une situation véritablement contraire à. celle dont Pinel et Esquirol nous ont laissé le souvenir.

Dans les asiles actuels ,> dans ceux-là surtout qui ont été le plus récemment établis, tout est prévu et disposé en vue du bien-être, de l'agrément et du bon traitement des malades. Les bâtiments sont vastes, spacieux; l'air et la lumière y pénètrent à profusion. L'ordre, la propreté y régnent partout. On s'est appliqué, dans les moindres détails, à éviter tout ce qui pourrait donner à l'habitation l'aspect d'un lieu de réclusion. Les chambres, les dortoirs, le couchage des malades, tout est disposé d'une façon confortable. Ce qui prouve bien que les aliénés, même ceux qui sont le plus fortement atteints par la maladie mentale, même ceux dont l'intelligence est le plus complètement obscurcie, ne sont point indifférents à toutes ces choses, c'est que, lorsqu'on a été obligé de leur donner momentanément un couchage spécial, parce qu'ils se salissaient ou déchiraient les oljjets de literie, et qu'ils peuvent revenir aux habitudes ordinaires, ils s'en montrent fort satisfaits.

Les mêmes observations s'ax)pliquent au régime

témoigne. L'éclipsé de la raison laisse percer encore quelques lueurs; ils consei'vent une certaine justesse d'appréciation qui leur pei"met d'apprécier les soins que l'on apporte à leur soulagement. Dans cette fréquentation quotidienne, l'intelligence, môme affaiblie, sait reconnaître les sentiments affectueux, et les actes de violence sont rares à l'égard d'un infirmier bienveillant. Dans les maisons de fous il se forme, croyez-le bien, une opinion publique, souvent plus juste que celle que nous rencontrons e.x.tra-muros, car elle est fondée sur une observation personnelle et sur l'impression directe des traitements dont chacun est l'objet. » {Annales médico-psychologiques, novembre 1887.)

alimentaire. Il est peu d'aliénés, en dehors de ceux à qui leur délire donne de Taversion pour les aliments, qui ne soient sensibles au bien-être de la table. Sans doute on peut dire que le sentiment de ce bien-être est en partie instinctif. Mais du moins ils y font attention, ils l'apprécient et le jugent, et maintes fois nous les avons entendus exprimer leur satisfaction de ce que l'on faisait pour eux à cet égard.

Ils ne sont pas moins sensibles à la bonne apparence, aux dispositions d'agrément que l'on cherche à donner à leurs cours, à leurs jardins ; aussi, en dehors des quartiers d'agités, on parvient maintenant à rendre sous ce rapport leur demeure aussi agréable que possible. Leurs jardins, garnis de fleurs, ont parfois tout le charme des jardhis les mieux entretenus, et certainement ils en jouissent avec autant de plaisir que si leur intelligence n'était pas troublée. Ils respectent les arbres, les fleurs, et quelquefois ils prennent plaisir à les soigner, à les cultiver eux-mêmes.

A ces agréments extérieurs en ont été ajoutés d'autres, destinés à rompre la monotonie inévitable de leur séjour. Ce sont des distractions variées qui non seulement les arrachent à l'ennui, mais qui parfois même font diversion à leurs idées délirantes et contribuent à les améliorer. Autant que possible, on les conduit se promener au dehors. Certains asiles ont ainsi organisé des promenades en groupes plus ou moins nombreux, toujours fort appréciées de ceux à qui on les accorde. Dans le précédent chapitre, nous avons parlé des fêtes, des soirées dramatiques, des concerts, des réjouissances diverses en usage dans quelques maisons d'aliénés. Un bon nombre de malades y prennent un vif plaisir; ceux même qui sont habituellement le plus absorbés dans leur délire, y font trêve un moment pour participer à la joie commune. Aussi, en fin de compte, comme le dit avec vérité M. le D"" Dagron, « les asiles d'aliénés ne sont plus des

prisons faites pour inspirer une horreur invincible. Ce qui le prouve, ce qui prouve surtout le jugement que les fous eux-mêmes portent à cet égard, c'est que, chaque année, bon nombre d'aliénés guéris cherchent à rentrer dans les asiles, en simulant la folie ^ »

Tous ces détails sont relatifs à la vie matérielle des aliénés, et à l'appréciation juste qu'ils sont capables d'en faire. Voyons maintenant quelques côtés de leur vie morale; nous les y trouverons également doués d'une somme plus ou moins grande de jugement.

