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LOGIQUE UAKS LA FORMATION DKS IDÉES. 311
(le paille pour autant do becs d'oiseaux do proie qui le blessaient. Il soufflait dessus, et poussait des cris pour épouvanter et éloigner ces animaux mali'aisants. »
Quelquefois aussi les aliénés ont de l'hyperestbésie de leurs organes internes, sous l'influence d-e laquelle ils conçoivent également des idées déraisonnables. Esquirol dit à ce sujet :
« Les douleurs gastriques, intestinales, les borborygmes, le trouble des évacuations alvines, sont autant dV symptômes sur lesquels les aliénés se font souvent illusion, portant des jugements aussi faux que divers sur la nature et les causes de ces symptômes. Les faits, à cet égard, sont très nombreux, et se retrouvent dans tous les auteurs.
« Ambroise Paré guérit un hypocondriaque qui croyait avoir des grenouilles dans l'estomac, en lui faisant prendre un purgatif qui lui procura des selles abondantes : on avait eu le soin d'introduire furtivement de petites grenouilles dans le vase qui devait recevoir les matières rejetées.
« J'ai fait, à la Salpétrière, l'ouverture du corps d'une femme lypémaniaque, laquelle avait cru, pendant plusieurs années, qu'elle avait un animal dans l'estomac. Elle avait un cancer de cet organe.
« Il y a, dans la division des aliénées de la Salpétrière, une femme qui, depuis un grand nombre d'années, éprouve des douleurs abdominales. Elle assure qu'elle a dans le ventre tout un régiment ; lorsque les douleurs s'exaspèrent, elle s'irrite, elle crie et répète qu'elle sent les coups que se portent les militaires en se battant et qu'ils la blessent avec leurs armes.
« Une femme, âgée de cinquante-huit ans, qui a vécu h là Salpétrière un grand nombre d'années, se plaignait de douleurs à l'épigastre, qui était sensible au toucher. Elle rendait beaucoup de gaz par la bouche,
et était souvent afî'ectée de dysménorrhée On l'ap
])elait la Mère de l'Église, parc(^ (ju'c^lb^ parlait sans
cesse de sujets religieux. Elle attribuait ses souffrances à Ponce-Pilate, qu'elle disait être le père d'un enfant qu'elle avait eu. Cet infâme s'est établi dans son ventre, elle l'y voit, et chaque fois qu'elle me rencontre, ell(! me prie de le chasser. Elle croit aussi avoir dans le ventre tous les personnages du Nouveau-Testament, quelquefois même ceu.i de la Bible. Elle me dit souvent : « Je n'y puis plus tenir ; quand fera-t-on la paix de l'Église? » Si les douleurs s'exaspèrent, elle ms répète avec un sang-froid imperturbable : « Aujourd'hui, l'on fait le crucifiement de Jésus-Ghrist, j'entends les coups de marteau qu'on donne pour enfoncer les clous. » Elle croit que les papes tiennent concile dans son ventre. Rien n'a pu dissiper des illusions aussi bizarres. On fit l'autopsie de cette femme; elle avait de la péritonite chronique, qui déterminait évidemment l'hyperesthésie^ »
Les irritations, les douleurs, les lésions des organes de la génération sont, pour les aliénés, des causes fréquentes d'illusions et d'idées délirantes qui se rapportent à ces organes. Ce sont des idées délirantes de ce genre qui ont suggéré toutes les histoires des démons incubes et succubes.
Les troubles de la sensibilité spéciale, notamment ceux auxquels on donne le nom d'hallucinations et d'illusions, peuvent-ils, au même titre que les troubles de la sensibilité générale, servir de base à des conceptions délirantes;' Quelques divergences d'opinion so sont produites sur ce sujet.
Le i)'' Foville était d'avis qu'il en était ainsi.
«Tout le délire des malades, disait-il, roule exclusivement, dans l)ien dos cas, sur la fausse sensation. Tous les écarts de l'esprit n'en sont que la conséquence; lorsqu'ils sont guéris, ces malades disent : « J'ai vu. « j'ai entendu aussi distinctement que je vous vois, qiif