‹ La raison dans la folieChapitre 62 sur 84 · Msiiiiiml, Maladies nieiHalc-:, l'tnio I. p. '^'i · texte numérisé non relu

Msiiiiiml, Maladies nieiHalc-:, l'tnio I. p. '^'i

absurdes, les plus bizarres. Il suffît cFen' donner comme exemples ces deux malades dont parle Arétée : l'un s'imaginait être un bouteille d'huile dont il craignait à chaque instant la chute, et n'osait remuer; l'autre, se croyant une motte de terre, refusait de boire de peur de se ramollir'.

Enfin il faut noter que la perte de la sensibilité générale, soit de tout le corps, soit de certaines parties du corps, est d'ordinaire la base des conceptions délirantes que l'on rencontre dans l'hypocondrie, la mélancolie et la lypëmanie.

L'hyperesthésie ou exaltation de la sensibilité générale contribue, comme l'anesthésie, à' produire des conceptions délirantes; elle en produit même un plus grand nombre et de plus variées. Souvent elle se confond avec la douleur, et les aliénés sont alors extrêmement malheureux de ce qu'ils éprouvent.

d'est assurément l'hyperesthésie qui agissait sur ce malade dont nous avons failli être la victime; elle était cause que les bains lui étaient douloureux, et qu'il les croyait faits avec du vitriol.

Esquirol a décrit ainsi l'influence de l'hyperesthésie sur les lypémaniaques :

« Il est, dit-il, des lypémaniaques qui sont d'une susceptibilité très irritable. Tout fait sur eux une impression très vive; la plus légère cause produit les plus douloureux eôets; les événements les plus simples, les plus ordinaires, leur paraissent des phénomènes nouveaux et singuliers, préparés exprès pour les tourmenter et pour leur nuire. Le froid, le chaud, la pluie, le vent, les font frissonner de douleur et d'effroi; le bruit les saisit et les fait frémir; le silence les fait tressaillir et les épouvante; si (piehpie chose leur déplaît, ils le repoussent avec rudesse et avec obs-

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tination; si les nliiiicnts ne leur convicnnoiil pas, ils vont jusqu'à éprouver des nausées et des vomissements Cette excessive susceptibilité leur fait rencontrer sans cesse, dans les oljjets extérieurs, de uouvellés causes de douleurs; aussi le jour et la nuit ont-ils l'oreille aux écoutes et l'œil au guet;... ils racontent sans cesse et à tous venants leurs maux, leurs craintes, leur désespoir'. »

Le même auteur a encore montré que l'excitation de la sensibilité cutanée produit chez les aliénés des illusions variées.

« Il en est, dit-il, qui ressentent une telle irritation de la peau, qu'ils croient être frappés et meurtris par le plus léger contact, qu'ils se persuadent qu'on leur jette des substances ou des poisons qui les brûlent, qui les déchirent. Nous avons à Gharenton une aliénée qui pousse les hauts cris dès qu'on la touche du doigt : « Vous me faites du mal ! Ne me frappez pas ! ne me « frappez pas! » dit-elle'^. »

Parmi les exemples que donne Esquirol de cette influence des troubles de la sensibilité sur les conceptions délirantes, celui-ci surtout est caractéristique :

« Un officier d'ordonannce, âgé de vingt-sept ans, fut pris de manie aiguë; délire général, loquacité, cris, fureur. 11 déchirait tout ce qui tombait sous ses mains, linge, vêtements, literie. Force avait été de le laisser coucher sur la paille. Se sentant piqué, il disposait la paille en rond, laissant au centre un espace vide, dans lequel il se plaçait; il agitait sa tète dans toutes les directions, souCilant sans cesse dans la paille qui l'entourait, et poussant de temps en temps des cris, comme pour repousser des objets menaçants. Ce symptôme persista nuit et jour, pendant plus de trois semaines. L'on sut que le malade prenait chaque brin

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