Tous les asiles publics et un certain nombre d'asiles privés ont leur chapelle où se célèbrent régulièrement les offices religieux. Une remarque intéressante, faite à ce sujet par le D'' Dagron, et qui concerne les asiles publics, c'est que, malgré l'indifférence générale du siècle en matière de religion, l'État prend encore soin de faciliter aux aliénés les moyens de remplir les devoirs du christianisme.

Cette sollicitude a |du reste sa raison d'être ; car, en dehors même de toute autre considération, les cérémonies du culte sont de nature à exercer sur certains malades une influence bienfaisante. Toutefois il est bon d'ajouter que cette influence ne s'exerce pas au hasard et que les impressions religieuses peuvent nuire à certains aliénés, au lieu de leur être utiles ; aussi la présence des rnalades aux offices est-elle affaire d'appréciation, où le médecin de l'asile doit rester juge absolument souverain.

« Les aliénés, en général, dit le D'' Dagron, sont loin d'être insensibles à l'harmonie des chants sacrés. La grande voix de l'orgue, l'odeur de l'encens, les paroles du prêtre, emportent assez facilement leur àme et sont capables de les prédisposer à des émotions salutaires Sans doute le but peut être dépassé, et lo

1. Dr Dagron, Des aliénés et des asiles d'aliénés, tome I, p. 33.

malade peut être entraîné dans les voies périlleuses de rexaltation mystique; mais tfest au médecin de veiller et de désigner ceux des pensionnaires pour lesquels

l'assistance aux prières ne saurait être nuisible

Même dans les meilleures choses, il faut savoir se

p-arder de tout excès

« Quand la folie ne doit pas guérir, cas malheureusement trop fréquent, il y aurait cruauté à priver les fanatiques eux-mêmes des seuls plaisirs auxquels ils restent sensibles. Enfin, pour les indifférents, c'està-dire pour le plus grand nombre, les cérémonies du culte sont au moins une source de distraction qui vient rompre la monotonie de journées quelquefois bien

longues .

« En dépit de leur délire si varie, la plupart des malades se montrent recueillis et unissent volontiers leurs voix dans le chant des cantiques. L'harmonie sacrée les calme peu à peu, comme elle apaisait autrefois l'àme du roi Saiil dans ses accès de fureur et de sombre mélancolie. Elle peut même mettre fin à d'épouvantables délires. Une jeune religieuse, qui se croyait damnée, fut conduite un jour à l'église. Le chant des psaumes lui arracha des larmes et lui fit comprendre qu'elle ne pouvait pas être plongée dans l'enfer, comme elle se l'imaginait, puisqu'elle entendait louer Dieu autour d'elle. Bientôt après elle revint à la raison.

« Mais le silence succède tout-à-coup au chant des prières, tandis que le prêtre gravit les degrés de la

chaire. Tous les regards se portent sur lui Sa

parole doit être toute de mansuétude, pour ménager les plaies vives étalées devant lui et qu'un mot trop sévère pourrait faire saigner. Qu'il laisse de côté les froides ({uestions d'enseignement et de doctrine, pour bénir et pour consoler. C'est ainsi seulement qu'il se montrera à la hauteur de sa mission et qu'il concourra, d'accord avec les médecins, au salut de ceux qui lui sont confiés.

