Ajinales médico-jisycholor/iqiœs, ISGl, lonio VII
ALIENES DISSIMÙLiUS'T LEUR I^OLIE. 269
ARTICLE IV
De la dissimulation de la fulie.
Corlaiiis aliénés clissiiuulent par déliauce; la [ilaparc le l'ont pour échapper à rinternenient dans un asile ou pour mieux pouvoir mettre à exécution un attentat, une entreprise quelconque. — De la dissimulation dans les conversations et les interrogatoires.
Les aliénés qui cherchent à dissimuler leur folie, d'une manière consciente ou inconsciente, obéissent presque tous à des motifs appréciables.
Un certain nombre d'entre eux le font par défiance à l'égard de leur entourage. Ils sentent qu'ils sont dans un état anormal, extraordinaire. Ils comprennent que le récit de ce qu'ils éprouvent, l'exposé de leurs idées paraissent invraisemblables, inadmissibles, et finalement ils gardent pour eux seuls leurs idées et leurs préoccupations.
« Pour apprécier avec justesse le danger que peuvent offrir certains aliénés persécutés, dit leD'"J. Falret, il importe de ne pas se laisser induire en erreur par les apparences de raison que présentent souvent ces malades, et par l'extrême dissimulation dont quelques-uns d'entre eux nous donnent constamment le spectacle. Il arrive souvent, en efiét, que les aliénés persécutés, ne rencontrant autour d'eux que l'incrédulité et le doute de la part de ceux auxquels ils font part de leurs craintes et de leurs accusations, se décident enfin à se taire, et même à nier leurs préoccupations. Ils renferment alors en eux-mêmes tout leur délire; ils affectent même une tranquillité factice ^ »
1. Annales médico-psychologiques, 1869, tome I, p. 103. — Société médico-psychologique. — Discussion sur les aliénés dnngeveu-x. .
Du reste, comme la défiance est naturelle aux aliénés, que souvent elle l'ait partie de leur état morbide on comprend que la dissimulation leur soit tout à fiJil naturelle. Pinel l'avait observé.
« Les aliénés, dit-il, à moins d'un entier bouleversement, cherchent à déjouer ceux qui veulent les ex;iminer de trop près. Ils sont doués d'une dissimulation profonde ou d'une froide réserve pour ne point se laisser pénétrer, et il est souvent difficile de se formel' une idée exacte de leur vraie disposition et des caractères distinctifs de leur délire. C'est à plusieurs reprises , et dans diverses entrevues ménagées avec habileté, et surtout en prenant avec eux un air (1«,^ bonhomie et le ton d'une extrême franchise, qu'on peui pénétrer leurs pensées les plus secrètes, éclaircir ses doutes, et faire disparaître, par voie de comparaison, des contradictions apparentes ^ »
Ces conseils sont excellents ; mais souvent il est difficile, quels que soient les moyens qu'on prenne, de vaincre la défiance et la dissimulation des aliénés.
Nous avons déjà parlé d'un de nos malades, qui pendant longtemps, plein de défiance à notre égard, ne nous laissa rien pénétrer de ses conceptions délirantes, et qui ne s'ouvrit que dans un interrogatoire que lui firent subir des magistrats.
Nous en avons soigné un autre qui, par défiance également, dissimulait. Nous employâmes avec lui un moyen analogue aux moyens indiqués par Pinel. Mal nous en prit, et nous avons failli être victime de ce terrible dissimulateur.
C'était un nommé J. T..., qui nous fut confié en 1870. Il était halluciné et avait des idées de persécution. Il croyait sentir partout des odeurs nauséeuses; il entendait des bruits terribles. 11 était sous le coup d'une terreur continuelle, croyant qu'il était condamné a