‹ La raison dans la folieChapitre 56 sur 84 · Annales médico-psychologiques, 18'i3. p · texte numérisé non relu

Annales médico-psychologiques, 18'i3. p

qu'ils accomplissent, notamment dans leur évasion des asiles, dans leurs tentatives de suicide et dans leurs attentats contre les personnes.

Lorsqu'un aliéné a l'idée de s'évader de l'asile où il a fallu l'interner, la surveillance la plus active et les précautions les plus grandes sont souvent impuissantes à l'en empêcher. 11 n'est aucun directeur d'asile qui, dans un cas de ce genre, n'ait vu quelquefois sa vigilance en défaut. Et lorsque l'évasion a réussi, l'aliéné peut être non moins habile à échapper aux recherches. Voici, à ce sujet, un curieux exemple :

« William Griffith, maître forgeron, s'évada d'une maison d'aliénés d'Exeter, dans l'ouest de l'Angleterre. A l'aide du manche d'une vieille fourchette de fer, il façonna un ciseau à froid, qui lui servit à forcer la serrure de sa cellule et à enlever un barreau d'une fenêtre donnant d'un corridor sur le jardin. Un vieux drap avait été tissu par lui en forme de corde; il parvint à en fixer l'extrémité à une gouttière placée audessus de lui pour monter sur le toit, et, de là, il descendit, non sans péril, sur la voie publique.

« Pour un fou, il prit si bien ses mesures, qu'il arriva à la petite ville de Burnstaple sans être arrêté. Il alla loger dans une misérable auberge, s'enivra avec le cidre ou poiré du pays, et comme il n'avait pas un sliilling pour payer sa dépense, il fut arrêté le lendemain et dénoncé par l'aubergiste comme voleur, car on lui imputa la soustraction d'une cuiller d'argent qui avait disparu quelques jours auparavant. Griffith n'eut garde de se justifier en disant qu'il sortait d'une Maison d'aliénés; il craignait trop de se voir soumis de nouveau au régime cellulaire. Il se laissa donc condamner à sept années de déportation et conduire aux travaux de Chattam, où il travailla pendant une année. Blessé par la chute d'un échafaudage, il fut transporté à l'hôpital. Cet accident et les signes de /'olie fjnil doiiimit de temps en temps inspirêront do la

compassion aux autorités locales. Des personnes généreuses sollicitèrent et obtinrent pour lui la remise du surplus de la peine. Sorti de prison. Griffith se mit ;i parcourir le pays et gagna sa vie en chantant dans 1< auberges des chansons en termes d'argot qu'il avait apprises dans les prisons de Ghattam.

« Cette faible ressource n'ayant eu qu'un temps, il alla de lui-même se présenter au directeur de la Maison d'Exeter, où on lui demanda d'où il venait. Il produisit des lettres de grâce, persuadé que cela lui suffirait pour qu'on ne le séquestrât plus. Ses désirs ont été accueillis. On l'emploie maintenant dans la maison de travail, à des travaux de forge et de serrurerie ^ »

L'aliéné que ses idées morbides poussent au suicide s'ingénie plus que tout autre à réussir. Tantôt il cherche à détourner l'attention de ses gardiens ; tantôt il dissimule et paraît renoncer à son idée; d'autres fois il a recours à des moyens que la prévoyance la plus grande n'a pas su deviner. Il attend le moment opportun avec une patience que rien ne lasse, et quand on croit être à l'abri de sa tentative, il l'accomplit inopinément, avec une froide résolution.

Aucun fait n'est plus instructif, à cet égard, que le suivant, dont Brierre de Boismont a rapporté les détails :

« Un individu qui n'avait pas d'autre folie que celle de vouloir se détruire, est conduit dans un établissement d'aliénés. Les parents disent au chef de réta])lissement : « Faites tout ce que vous jugerez convenable; « n'épargnez aucune dépense ; nous ne vous deman- « dons qu'une chose : empèchez-le de se tuer. » A son arrivée, le malade se plaint d'être fatigué; on le déshabille pour le coucher, après avoir pris la précaution de s'assurer qu'il n'a conservé aucun instrument do destruction. Deux domestiques sont placés do chaque

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