« Zeller raconte qa'un ecclésiastique, guéri dans son asile de Wimentlial, monta un jour en chaire et fit à ses compagnons un sermon émouvant sur la nécessité de se tenir en garde contre tout ce qui peut nous l'aire perdre le premier et le plus estima?jle des biens terrestres, la jouissance de la raison. « .Jamais, ajoute-t-il, « les malades ne furent si impressionnés que par son « discours '. »

Il faut assurément, dans tout cela, faire la part de ce qui est jugement, appréciation, et de ce qui est purement l'effet d'une impression morale. Mais il arrive souvent aussi que l'impression est le point de départ d'appréciations et de réflexions qui conduisent l'aliéné à juger par lui-même ce qu'il vient de sentir. Aussi, d'une manière directe ou d'une manière indirecte, nous trouvons, dans ce qui vient d'être dit, la preuve de la persistance du jugement chez les aliénés.

A propos des offices religieux, nous relaterons un fait intéressant qui s'est produit en notre présence. Il témoigne, chez l'aliéné que ce fait concerne, la persistance de l'aptitude à juger judicieusement ce qu'il entendait.

Dans une allocution adressée, pendant la messe, au y pensionnaires d'un asile, l'aumônier, qui ce jour-là fut doublement malheureux dans le choix -du sujet de son discours, parlait de la trahison de Judas et de ses conséquences. Il rappela son désespoir ; il rappela aussi fort mal à propos son suicide, et enfin, pour augmenter encore l'horreur qui devait s'attacher au souvenir de ce traître, il fit le tableau de la hideuse décomposition de ses chairs après sa mort. Il le représenta livide, putréfie, l'abdomen ouvert, les entrailles pendantes, en proie aux vers qui l'avaient envahi. La description était d'un réalisme hideux ; le spectacle dépeint était horrible. Presque toute l'assistance était péniblement imprcs-

1. Dagron, Bes aliénés et des asiles d'aliénés, lome L p. 134.

sionnée, et le sentiment général était tout différent de celui que l'orateur cherchait à communiquer à son auditoire. Au milieu de celui-ci se trouvait un malade atteint de paralysie générale progressive, arrivé déjà' fort loin dans la démence, qui d'ordinaire venait aux offices d'une manière machinale, n'y faisait attention à rien et vivait complètement absorbé en lui-même. Ce jour-là, par exception, il écouta le discours et, malgré l'affaiblissement de ses facultés mentales, il le suivit avec attention. Or, comme tout le monde, il le jugea déplaisant et déplacé; alors il se leva doucement, il éleva la voix, et s'adressant posément à l'orateur : « Monsieur l'aumônier, lui dit-il, tout ce que vous nous dites est très répugnant; vous feriez bien mieux de continuer votre messe. » Après ces paroles il se rassit tranquillement, sans manifester la moindre agitation. Il avait ainsi fait preuve évidente de jugement et avait traduit en homme sensé l'opinion de toute l'assistance. L'aumônier le comprit et abrégea son discours.

Abordons un autre ordre d'idées, et occupons-nous de ce qu'on appelle communément les affaires d'intérêt. Y a-t-il des aliénés qui aient encore de l'aptitude à s'en occuper, à les comprendre, à les juger sainement, à donner à leur sujet des avis sages et motivés ?

Assurément un certain nombre le peuvent, surtout ceux qui sont atteints de délire partiel. Leur jugement est encore assez persistant, le délire n'a point assez complètement aff'aibli leurs facultés de raison pour que, sous le rapport qui nous occupe, ils ne puissent avoir toutes les apparences et même les dispositions réelles d'hommes vraiment raisonnables.

Cela se présente même quelquefois chez des individus tombés dans la démence, chez des aliénés dont toutes les facultés mentales sont notablement oblitérées. Mais pour ces derniers, il faut tenir compte d'une condition que nous avons déjà signalée à propos des

conversations : c'est que leur aptitude à comprendre, à juger les affaires n'est rien de plus qu'un résultat de l'habitude. Dans les avis qu'ils émettent, dans les intentions qu'ils manifestent, ils n'apportent plus véritablement une spontanéité libre, intelligente, raisonnable. Si leur jugement est approprié aux faits; s'il peut avoir toutes les apparences d'un jugement raisonnable,, cela provient dans bien des cas de ce qu'étant accoutumés à voir les choses d'une certaine manière ils continuent à les voir de même. C'est ainsi qu'un propriétaire peut parler judicieusement de ses biens, de ses propriétés, de leur culture, des améliorations dont elles sont susceptibles. C'est ainsi qu'un homme d'affaires peut être capable encorè de .donner de sages avis à des clients, à des amis qui le consultent; qu'un médecin peut parler avec sagesse d'une maladie; qu'un individu quelconque peut traiter convenablement des affaires que toute sa vie il a été habitué à traiter. Mais la démence n'en existe pas moins, et se manifeste partout où les facultés de raison doivent montrer un tant soit peu d'initiative véritable.

