‹ La raison dans la folieChapitre 68 sur 84 · V IIAISON DAXS LX KOLIi-i · texte numérisé non relu

V IIAISON DAXS LX KOLIi-i

chercher los mutifs do cette malveillance. Le D' Foville continue :

« Mais les choses peuvent encore aller plus loin. P'rappés du peu de rapport qui existe entre leur position bourgeoise et la puissance don": leurs ennemis doivent disposer pour les atteindre en dépit de tout; entre le rôle effacé qu'ils jouent dans le monde et les mobiles impérieux, qui seuls peuvent expliquer l'acharnement avec lequel on les poursuit, quelquesuns de ces malades finissent par se demander si réellement ils sont aussi peu importants qu'ils le paraissent. Une nouvelle perspective s'ouvre à leur esprit tourmenté; ce n'est plus la personnalité des autres, c'est leur propre personnalité qui se transforme à leurs yeux. Pour qu'on les traque comme on le fait, il faut, se disent-ils, que l'on ait un intérêt à agir ainsi ; et si l'on a un si grand intérêt à les perdre, c'est (ju'ils portent ombrage à quelque personnage riche et puissant ; c'est qu'ils auraient droit, eux-mêmes, à une richesse et à une puissance dont ils sont frauduleusement dépouillés ; c'est qu'ils appartiennent à un rang élevé dont des circonstances plus ou moins mystérieuses les ont écartés ; c'est que les gens qu'ils avaient considérés comme leurs parents ne sont pas leurs parents véritables; c'est qu'eux-mêmes enfin ils appartiennent en réalité à une famille de premier ordre, à une souche royale le plus souvent. »

Les explications données par le D'' Foville sont assez explicites pour que nous n'ayons pas besoin d'insister. Il en résulte clairement que, dans certains cas, c'est l'évolution de certaines idées, surtout des idées de persécution qui, par un enchaînement régulier et logi- (pie, formé à l'aide de la réflexion, conduit les aliénés à concevoir des idées de grandeur.

Les exemples qui confirment cette inq)ortante notion sc'cntifi(]ue sont nombreux; on en trouve de significatifs rapportés par des auteui-s qui n'en avaient pas

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eux-mêmes soupçonné Timportonce. Esquirol en a donné plusieurs. Le mémoire du D'' Fôville où nous avons pris les citations précédentes en contient un p-rand nombre. Nous en avons nous-même observé quelques uns dont le suivant présente quelque intérêt :

M. X..., avocat, âgé de quarante-sept ans, marié,, est entré, pour la seconde fois, dans la Maison do santé de Toulouse, le 29 janvier 1879. Il était malade depuis une vingtaine d'années.

Pendant dix ans environ son état de maladie ne s'est manifesté que par une grande irritabilité, de la défiance à l'égard des personnes de sa famille et de ses amis, et quelquefois un peu d'excitation. Ces dispositions étaient, du reste, irrégulières.

Vers 1869, il y eut aggravation notable. L'agitation devint marquée et fréquente. M. X... était plus impérieux que de coutume ; il faisait des menaces. Les idées de défiance augmentaient et se transformèrent en idées de persécutions. La pensée de se protéger le rendit dangereux. Il avait toujours des armes sous la main et menaçait de s'en servir.

Peu de temps après que ces modifications étaient survenues, M. X... manifesta des idées de grandeur. Un jour il dit à sa femme qu'il n'était pas ce qu'on le croyait; qu'il était de sang royal et que c'était sans doute cette qualité qui l'exposait à la jalousie et aux tracasseries dont il avait à se plaindre. Alors il se mit à croire (ju'il était très riche, et fit des dépenses supérieures à ses ressources. Pour éviter qu'il ne se ruinât, et aussi parce qu'il devenait chaque jour plus dangereux, sa famille dut le faire interner.

Entré pour la première fois dans la Maison de santé le 28 janvier 1871, il y resta jusqu'au 25 mai 1872. Les détails manquent pour cette période. Les seuls renseignements précis que nous ayons sont fournis par le certificat d'admission donn-' pnr M. \c, W Ripoll, do Toulouse, et le certifient d'entrée établi par le

D'' Foville père, alors médecin de la Maison de santé. Le premier dit que M. X... est dans un état d'aliénation mentale « caractérisé par un état maniaque avec conceptions délirantes qui le portent à commettre des actes de violence compromettant la sécurité publique. » Le second, que « M. X... se croit menacé de bien des dangers; il est persécuté; on en veut à sa vie; il a

toujours sur lui des armes à feu pour se défendre

ses conceptions délirantes lui font croire qu'il est roi de France. Il a d'ailleurs de nombreuses hallucinations. »

En juillet 1871, il y eut un commencement d'amélioration, et dix mois plus tard, M. X... put rentrer dans sa famille. On le considérait comme guéri.

