ALIGNÉS RÉCLAMANT PROTECTION CONTRE EUX-MÈIMES
neiir s'approcha de lui, lia conversation avec lui, et lui demanda pourquoi il enlevait de si grosses parcelles du tronc d'arbre qu'il était en train de dégrossir. Typ... lui répondit en riant : « qu'il en était toujours ainsi, et que plus on gâchait, plus l'administration était satisfaite. »
« Rentré chez lui, l'idée lui vint que son interlocuteur devait être un inspecteur et que sa plaisanterie pourrait bien lui coûter cher. A dater de ce .moment, il devint triste, sombre, inquiet, il perdit l'appétit et le sommeil, et bientôt il fut tourmenté de l'idée d'égorger ses jeunes enfants. Il n'osait ni se servir d'un couteau ni même en regarder un.
« Conduit à Quatremares, il recouvra une espèce de calme; il s'occupa activement aux travaux du dehors ; il ne fut jamais porté à nuire à .ses voisins; mais il sentait, comme il me le confiait souvent, que ses impulsions le reprendraient s'il retournait clans sa famille. Jamais je n'ai pu saisir d'autres signes d'aliénation mentale ; il n'était pas halluciné. Il me donnait d'ailleurs des détails très précis sur son état, et il me disait que sa triste situation lui faisait penser à ces histoires d'une autre époque, où l'on était persuadé que le démon pouvait s'emparer de l'esprit de quelqu'un, l'obséder, le dominer, et le contraindre, en définitive, à commettre un acte terrible
« Son affection pour sa femme et ses enfants était des plus tendres ; il y pensait sans cesse.
« Après trois ans environ, il se crut plus sûr de lui. Il présentait réellement une notable amélioration, et sur sa demande, ainsi que sur la demande de ses parents qui étaient bien au courant de sa situation, il obtint une permission de sortie d'un mois environ. • Mais il me promit spontanément que, pour peu qu'il se sentît repris des mêmes idées, il reviendrait sur le champ, de lui-même, dans l'établissement.
< C'est ce qui eut lieu, en effet, avant l'expiration du
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congé; les .iinj^julsions lioinicides avaient reparu d<'s qu'il s'était trouvé replacé dans le milieu où elles avaient pris naissance ; fait que j'ai noté pour plusieui s autres convalescents.
« Enfin, après un séjour de deux ans encore, et pendant une nouvelle rémission, Typ... obtint une seconde permission; niais malgré le soin dévoué apporté à le surveiller, il se suicida. .Je crois que l'idée de se détruire ne lui est venue que pour ne pas se laisser entraîner à commettre un meurtre.
« J'ai dit que ce malade ne présentait aucun signe de dérangement mental. Gomme symptômes somatiques, il accusait une oppression précordiale constante et pénible, et un serrement à la tète, dont le sommet paraissait brillant. Il avait de la prédisposition héréditaire ; une de ses tantes avait été aliénée'. »
M. le D'' Dagonet a rapporté^ l'histoire très curieuse d'un aliéné, atteint de folie impulsive, conscient de lui-même, qui demanda, provoqua sa séquestration d'une manière tout à fait exceptionnelle : « Le 20 août dernier, dit le D'' Dagonet, on lisait dans plusieurs journaux : Hier, un jeune homme, d'un extérieur distingué, âgé de vingt-sept ans, mis avec une certaine recberche, se présentait devant M. Bérillon, commissaire de police au Palais-de-Justice. « Je me nomme « L..., dit-il à ce magistrat, je suis maître d'études « au collège de X... et je viens vous demander de me « faire admettre à l'asile Sainte-Anne. J'éprouve l'irré- « sistible envie d'étouffer un enfant. Au milieu de « longues nuits sans sommeil, le bruit de la respira- « tion des élèves confiés à mes soins suscite en moi « d'étranges sensations. Plusieurs fois je me suis « levé, pressé du désir d'en immoler un. Sur le point « de lui étreindre le cou, j'ai pu jus(|u'à présent ré-