Quelques exemples justifieront ce que nous venons de dire.

Nous soignons un malade atteint de Ij^pémanie, avec troubles de la sensibilité générale, qui croit ne plus exister, et qui, par suite de cette idée, ne répond que par des gémissements à toutes les questions qu'on lui pose sur lui-même, sur sa santé, sur sa personne. Lorsque ses enfants viennent lui faire visite, il ne prend jamais l'initiative de les entretenir de quoi que ce soit; mais il est arrivé maintes fois que si on lui parlait de sa fortune, de ses biens, de la gestion d'une maison dont il était propriétaire, il répondait très pertinemment, s'y intéressait en oubliant momentanément son délire, et donnait toujours de très bons conseils que ses enfants ne manquaient pas de mettre à profit.

Une dame, atteinte de manie chronique, qui présente

actuellement les signes de la démence et qui divague d'une façon presque continuelle, donnait dernièrement à son fils des conseils très sensés sur un mariage qu'il devait contracter. Incapable habituellement de longs discours, d'une longue conversation, elle eut, le jour où ce mariage lui fut annoncé, un peu d'empire sur elle-même, et, pendant près d'un quart d'heure, en phrases brèves et aphoristiques, elle tint à son fils un langage judicieux et raisonnable : « Aime bien ta femme. — Ne lui laisse pas faire des dettes. — Ne lui permets pas d'être coquette. — Fais-lui nourrir ses enfants. — Reste chez toi avec elle. — Tu me l'amèneras et tu lui diras de m' aimer comme sa belle-mère. » Elle dit encore plusieurs"; autres paroles aussi sages. A la vérité, elle répéta plusieurs fois les même choses; mais pendant ces quelques moments, elle ne dit rien qui ne fût raisonnable et sensé. L'instant d'après, elle se remit à divaguer comme à l'ordinaire, ayant promptement oublié même la visite de son fils. J)ans une circonstance antérieure, cette même dame avait donné, de la même façon, quelques sages conseils à sa fille, âgée de dix-huit ans, qui lui avait paru avoir une toilette trop coquette et peu convenable pour son âge.

Une de nos malades a déjà été internée trois fois; elle est sujette à des accès de lypémanie qui la jettent dans un abattement profond. Pendant l'accès, elle doute de tout, d'elle-même aussi bien que du reste ; elle ne sait ce qu'elle veut, elle ne peut se décider à rien, et dès qu'elle a commencé quelque chose, elle regrette de l'avoir entrepris. Elle est dans une préoccupation continuelle à ce sujet. Se lever, se coucher, faire un pas, s'habiller, manger, tout est matière à préoccupations, y incertitudes. Malgré ces dispositions, bien qu'elle, soit absorbée par ses idées morbides, elle continue de s'occuper de ses affaires d'intérêt, de sa fortune, qu'elle gère habituellement elle-même, car elle est veuve. Il lui est arrivé de se trouver en présence de quelques

difficultés relatives à ces affaires; elle fit venir son notaire, lui fit part de ses intentions, qui étaient très sages, et régla complètement avec lui ce qu'il fallait faire en cette circonstance.

Nous avons observé encore plusieurs autres faits du même genre. Il est en effet bien peu de malades, à l'exception de ceux qui sont atteints de délire génénéralisé, ou qui sont presque complètement tombés dans la démence, qui ne puissent, à un moment donné, porter une appréciation juste, donner un avis opportun et motivé sur certaines affaires. Il est rare toutefois que cette aptitude soit permanente ou seulement prolongée. Le plus souvent elle ne se manifeste que d'une manière fortuite et accidentelle; enfin, quand elle existe chez les véritables déments, elle est souvent, comme nous l'avons dit, un effet de l'habitude et de l'éducation acquise, plutôt que le résultat d'une réflexion véritable.

