‹ La raison dans la folieChapitre 40 sur 84 · C:ONSCIENCE APRES LA GUÉRISON. 22i · texte numérisé non relu

C:ONSCIENCE APRES LA GUÉRISON. 22i

ne tiennent aucun compte des avis obéissent

^ leurs penchants naturels, et se livrent comme par le passé aux influences fâcheuses capables de troubler

leur raison K »

La plupart des aliénistes ont confirmé les remarques d'Aubanel, et après avoir prouvé que les aliènes •••uéris peuvent conserver le souvenir de leur maladie passée et l'apprécier sainement, ils ont montré Tintérèt (]ui s'attache à cette manifestion de la conscience de soi dans la folie. Parmi ceux qui en ont parlé le plus expressément, signalons encore le D' Billod; nous citons ses paroles, d'autant mieux qu'elles précèdent la relation d'un fait qui est un exemple excellent de la conservation de la conscience après guérison de la

folie. , .

« On sait, dit-il, que parmi les aliénés qui guérissent, il en est un grand nombre qui ont une conscience parfaite de l'état d'aliénation mentale dans lequel ils se sont trouvés, qui rendent un compte exact de ce qu'ils ont éprouvé, et portent, sur les aberrations qui ont été le produit de leur délire, le jugement le plus sain. Je iv apprends assurément rien à personne en ajoutant que cette disposition d'esprit, pour les individus qui ont recouvré la pleine lucidité de leur intelligence, est le meilleur critérium que nous ayons de leur guérison aussi sûre et aussi parfaite que possible. Elle témoigne, en eff'et, d'une intégrité de jugement dont l'absence, chez les aliénés guéris à cela près, donne lieu de craindre que leur guérison nesoit pas complète. Aussi n'hésité-je pas, pour ce qui me concerne, à ne considérer en général la guérison dans cette dernière espèce que comme une rémission plus ou moins prolongée.

1. Aul)iiii(!l, Hisiob-e d'an cas remarquable d'aLiénalion nienlale conté par l'aliéné Uù-mème après sa r/itérison; An. n-iles médico-psijcJinlnfjirjacs, 18'iS. tome XII. p. 38.

— RAISON DAXS J.A FOLJJ.;.

« Parmi les exemples les plus remarquables que j'aie rencontrés, d'aliénés guéris et ayant conservé la conscience de leur état, je puis citer celui d'un haut fonctionnaire do l'ordre administratif qui, ayant été traité avec succès, dans la Maison de santé de MM. Falret et Voisin, d'une aliénation mentale caractérisée par un délire partiel, avec prédominance d'idées de persécutions et d'empoisonnement; refus consécutif d'aliments et hallucinations de l'ouïe et de la vue, vint me rendre visite deux mois après sa guérison. Après m'avoir remercié avec effusion de la consultation dans laquelle j'avais donné le conseil de le faire traiter dans un établissement spécial, il me décrivit jusque dans le moindre détail tout ce qu'il avait éprouvé, comme s'il se fût agi d'une autre personne que de lui-même, ne pouvant trop s'étonner, disait-il, que de semblables aberrations pussent surgir dans un cerveau humain. Il alla même, avant de me quitter, et en faisant allusion au jardinier de l'établissement, qu'il savait être affecté d'un délire partiel de la même nature que celui qu'il avait éprouvé lui-même, jusqu'à me dire en souriant : « Donnez-moi « donc des nouvelles de votre jardinier, mon collègue « en aliénation mentale. » J^ijoute que cette guérison, qui remonte déjà à quatre ans, s'est maintenue et paraît avoir toutes les chances de se maintenir. L'affection procédait, dans l'espèce, de cette mélancolie qui paraît être le propre des individus qui rompent toutà-coup avec l'habitude de fonctions longtemps exercées, et que je crois pouvoir appeler la nostalgie des fonctionnaires en retraite^. »

Il nous paraît inutile d'insister davantage sul- ces dernières manifestations d(^ la conscience. Bien qu'elles

1. Billod, Des maladies mentales cl nerveuses, [ome I |)p. 503, 50G.

CO^vSClENGE APRÈS LA (iUÉRISON. 223

soient à\m t^-rand intérêt relativement à Tavenir des malades, elles sont, à notre- point de vue actuel, d'un intérêt moindre que les manifestations de la conscience de soi pendant le cours de la Iblie.

Celle-ci, comme nous l'avons vu, se présente sous cinq formes différentes :

Conscience des actes seuls ;

Conscience de l'état, sans que le malade veuille ou puisse croire qu'il est aliéné ;

Conscience de l'état chez des individus qui comprennent qu'ils éprouvent les phénomènes de la folie, mais lie comprennent pas qu'ils sont véritablement aliénés.

Conscience de l'état chez des individus comprenant parfaitement qu'ils sont atteints d'aliénation mentale. Conscience de l'état avec impulsions irrésistibles. Ouelle que soit sa forme, cette conscience est le témoig-nage certain de la persistance plus ou moins grande de la faculté de jugement. En effet, les aliénés conscients n'ont pas seulement connaissance de leur état; ' mais ils l'apprécient et se jugent eux-mêmes. Quelquesuns, qui ont un sentiment plus juste et plus vrai de la réalité, sont profondément malheureux. Ils assistent, en spectateurs impuissants, à l'effondrement de ce qu'U y a de plus noble et de plus précieux en eux-mêmes, c'està-dire de leur liberté morale en même temps que de leurs facultés intellectuelles.

Nous devons maintenant nous occuper d'une dernière manifestation du jugement chez les aliénés, celle qui concerne le discernement du bien et du mal.

LA RAISON DANS LA l-'OLlli,

ARTICLE m.

Dit discernemeni du hieu et du mal dans la folU'.

Un grand nombre d'aliénés sont capables, à divers dejrrés, .le discerner le bien du mal. — Quelques exemples remai^iuables. — Résumé du chapitre. '

La question du discernement du bien et du mal chez les aliénés est d'une grande importance. Elle a été pour cela l'objet de longues discussions, dans lesquelles deux camps se sont. formés, avec des opinions diflerentes, l'un comprenant surtout des moralistes, l'autre surtout des médecins adonnés à la pratique des maladies mentales. 11 y a encore des pays, notamment l'Angleterre, où la discussion continue avec des divergences persistantes ^ Chez nous elle est presque complètement éteinte. L'expérience a prononcé; les faits se sont imposés; ils ont donné raison à la doctrine soutenue par les médecins aliénistes.

De quoi s'agissait-ir;!

De décider si l'on peut à la fois être aliéné et avoir le discernement du bien et du mal.

Ce qui a fait l'importance extrême de cette question, c'est que les moralistes prétendaient qu'elle devait régler en principe la question subsidiaire de la responsabilité des aliénés.

L'homme sain d'esprit, à partir du moment où il est capable de distinguer le juste de l'injuste, de discerner le bien du mal, est, devant la morale comme devant la société, responsable de ses actes.

Devait-il en être de même pour l'aliéné? Les mora-

1. Voir à Cl' sujet la collccliou (hi .I<nirii<il nf Mental science des (Ici'iiières années.

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