‹ La raison dans la folieChapitre 65 sur 84 · Christian, Eludes sifr lu mélancolie, \k 'il · texte numérisé non relu

Christian, Eludes sifr lu mélancolie, \k 'il

Logique dans li^s actifs. 321

le malade à une impulsion nouvelle, celle d'amputer son propre bras. Il se dit tout bas : « quand je n'aurai « plus de bras., je ne pourrai plus tuer ma femme. » Il réalisa immédiatement cette conception. Il saisit un couteau d'un tranchant très vif, et d'un seul coup, il se fit l'amputation de l'avant-bras au dessus de la main »

Tentatives de suicide. — Le suicide est commun chez les aliénés, et quand on peut en déterminer la cause on reconnaît souvent qu'il est inspiré par des conceptions délirantes. Beaucoup d'aliénés y arrivent par désespoir, accablés qu'ils sont par' le poids de leurs idées tristes ; d'autres le font pour obéir à des incitations diverses. « Le plus grand nombre des aliénés qui se suicident, dit le D'' A. Ritti, avaient la ferme intention de se faire mourir, et l'acte morbide était en quelque sorte la conséquence logique de leurs préoccupations délirantes 2. »

La mélancolie anxieuse est une des formes de folie où le suicide est le plus fréquent. D'après le D'' Ritti, cela tient à ce que les malades se croient ruinés, perdus, déshonorés; qu'ils s'accusent de crimes imaginaires et se croient cause de la ruine et du déshonneur de leurs familles; qu'ils s'imaginent être damnés, voués à la guillotine. En proie à des angoisses morales en quelque sorte continues, ils attribuent à tout lin caractère sinistre, et comme leurs préoccupations anxieuses sont encore entretenues par des hallucinalions, ils arrivent à chercher dans le suicide la fin de fous leurs maux.

Dans la mélancolie avec stupeur le suicide est également assez Iréquent. Souvent alors les tentatives se

1. (liiishiiri, Lenona .si/r. Les phrciwpnUiiesi, lomo I, [>. 240.

2. A. lliUi, Sii.icide; Diclionnairc ciicycloprjliquc des scienmédicales.

présentent dès le début de la maladie. Presque tous les malades avouent, une fois Taccès passé, que les idées de suicide les hantaient pendant tout le cours de leur état de stupeur, qu'ils cherchaient ainsi à échapper aux obsessions terrifiantes qui les tourmentaient.

Les deux moyens de suicide auxquels les aliénés, poussés par leur délire, ont le plus ordinairement recours, sont la pendaison et la strangulation. Ce sont, du reste, les moyens qui sont habituellement le plus à leur portée. Mais ils sont ingénieux à en trouver d'autres. Il nous paraît intéressant de rappeler à ce propos quelques faits qui, tout en montrant cette ingéniosité des aliénés, contribuent à établir comment les tentatives de suicide peuvent être la conséquence logique du délire.

Esquirol parle d'un malade qui étant, en 1812, préfet d'une grande ville d'Allemagne où surgit une insurrection, fut si effraj^é du désordre causé par cet événement, qu'il en perdit la tète. Il se crut accusé de haute trahison, et par conséquent déshonoré. Dans ces dispositions, il se coupe la gorge avec un rasoir. Dès qu'il a repris ses sens, il entend des voix qui l'accusent. Guéri de sa blessure, les mêmes voix le poursuivent ; il se persuade qu'il est entouré d'espions, se croit dénoncé par ses ennemis. Les voix lui répètent jour et nuit qu'il a trahi son devoir, (ju'il est déshonoré, qu'il n'a rien de mieux à faire que de se tuer; elles se servent successivement de toutes les langues de l'Europe, qui sont familières au malade. Détail curieux : une seule de ces voix est entendue moins distinctement, parce qu'elle emprunte l'idiome russe, que le malade ne parle pas aussi facilement que les aiutres*.

Le D'' Berthier raconte l'histoire d'une malade de trente-neuf ans, (]ui était en proie à un délire mélancolique roulant sur des idées religieuses.

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