Cet effet de l'habitude et de l'éducation acquise doit donc être pris en considération très sérieuse , surtout dans certaines affaires judiciaires, où l'aliénation mentale est en cause et où il s'agit de se prononcer sur une question de capacité civile. Les signes de jugement, manifestés dans de telles circonstances, ne sont ordinairement que des apparences sans valeur. A la vérité, ils servent à prouver la persistance d'une partie de la raison ; mais cette partie est si faible, si peu étendue, qu'elle ne peut être prise pour une faculté mentale entière et saine. Elle est en réalité tout à fait insuffisante pour faire attribuer la capacité civile à la personne qui la présente, lorsque, d'autre part, l'aliénation mentale est marquée par des signes certains.

C'est en nous appuyant sur ce principe important que, dans l'affaire dont nous allons donner la relation, nous fûmes amené à déclarer sans valeur un testament fait par une personne qui présentait des signes évidents de démence.

Les neveux d'une demoiselle X..., se considérant comme lésés dans leurs légitimes espérances par un testament que leur tante avait fait récemment au profit d'une seule personne de la famille, demandèrent l'annulation de ce testament pour cause de démence de la testatrice. Ils nous prièrent de donner notre avis, et de rédiger une consultation sur l'état de démence et sur les conséquences que cet état pouvait avoir.

Notre conviction, après étude des pièces du procès, principalement des enquêtes et contraires enquêtes, fut que ladite demoiselle X... avait été absolument démente dans les six dernières années de sa vie, période vers la fin de laquelle le testament, préparé en la forme mystique, avait été fait et déposé chez un notaire.

Les preuves de démence que nous pûmes relever étaient nombreuses, les unes tirées de la comparaison faite entre l'état de X... dans les dernières années de sa vie et son état antérieur, les autres prises dans l'appréciation de l'état même de la personne à l'époque où le testament avait été déposé. M^^' X... était devenue démente à la suite d'attaques répétées d'apoplexie ; le changement s'était fait en elle d'une manière rapide, et la comparaison dont nous venons de parler en était relativement plus facile.

Prenant la testatrice à partir du moment où l'apoplexie l'avait frappée, nous disions dans notre consultation :

« L'attitude que présenta dès lors M"« X... est déjà un indice de démence. Assise dans sa voiture (elle était paralysée), la tête penchée en avant, elle avait la physionomie indifférente, sans expression; souvent elle paraissait ne pas faire attention à ce qui se passait, à ce qui se disait autour d'elle. Quelquefois elle répondait aux questions qu'on lui posait, et qui se rapportaient habituellement à sa santé ; mais souvent aussi elle n'y répondait pas, ou ne le faisait que d'une manière brève comme une personne à qui la faiblesse

d'esprit ne permet pas de faire de longues phrases, d'exprimer longuement sa pensée.

« Ces dernières dispositions contrastent d'une manière frappante et significative avec les dispositions dans lesquelles était M"« X... avant sa maladie. Alors, en effet, elle était très active, s'occupait de tout' s'intéressait à tout, faisait attention à tout, causait beaucoup et aimait à le faire avec tout le monde. Or, pour bien juger de l'intégrité des capacités mentales d'une personne, il faut commencer par la comparer à elle-même, et cette comparaison permet souvent de constater, comme dans le cas présent, une décadence, une chute considérable.

« M"« X... paraît être restée pendant près de deux ans dans l'état où nous venons de la voir. Plus tard, elle perdit encore plus complètement ses facultés mentales; d'où il résulte que le travail de désorganisation cérébrale, loin de s'arrêter chez elle, n'avait fait que poursuivre, lentement mais continuellement, son œuvre de destruction.