Pendant deux ou trois ans, il resta calme et raisonnable. Mais vers 1875, l'irritabilité et la défiance se manifestèrent de nouveau, M. X... se contint d'abord tant qu'il put ; mais, en dépit de ses efforts, le délire éclata vers la fin de 1878, accompagné d'idées de persécution. M. X... disait que les jésuites et les sociétés secrètes s'étaient ligués contre lui; ses ennemis l'enveloppaient de leurs machinations, et il lui fallait user d'une grande prudence pour échapper aux périls qui le menaçaient.

Presque à la même époque reparurent les mêmes idées de grandeur qu'autrefois, ainsi qu'une agitation marquée avec tendances à la violence. Un nouvel internement devint nécessaire.

A son retour dans la Maison de santé, M. X... est exalté, il parle beaucoup, il est très affairé et se donne beaucoup de mouvement. Il n'est pas surpris de ce qui lui arrive. Il fallait bien que les sociétés secrètes, qui lui sont hostiles, et dont il voit partout dos affiliés, en arrivassent à leurs fins. Il se défie de tout le monde ; il se voit menacé par tous les gens qui l'approchent. Il se considère d'ailleurs comme un homme im])ortant, destiné à jouer un grand» rôle dans le monde ,

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peut-être à réorganiser la France. Il comprend que c'est pour cela qu'il est en butte à tant d'hostilités. Il a beaucoup d'hallucinations; dans sa chambre, il entend des voix sortir de tous les orifices; guichet de surveillance, bouches de chaleur, etc.

Ses idées orgueilleuses ont présenté quelques variations. Tout d'abord, il laissa entendre qu'il était roi de France; il devait préparer un plan de fortitications, de protection générale ; toutes les villes seraient réunies entre elles par des chemins de fer stratégiques construits sur ses indications, d'après de nouveaux systèmes. Il lui est arrivé plusieurs fois de se plaindre de ce qu'on ne rendait pas à sa personne les hommages qui, lui étaient dus et que l'on méconnaissait les services immenses qu'il pouvait rendre.

Plus tard, il parut oublier sa royauté èt ses projets de fortifications. Mais il se croyait toujours homme supérieur ; il imaginait des inventions grandioses, entre autres un canal maritime, sans écluses, de Cette à Bordeaux, permettant de créer à Toulouse une immense plage qui ferait de la ville une excelleûte station de bains de mer. Il imaginait encore un autre canal maritime entre Marseille et le Havre, par Paris, beaucoup plus facile à créer que l'autre. En même temps qu'inventeur, il se croyait grand poète, et, pour la poésie patoise, il'était, disait-il, bien supérieur à Jasmin.

M. X... mourut subitement en janvier 1882.

Ce que son histoire présente de remarquable, c'est d'abord que ses idées de persécutions y furent évidemment l'origine d'idées de grandeur ; c'est i[im la mahidio présenta dans sa marche un temps d'arrêt, une guérison factice, fait très rare dans le cas de délire des persécutions; c'est, enfin, que l'évolution du délire s'arrêta aux idées de grandeur. L'intérêt de cette dernière remarque ressortira de considérations ultérieures :

La constatation de l'évolution des idées de grandeur, dans les conditions qui viennent d'être indiquées, est

à elle seule la coii/irinotiou pleine et entière de cell.^ notion que les aliénés pouvent avoir une véritabl<j logique dans la succession de leurs idées délirantes, logique à laquelle la nature déraisonnable des idées n'enlève rien de sa régularité. Cette constatation, comme nous l'avons dit, a conduit à d'autres du raêm ' genre, qui sont non moins intéressantes. Aussi c'est avec raison que M. le D"" Fo ville, dans une lecture faite à la section de médecine mentale du Congrès international de Londres, en 1881, a pu revendiquer sur ce sujet rhonneur « d'avoir introduit dans la scienc; des idées nouvelles et originales '.»

. On doit à M. le D'" Gotard la seconde application précise et bien déterminée des connaissances acquises sur l'évolution logique de certaines idées délirantes chez les aliénés.

Sous le nom de Délire des négations, M. le D-" Cotard a reconnu et décrit 2 chez certains aliénés une disposition qui, en vertu de leurs conceptions délirantes primitives, les porte à nier continuellement toutes choses; à être, suivant l'expression proposée, essentiellement négateurs.

Les aliénés de cette catégorie sont des malades atteints ordinairement de mélancolie anxieuse. Le tableau de leur maladie justifie le nom de négateurs qui leur a été donné. Il y a chez eux prédominance dè l'anxiété, des craintes, des terreurs imaginaires. Ils ont dos idées de culpabilité, déperdition et de damnation; ils s'accusent de cent méfaits ; ils sont, disent-ils, incapables, indignes ; ils font le malheur et la honte de leurs familles; on va les arrêter, les condamnera mort, les brûler ou les couper en morceaux; et si tout cela ar-

1. Acli. I^'ovillo, Nolo si/r lu mégalomanie ou li/})émn/iic par lielle avec prédominance du délire des grandeurs: Anémies médico-ijsycliologiqves, 1863, lome VIT.

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