‹ La raison dans la folieChapitre 39 sur 84 · Esquirol, Maladies mentales, lomo 11, ]). 35'i · texte numérisé non relu

Esquirol, Maladies mentales, lomo 11, ]). 35'i

■^'^^ l'A RyVLSON J)AX,S I.A FOLIK.

s'en rendent compte. En outre le malade qui en lait l'objet n'avait pas d'idées délirantes proprement dites. Cette dernière particularité se rencontrait énalenient dans le cas suivant, raconté par Maudsle^' :

« Une vieille dame, âgée de soixante-deux ans, dont plusieurs parents étaient aliénés, avait de temps en temps des accès d'excitation convulsive, oii elle faisait des efforts désespérés pour étrangler sa fille, qui était très douce, très bonne pour elle, et dont elle était folle. Ordinairement, elle était tranquillement assise, déprimée, se lamentant sur son état et elle paraissait si faible qu'elle était à peine capable de se mouvoir; subitement, elle se levait dans un état de surexcitation, criant qu'elle allait étrangler sa fille, et se précipitant sur elle pour le faire. Durant l'accès, elle était si forte, elle se débattait si activement, que deux personnes pouvaient à peine la maintenir. Mais au bout de quelques minutes de lutte elle retombait épuisée, et la respiration haletante, s'écriant : « La! la ! je vous dis: « vous ne croiriez pas combien j'étais méchante. >> Elle n'avait jamais présenté aucun délire ; le paroxysme avait toute l'apparence d'une convulsion mentale; et si ses tentatives avaient réussi, il n'eût pas été possible de dire qu'elle ne savait pas que c'était mal d'étrangler sa fllle. En fait, c'était à cause de son horrible inclination à faire une action si méchante, qu'elle était si malheureuse ^ »

L'étendue de nos considérations sur la folie impulsiye avec conscience est en raison inverse de l'importance et de la gravité de cette forme de folie. Mais aussi c'est la forme morbide où l'état de conscience est le plus facile à reconnaître, ce qui justifie que nous nous y arrêtions brièvement.

i. Mauflslo^y, La patholo(/ie de l'eapt'il, li-ndiiil ]»!ir li' I)r(i,.riiioni, [). 8.")-). Paris, Germer Bailliôro. J8Sr2.

En terminant cet article sur la conscience de soi au cours 'de la folie, nous devons indiquer une question qui s'y rapporte. .

Y a-t-il beaucoup cValiénés qui aient conscience de

leur état ?

Le D'- Marandon de Montyel croit qu'ils sont rares ^ Le D'- Billod est du même avis. Il a donné à ce propos quelques éléments statistiques 2. Les chifi'res qii'il produit sont les résultats de recherches faites à l'asile de Yaucluse. Les voici :

Nombre d'aliénés ayant conscience de lenr état :

Sur 378 hommes admis en 1869 <j't

Sur 350 femmes admises la même année 19

Sur les 6i hommes on en comptait :

Dont la folie était consécntive à ralcoolisme ... 53 Snr les femmes dans les mêmes conditions .... 5

En dehors de l'alcoolisme :

Ponr les hommes 8

Pour les femmes

Sur les 61 hommes la conscience de l'état a été

Complète fois

Incomplète '^^

Sur les 19 femmes :

Complète '^^ ~

Incomplète ~

Ainsi, d'après le D-" Billod il y aurait seulement 3 pour 100 d'aliénés ayant conscience de leur état. Ces données seraient intéressantes à élucider, et appellent de nouvelles recherches.

1. Marandon de Montyel, Recherches sirr la folie avec conscience; Archives de neurologie, tome VI, 1883.

2. Billod, Bes maladies mentales et nerveuses, tome T, !>. 'i98.

§ m. De 1(1 conscience de soi r/prcs (jvérison de la folie.

Un certain nombre d'individus, guéris d'une maladie mentale, conservent le souvenir entier du délire par lequel ils ont passé et l'apprécient, le jugent avec beaucoup d'exactitude.

L'intérêt que présente cette conservation de la concience de la maladie après la guérison est extrêmement grand, et, pour le montrer, nous ne pouvons mieux faire que de nous en rapporter à ce qu'écrivait à cet égard un aliéniste d'un mérite et d'une expérience incontestables, le D"- Aubanel.

« J'ai toujours considéré, dit-il, comme d'un bon augure, comme un signe assez certain d'une guérison parfaite, la lucidité que conserve souvent l'aliéné, après sa guérison, de toutes les particularités de sa maladie. Ce souvenir, que beaucoup de personnes, les gens du monde surtout, redoutent comme un objet continuel de douleur et d'amertume, comme une cause de récidive, ne me porte aucun ombrage; c'est la preuve pour moi, au contraire, que le cerveau a repris toute la pléiiitude de ses fonctions; c'est une garantie pour l'avenir, et à ce titre je ne crains pas, durant la convalescence, d'entretenir le malade de ce sujet, et d'aider, en quelque sorte, la mémoire sur ce point, si elle reste engourdie et confuse, comme cela se voit quelquefois. Je dis une garantie pour l'avenir, cor le malade qui conserve le souvenir de son afïèction,- qui la comprend et qui en- ai^précie toute la gravité, réfléchit sur luimême, écoute les conseils qu'on lui donne, et observe plus naturellement les lois hygiéniques, mornles et physiques, qui peuvent prévenir le retour du mal. Je n'ai jamais vu de récidives se produire par le fait de ce

souvenir Par contre, les aliénés qui ne conservent

aucune conscienc*^ dn mal dont ils viennent do iruérir

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