« C'est dans l'appréciation de la capacité mentale de M"« X..., pendant la période de deux années dont nous venons de parler, que les témoins divergent le plus complètement. D'après les uns, elle se rendait bien compte de ce qu'elle faisait; d'après les autres c'était le contraire. Pour apprécier à sa juste valeur l'opinion des premiers, il faut rappeler ici un fait d'observation qui est d'une grande importance; c'est que les déments qui ne sont pas arrivés au dernier terme de la maladie sont encore capables de suivre les règles de la vie commune; ils peuvent continuer, dans une certaine mesure, de faire ce qu'ils faisaient auparavant; ils conservent même sur certains points des aptitudes routinières qui sont en désaccord avec leur état d'amoindrissement général. On en rencontre beaucoup qui sont capables de rendre un compte sommaire de leurs petites affaires d'intérêt, de leur fortune; qui

ont une notion suffisante de la valeur des choses et qui paraissent comprendre les explications qu'on leur donne. Cest là un fait noté par tous les auteurs et dont nous voyons chaque jour la confirmation dans les asiles d'aliénés. Mais ces individus n'en sont pas moins déments, comme on peut en juger par leurs autres dispositions.

« Or, dans les faits que nous apporte la contre-enquête, pour démontrer la sanité d'esprit de X..., il n'y a rien de plus que ce que nous venons de dire. Nous voyons un commissionnaire en vins acheter à X... le produit de sa récolte; un boucher lui acheter des agneaux et des brebis ; une marchande de volaille lui demander des œufs et des pigeons. Dans quelles conditions se sont faites ces transactions? Les marchands viennent saluer M"" X..., lui parlent d'acheter ce qui fait l'objet de leur commerce, proposent un prix, et tout est terminé. Nous ne voyons en aucun endroit qu'il y eût de la part de X... initiative spontanée, ou discussion du marché proposé. Les marchands ne se seraient pas exposés du reste à offrir des prix inacceptables, parce que X... avait auprès d'elle des conseillers qui l'auraient empêché d'accepter. Du reste, la valeur des allégations de ces témoins est annulée par les déclarations de plusieurs autres

« Il faut encore examiner un fait important, et en apprécier la valeur. C'est celui qui est relatif au dépôt de ce testament mystique par lequel X... a disposé de sa fortune. On ne saurait trouver, dans les témoins qui ont assisté à ce dépôt, les conditions qui garantissent la parfaite validité des actes. Ceux qui ont été appelés, recrutés au moment même, ne connaissaient la testatrice que de nom ou que de vue; euxmêmes le disent. Ils n'avaient eu avec elle aucune relation ; ils n'étaient pas en état d'apprécier la transformation qui s'était faite en elle, et surtout n'avaient

pu observer ét connaître les symptômes d'insanité qu'elle présentait. La scène à laquelle ils ont assisté, sur laquelle toute leur attention aurait dû être fixée, les a si peu frappés qu'ils n'en ont presque pas gardé le souvenir. Un d'eux ne se souvient que d'une chose, c'est que la requérante a signé. Un autre dit : « En notre présence elle a signé quelque chose; elle ne pouvait pas bien ; mais elle a signé. » C'est qu'en effet les choses ont dû se passer d'une manière presque banale, évidemment insuffisante pour faire juger de la parfaite sanité d'esprit de la testatrice. Le notaire aura demandé à M"« X... : Ceci est bien votre testament? C'est vous qui l'avez signé? et d'autres choses du même genre. Elle aura répondu oui, avec l'indifférence que les déments mettent à faire cette réponse, et là-dessus les témoins ont affirmé la parfaite validité du dépôt. S'il en eût été autrement, les témoins n'auraient pas manqué de le faire savoir; par conséquent, sur ce point, les dépositions de la contre-enquête n'atteignent réellement pas le but qu'on s'est proposé en les provoquant. »

La fin de notre consultation contient en substance que M'i** X... était réellement tombée en enfance, qu'elle ne reconnaissait pas les personnes même les plus connues de sa famille; qu'elle avait des absences fréquentes et longues; qu'elle n'avait plus la notion exacte du temps, des lieux, des faits ou des choses; qu'elle était enfin profondément amoindrie dans ses facultés mentales.

Comme cette affaire était grave, que les intérêts mis en jeu étaient gros, nous engageâmes les. demandeurs à prendre l'avis d'un ou plusieurs autres médecins aliénistes ; ils s'adressèrent à deux des plus éminents, les D'"^ Blanche et Lunier, qui arrivèrent à des conclusions identiques aux nôtres, à savoir : « que M"" X..., pendant les six dernières années de sa vie, et notamment à l'époque où elle avait déposé son testament

JUGEMENT SUR LE MONDE EXTERIEUR. Idl

mystiiiiie, présentait les symptômes de l'insanité d'esprit, de la démence. »

Les tribunaux de Toulouse, en première instance et en appel, adoptèrent nos conclusions et annulèrent le testament attaqué.

Il pourrait être intéressant d'insister, sur les détails relatifs au dépôt du testament chez le notaire, et de montrer comment l'officier ministériel et les témoins, tout en étant de bonne foi, se sont un peu trop aisément laissé abuser par les apparences de raison que présentait encore M"*^ X... Mais l'intérêt principal que l'histoire de cette demoiselle offre actuellement pour nous réside dans ce fait que, bien que démente, elle pouvait encore, dans une certaine mesure, formuler un jugement, une appréciation, donner un avis sur des afiaires qui la concernaient, et qu'ainsi elle fit illusion à des personnes qui ne prirent pas garde à Taffaiblissement véritable de ses facultés d'esprit.

De même qu'il y a des aliénés capables d'avoir une opinion dans des affaires d'ordre privé, de même aussi un certain nombre d'entre eux sont capables de s'intéresser aux affaires publiques, de les comprendre et de les juger raisonnablement. Parmi les pensionnaires des asiles d'aliénés, quelques-uns en donnent la preuve constante; ils lisent avec soin les journaux politiques mis à leur disposition, ils les attendent chaque jour avec impatience, et s'intéressent à tout ce qui s'y trouve. Nous les avons maintes fois entendus en causer les uns avec les autres, discuter, et apprécier souvent avec une grande justesse les faits d'actualité.

Du reste, en dehors de la politique, ceux des aliénés qui lisent les journaux y cherchent toujours avec soin les clioses qui peuvent les intéresser d'une manière spéciale, l'n commandant d'artillerie, que nous soignons actuellement et qui est atteint de paralysie

générale, lit avec attention tout ce qui concerne l'armée, les nominations, les mutations d'officiers. S'il rencontre le nom d'un de ses camarades au tableau d'avancement, il lui envoie des félicitations. Nous l'avons entendu approuver ou blâmer, en des paroles très mesurées, telle ou telle disposi-tion relative à l'armée, et sans pouvoir déterminer si ses critiques étaient fondées, nous pouvions du moins reconnaître qu'elles paraissaient judicieuses.

11 y a un certain nombre d'aliénés qui sont capables de formuler des jugements très sages en matière de littérature et d'art.

Si, à l'exemple du D'' J. MoreauS nous voulions considérer comme aliénés, ou du moins comme entachés de folie, des hommes éininents, illustres, (jue d'ordinaire on compte parmi les hommes les plus raisonnables, nous pourrions, sur ce sujet, multiplier les exemples. .Nous rappellerions les noms d'un grand nombre de littérateurs, depuis Aristote et Lucrèce, jusqu'à Malebran,che, Descartes, Gœthe et d'autres encore, qui ont été des critiques sages et judicieux, et (iui cependant ont présenté des singularités mentales, d'apparence morbide. Nous parlerions de J.-J. Rousseau, qui a porté des jugements si justes sur les mœurs de son temps; de Chateaubriand, le rénovateur de la critique littéraire en France, dont les j ugeraents de toute sorte, dans le Génie du christianisme, portent la marque d'un jugement sûr et élevé. J.-J Rousseau était franchement aliéné, comme nous l'avons vu. Chateaubriand fut souvent tourmenté par des dispositions mélancoliques et par des idées de suicide. Plus près de nous, nous citerions encore Villemain,

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